Abeer Nehmé: chanter le Levant

Abeer Nehmé montrera l'étendue de son talent de... (photo andré pichette, la presse )

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Abeer Nehmé montrera l'étendue de son talent de chanteuse dans un spectacle présenté dans le cadre du Festival du monde arabe. La trentenaire est également documentariste et prépare actuellement un doctorat en musicologie.

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Abeer Nehmé respire l'assurance, la confiance en soi. De cette trentenaire accomplie, on ressent l'opiniâtreté dès le premier contact visuel. Ouverte à l'Autre, cette chanteuse, parolière, compositrice, musicologue et documentariste se nourrit de son patrimoine, parcourt le monde, s'abreuve de toutes les cultures et redonne généreusement.

Originaire du Nord-Est libanais, elle est venue partager avec les Montréalais le legs musical du Levant, ses chants traditionnels, classiques et religieux, son très grand raffinement, ses actualisations respectueuses d'un passé millénaire.

Pour s'épanouir sur de solides fondements, cette artiste a mené des études avancées en musique arabe: elle prépare actuellement un doctorat en musicologie à l'université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), à Beyrouth.

«Je connais bien la scène musicale libanaise, mais je tiens à conserver une indépendance d'esprit. J'ai ma propre façon de voir les choses; je ne cherche à copier personne. Mais je souscris également aux valeurs du partage, de l'entraide et de la responsabilité individuelle.»

La chanteuse alimente aussi ces valeurs à travers ses recherches de documentariste, qu'elle mène avec son mari (aussi musicologue) dans le cadre d'une série documentaire intitulée Ethnopholia, diffusée sur le réseau panarabe Al Mayadeen.

«Dans chaque pays que nous visitons, nous travaillons avec des musiciens et musicologues qui connaissent très bien le terrain, explique-t-elle. Nous avons beaucoup voyagé: Égypte, Inde, Afrique du Nord, Azerbaïdjan, Iran, etc. C'est devenu une grande passion qui m'a conduite à chanter en 25 langues. Car j'y chante aussi avec les musiciens que je découvre et auxquels je reste très attachée. Ethnopholia est une expérience humaine, bien au-delà de la musicologie.»

Un long apprentissage

Et le chant? Érudite, la doctorante dit pourtant avoir développé elle-même sa personnalité vocale.

«Le chant arabe provient d'une tradition orale, souligne-t-elle. Bien sûr, je dois aussi multiplier quotidiennement les vocalises, faire des séances d'échauffement avant les concerts, mais la voix orientale ne se maîtrise pas comme le chant lyrique en Occident.»

Abeer Nehmé explique avoir appris le chant dès l'enfance, ce qui a scellé son destin: 

«Mon père m'avait encouragée à mémoriser tout un répertoire de chants traditionnels. Dès l'âge de 8 ans, j'ai commencé cet apprentissage; ces chants sont restés gravés en moi à jamais. Rendue à l'université, ce répertoire traditionnel était au programme ! Je me suis alors trouvée très chanceuse de l'avoir maîtrisé si jeune.»

Militaire de carrière, son père s'opposait néanmoins à ce que sa fille si douée mène une carrière en musique, mais Abeer Nehmé n'en a fait qu'à sa tête. Étudiante à Beyrouth, elle a été courtisée par les institutions occidentales, a obtenu une bourse importante pour étudier au Royaume-Uni et...

«Mes professeurs libanais m'ont déconseillé ce transfert culturel, car mon approche orientale aurait pris une autre direction ; ma carrière en aurait été bouleversée. Ce qui ne m'empêche pas de greffer aujourd'hui des éléments de chant lyrique occidental à certaines de mes chansons.»

Chrétienne fervente

Férue des répertoires sacrés maronite, byzantin ou syriaque, notre interviewée conserve une foi fervente malgré la modernité de sa vision du monde. 

«J'ai toujours poursuivi ma quête spirituelle et je reste très fière d'être chrétienne. Cela dit, je suis ouverte à toutes les religions et façons de voir l'univers. J'aime quiconque, mais je réprouve tous les extrémismes religieux ou idéologiques.»

Pour son premier concert montréalais, Abeer Nehmé sera accompagnée par l'ensemble OktoEcho sous la direction de Katia Makdissi-Warren, dans le cadre d'un concert intitulé Divine Palmyre. On sait que Palmyre est un célèbre site archéologique du Moyen-Orient. Or, on sait également que la guerre civile en Syrie en menace la préservation.

«Le répertoire proposé regroupera plusieurs chants et musiques du Levant, dont les traditions musicales sont liées, explique la chanteuse. Chants a cappella, berceuses centenaires, chants chrétiens ou soufis, chants pour les migrants et les réfugiés. Nous nous proposons d'interpréter entre autres des musiques syriaques, arméniennes, kurdes, araméennes, azéries, sans compter certaines de mes propres chansons et d'autres que Marcel Khalifé a composées pour moi. Des derviches tourneurs seront de la partie et plus encore.»

Pour Abeer Nehmé, il s'agit de faire la démonstration que «la musique est une langue plus intéressante que toutes les autres pour rapprocher les êtres humains». Le projet d'une vie, il va sans dire.

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