& quoi encore, Julien Doré?

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le ton de sa voix est posé et chaleureux, Julien Doré a le sourire facile. Son regard gris bleu est assorti à la couleur de son jean jacket orné de motifs tissés à la main. Ses manches légèrement retroussées laissent paraître des taillis de tatouages en phase parfaite avec son époque. Sa longue tignasse est l'autre rappel hippie d'une créature néanmoins très pop, assidue au top du palmarès français.

Découverte de la téléréalité en 2007 (Nouvelle Star), artiste masculin de l'année aux Victoires de la musique en 2015, apparition de Pamela Anderson dans un clip récent... et quoi encore à 34 ans? &. Julien Doré passe quelques jours à Montréal pour y défendre &, son quatrième album studio, ce qui en a motivé la création et ce qui s'ensuivra.

On peut certes attribuer l'énorme succès du chanteur à sa beauté physique, son esprit conquérant, son pouvoir de séduction doublé d'une hypersensibilité romantique, la multitude d'accroches que comportent ses tubes. Jusque-là, rien de plus prévisible. Sa lucidité, son humilité, sa courtoisie et sa quête sincère de beauté le sont beaucoup moins.

En altitude

«Les chansons de &, raconte-t-il d'emblée, sont venues dans un chalet familial niché dans les Alpes maritimes, soit à Saint-Martin-Vésubie, soit à proximité du parc national du Mercantour. Je vais là-haut depuis que je suis enfant. Cette fois, j'y ai passé une année pendant laquelle j'ai aussi fréquenté le Sud où j'ai grandi, Cévennes, Gard, Camargue...»

Le point de départ de cet album était ce stade de sa vie où la brume parisienne était trop épaisse autour de lui.

«J'avais besoin d'altitude pour m'en dégager, pour reprendre mon souffle. Symboliquement et réellement. La tournée démarrera en février, après quoi je ne pense pas que je retournerai vivre à Paris.»

Perplexe face à son existence de chanteur populaire et aussi face à la lourdeur du contexte français pour les raisons qu'on imagine, il dit avoir fait le lien entre les étapes antérieures de son existence et ce qui viendra. est ce lien.

«C'est pour moi un album très particulier, soutient-il. Tant au niveau des mots que des sons, c'est sans doute celui que j'ai le plus soigné. Il y a au coeur de ces chansons l'identité du lieu où il a été enregistré. Il y a la chaleur du bois, il y a l'organique qui se mêle à l'électronique, la vraie batterie et la boîte à rythmes, un texte baigné de spleen et une musique qui donne envie de danser. J'ai adoré créer ces mélanges.»

a été créé de concert avec le réalisateur Antoine Gaillet, «un psychologue du son», ses musiciens et amis proches avec qui Julien Doré tourne depuis de nombreuses années - Arman Mélies, Darko, Mathieu Pigné, Baptiste Homo et Clément Agapitos. «Ils sont aussi ma famille» ajoute leur employeur, humble malgré l'immense popularité dont il jouit auprès de la francophonie européenne.

«Si j'ai cette lumière-là, estime-t-il, ce n'est pas pour l'occuper à outrance, mais plutôt pour ne plus cesser de chercher tant que la curiosité et l'envie seront là. Ce privilège peut aussi me rendre utile envers les autres ; nous sommes dans une époque qui oppose, qui sépare. Je m'applique plutôt à créer des liens en aspirant à voir le beau tout en restant enraciné dans la réalité.»

& commenté

Julien Doré se dit très fier de  & , qu'il considère aussi comme un pas en avant dans son parcours de parolier. On lui demande alors de commenter des textes de cet album, il choisit spontanément les suivants: 

«Le vient de la chanson Sublime & silence, c'est le coeur de cet album, c'est le pont entre l'avant et l'après. Ce texte illustre mon départ vers les Alpes, mais il est impossible de n'en tirer qu'un sens: Sublime & silence/Autour de toi tout tremble/Et tout finit/C'est à moi que tu penses/À nos ivresses blanches/Je fuis Paris.

«Cette chanson touche aussi à l'absence et la mort, c'est un slow à la fois langoureux et un peu macabre: Mais je sais que tu restes/Dans les fleurs que j'te laisse/Après la nuit/Violence et promesse/C'est tout c'que tu détestes/La mort aussi.

«Quand j'ai écrit le texte de la chanson Caresse, je ne savais plus moi-même si je m'adressais à la femme ou à la nature qui m'entourait. Ce double sens est maintenu lorsque j'y réclame cette caresse en hurlant. C'est un appel à la bienveillance, c'est une exigence. Et même si mon interlocutrice, femme ou nature, a été blessée ou piétinée, elle conserve cette résilience, cette capacité à pardonner: Coeur invincible/Sur ton cheval décidé/Tu es tombée lucide/Écrasée à leurs pieds/Tu pardonnes... Cette chanson, c'est mon admiration pour ce qui reste de beau sur cette planète, de pur et de fertile.

«Mon écho est le texte que je préfère interpréter en toute simplicité, j'ai le sentiment de traverser seul cette chanson. La posture du narrateur y est contemplative mais aussi humble et très ancrée dans la réalité. Elle exprime que, tout là-haut pendant ces mois passés dans ce chalet, je me suis réconcilié avec l'être humain au lieu de m'en couper : Enchanté de vous connaître, mon écho/Caressez-moi de promesses et de beau/Attendez de disparaître s'il le faut/C'est l'océan que je vous laisse...»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer