A Tribe Called Red: conversation dans l'Halluci Nation

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«Là d'où je viens, des humains ont vécu 6000 ans avant que les érables ne se mettent à y pousser. Vous comprendrez que l'histoire du Canada est pour nous très récente!», fait calmement observer DJ NDN, sans vouloir faire la leçon à son interlocuteur ou s'en tenir aux clichés inhérents aux Premières Nations.

Il était simplement question de mettre en perspective la notion historique que l'on peut avoir des sociétés humaines implantées dans ce vaste territoire qu'est le Canada. Au cours de cette conversation, en fait, il ne sera aucunement question de mode de vie traditionnel, ni de nomadisme, ni de symbiose avec la nature, ni de chasse, ni de cueillette, pratiques ancestrales qui se perdent dans la nuit des temps.

Il y sera question de musique, de mode de vie urbain et de condition autochtone en 2016.

«Une portion importante d'entre nous vit dans les villes et les métropoles, et ce, depuis plusieurs générations. Ça fait aussi partie de l'expérience culturelle autochtone. Notre musique en est un reflet», souligne notre interviewé.

Ian Campeau, alias DJ NDN, est un Ojibwé de Nipissing, en Ontario. Tim 2oolman Hill et Bear Witness, ses collègues, sont respectivement Mohawk et Cayuga des Six Nations de la Grande Rivière, en Ontario. DJ et réalisateurs de la formation A Tribe Called Red, ils font l'objet d'une attention croissante à l'échelle internationale, particulièrement auprès des auditoires férus de hip-hop, d'électro et de culture autochtone moderne, pow-wow actualisé dont on ressent la puissance festive et non l'apitoiement.

«La musique indigène d'Amérique, fait observer DJ NDN, a souvent été associée à l'expression d'une vie triste et misérable. On l'a vu dans le blues, dans le country, le folk ou même le hip-hop. Nous, d'A Tribe Called Red, avons essayé de faire autrement, soit en mettant au point ces mashups de musiques traditionnelles autochtones et de musiques électroniques dont l'objet est de faire danser les gens sans oublier qui nous sommes.»

Une imposante tribu

On les avait déjà remarqués il y a cinq ans, on les a vus et entendus à l'oeuvre à plusieurs reprises depuis lors. Inutile d'ajouter que leur escale au théâtre Corona jeudi est très attendue. We Are the Halluci Nation, troisième album lancé en septembre dernier, a positionné A Tribe Called Red à l'échelle internationale.

Les trois compères y actualisent leur riche patrimoine et y mettent en valeur le talent de MC et chanteurs issus d'horizons différents, venus prêter allégeance à l'Halluci Nation: Yasiin Bey (autrefois connu sous le pseudo Mos Def), Narcy (The Narcycist, Montréalais d'origine irakienne), Saul Williams (célèbre poète et MC afro-américain), Tanya Tagaq (la grande prêtresse inuite), Maxida Märak (artiste samie, autochtone de Scandinavie), Lido Pimienta (chanteuse canadienne d'origine colombienne), Jennifer Kreisberg (chanteuse amérindienne des États-Unis), Black Bear (groupe atikamekw de Manawan), Shad (rappeur afro-canadien), on en passe et on convient du grand pouvoir attractif de leurs hôtes.

«Nous avons émergé à l'époque où la plateforme SoundCloud était un phénomène naissant, rappelle DJ NDN. Nous y avions lancé quelques pièces, nos nouveaux fans et amis nous avaient alors incités à lancer un premier album [sans titre]. Parce que le premier a été un succès, nous avons été motivés à en faire un deuxième [Nation II Nation]. La planification était plus serrée; échéances, budget, etc.»

De communautaire, le rayonnement d'A Tribe Called Red est devenu national, continental, mondial.

«Pour produire l'album We Are the Halluci Nation, nous avons pu compter sur un soutien financier beaucoup plus considérable.»

«En plus de faire progresser notre musique, nous avons envisagé d'être plus politiques dans le propos que nous l'étions auparavant. Nous avons estimé que notre public était prêt à entendre ce que nous avions à dire», explique Ian Campeau, alias DJ NDN.

Ian Campeau croit d'ailleurs que cette croissance du discours engagé dans l'art est tangible, bien au-delà des auditoires autochtones.

«L'oppression de plusieurs minorités dans le monde (racisme, précarité économique, brutalité policière, agressions sexuelles, etc.) est aujourd'hui ressentie par les publics de toutes souches, y compris une part grandissante d'Occidentaux blancs. L'engagement social et la conscience de l'identité sont de retour, notamment chez les artistes noirs des États-Unis, de Kendrick Lamar à Solange et Beyoncé.»

Pour DJ NDN, la séparation entre la fonction critique du contenu et une forme musicale innovante n'existe pas.

«Notre existence est en soi politique; il nous apparaît naturel d'utiliser notre plateforme artistique pour transmettre des idées fortes. Les gens absorbent la musique avec plaisir, une conversation devient alors possible.»

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Au Théâtre Corona, le 15 décembre, à 20 h.




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