De Récidives à Rechut!, l'addiction de Plume Latraverse

Contrairement à ses débuts qui rimaient en joual,... (Photo André Pichette, La Presse)

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Contrairement à ses débuts qui rimaient en joual, la nouvelle offrande de Plume Latraverse laisse entendre une écriture beaucoup plus littéraire.

Photo André Pichette, La Presse

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Pour Michel «Plume» Latraverse, Rechut! peut revêtir plusieurs significations, dont celle-ci: «J'aurais peut-être dû me fermer la gueule ce coup-là!», suppose-t-il avec l'ironie grinçante qu'on lui connaît. Or, le titre de son nouvel album peut aussi évoquer ce trait fondamental de sa personne: écrire, composer, chanter ou peindre constitue chez lui une grave addiction!

«La chanson, par exemple, est née de mon système immunitaire; j'ai commencé à écrire et composer quand ça allait mal dans mon existence. Je m'étais raccroché à ça bien avant d'enregistrer, jusqu'à ce que ça devienne une maladie auto-immune», rappelle notre grand efflanqué national, qu'on n'oserait certes pas qualifier de vieux tant son art est intemporel.

Addiction, dépendance, maladie auto-immune, donc... d'où la tournée Récidives amorcée l'an dernier, suivie de l'enregistrement de Rechut! (Odes de ma tanière), opus généreusement garni de 14 chansons. «De récidive en récidive, ça a fini par une rechute! J'attends la rémission qui devrait arriver à la fin de ma tournée, soit en décembre», blague oncle Pluplu.

Français littéraire

Dans un registre plus sérieux, on est frappé par la prédominance d'un français littéraire dans son écriture chansonnière, au détriment du joual festif et délirant qu'on lui prête depuis les années 60. Plus que jamais, la langue familière est un léger ornement dans la poésie plumesque, ne garnissant qu'une minorité de rimes au total.

«Le mouvement joual, rappelle l'auteur, était un cri. Ce cri résonnait à la grandeur du Québec, et puis... en vieillissant, je suis devenu de plus en plus francophone et francophile. Aujourd'hui, la maîtrise de la langue française est devenue pour moi très importante, c'est ma façon de me défendre contre l'envahissement. Je m'y reconnais, je la lis beaucoup. Ce qui me reste de tout ça, c'est chercher des façons de présenter les choses, trouver des angles à travers l'écriture.»

Encore faut-il rappeler que cette tendance prononcée n'est pas tout à fait neuve; beaucoup se sont convertis au Plume littéraire depuis que le vent a vraiment tourné dans les années 90, soit avec la parution de l'album Chansons nouvelles, comme il le souligne lui-même.

Deux décennies plus tard, Plume laboure le même sillon: au début de la tournée Récidives, dont le corpus chansonnier était essentiellement composé de chansons «à texte», il avait une vingtaine de chansons inédites dans sa besace. Or, il n'en avait soumis que quelques-unes à son public avant de les enregistrer.

«Je voulais juste tester, question de voir s'il y avait encore un public pour ça. J'en ai placé trois sur mon lutrin, j'ai vu qu'il y avait un intérêt, on est vite entrés en studio l'été dernier. Ce projet est assez minimaliste, en somme: en trio acoustique, on a fait des musiques que j'aime», raconte le principal intéressé, qui fait équipe avec le guitariste Jean-Claude Marsan, son fidèle (et mauvais) compagnon, et le contrebassiste Grégoire Morency.

«J'ai voulu jumeler Rechut! à mon projet Récidives. Je voulais que ce projet-là soit bien accepté, peut-être mieux que mes autres tentatives de même genre.»

L'automne passera après la Rechut! et Plume passera à autre chose. Chanson? Peinture? Rien ne l'obligera à faire quoi que ce soit dans sa tanière des Laurentides, mais... la maladie auto-immune risque fort de se manifester de nouveau!

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CHANSON. Rechut! (Odes de ma tanière). Plume Latraverse. Disques Dragon.

Rechut! (Odes de ma tanière), de Plume Latraverse... (photo fournie par Disques Dragon) - image 2.0

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Rechut! (Odes de ma tanière), de Plume Latraverse

photo fournie par Disques Dragon

L'album chanson par chansonComida corrida

«L'expression espagnole comida corrida veut dire repas complet, repas du jour, et le tenancier s'appelle Mimi. Il y a donc un mi de plus dans le titre de la chanson, un petit flash pour un ami restaurateur, dont la luncheria se trouve quelque part dans le vieux Mexique. Ici, le processus est toujours le même que pour mes projets antérieurs: il suffit que je construise une petite locomotive et... la première chose que je sais, c'est qu'il y a 13 chariots accrochés après!»

L'albatros et vers de laine

«J'ai mis un texte de Baudelaire en musique, j'ai aussi pris deux petits poèmes de Verlaine que j'ai tricotés ensemble et qui donnent ces Vers de laine. Pourquoi Baudelaire et Verlaine ? Parce que je les aime  Je trouve Verlaine très musical, son écriture est faite pour être chantée. Quant à L'albatros, c'est plus classique, j'ai changé quelques détails pour rendre le texte un peu plus musical en bouche.»

Quand on dort

«C'est une espèce de réflexion sur le sommeil plus ou moins conscient, sur le somnambulisme, sur le voyage onirique qui nous suggère un au-delà, qui nous transporte dans une autre dimension. Sans prétendre m'intéresser sérieusement au sommeil, je reconnais que c'est un monde en soi. Je sais aussi que le rêve est important, car il évacue quelque chose en soi. Et, donc, voilà cette chanson un peu glissante sur le sujet.»

Monde fatal

«Ce blues est une prière de damné. C'est également un amalgame de mes phrases et de mots écrits par Jack Kerouac; la lecture de son court roman Tristessa m'a mené à cette poussée-là. Pour écrire cette prière, je me suis inspiré de ce texte qui portait une certaine beauté dans sa désespérance. Ma vibration combinée à la sienne, ça donne la prière en question.»

Le noctambule égaré

«Celle-là, je l'ai déjà testée en show pour terminer une partie de spectacle. Elle raconte quelqu'un ayant passé une longue nuit au bout de laquelle il s'est retrouvé dans un cul-de-sac et reconnaît qu'il n'est pas fait pour vivre à la clarté. C'est pour dire qu'on cherche toujours l'issue par laquelle on est arrivé. Dans ce cas-ci, c'est par un obscur trou d'amour. Et j'imagine qu'on finit toujours par retourner à cette issue originelle.»

Souvenir archangélique

«Cette description d'un "cul providentiel" est un autre souvenir du vieux Mexique, soit dans un hôtel nommé San Miguel Arcángel. Cette aventure se passe à Izamal, une petite ville du Yucatán où je suis allé souvent pendant une période de ma vie. Izamal est une ville où tous les bâtiments sont jaune ocre, dont un très beau monastère. Une autre incursion dans mon passé mexicain.»

Vieux os!

«On n'arrête pas d'étirer l'espérance de vie, on l'étire par les antibiotiques, par toutes sortes de trucs. On arrive au bout de l'élastique et on ne sait plus quoi faire avec tous ces vieux débris sympathiques. Et donc j'en ai fait une chanson. Forcément, c'est relié à mon âge [70 ans], c'est une façon de dédramatiser un peu tout ça. Car le vieillissement, tu l'as dans la face, veux, veux pas. Et j'aime autant en rire tout de suite, vieux motard que jamais!»

L'hôtellerie de la lune (Peau d'âme)

«Ce conte d'enfants se rattache à Vieux os!, la chanson précédente, par certains cartilages et certains ligaments. L'hôtellerie de la lune, c'est l'étirement du rêve. C'est une façon de dire qu'il faut continuer à rêver, imaginer des contes. C'est surtout un constat: lorsque le rêve et le conte existent, l'esprit évite de flétrir, à défaut de quoi les volets se referment.»

Enwèye Emma

«C'est une réflexion joyeuse sur ces téléromans québécois qui nous envahissent. Tu zappes, tu zappes et... y en a toujours un en train de piquer une crise, y a toujours une fille qui braille! En fait, sauf en attrapant des petits bouts en zappant, je n'ai aucune idée de ce qui se fait maintenant dans le monde des téléromans ; de ma souvenance, la dernière série que j'ai regardée fut Omertà. Je suis plutôt un lecteur, je lis beaucoup et... des fois, c'est ardu - je suis actuellement dans un Joyce Carol Oates, une auteure que j'aime bien, mais dans ce cas-ci, c'est pas évident.»

L'épanouisseur

«Chaque "artisan de son propre malheur" a son "épanouisseur" quelque part, que ce soit un gourou de secte ou du stock pour améliorer les performances sportives. La chanson dit qu'il ne faut surtout pas se fier à cet "épanouisseur" présumé, qui reprend ses billes, qui vous éparpille lorsqu'il vous croit devenu vieux.»

Survivre

«Dans les années 60, j'étais portraitiste dans une galerie de Montréal, je chantais aussi avec Claude Genest au Café Prague. Le portrait n'était pas assez payant, c'est pourquoi on faisait aussi des chansons et on passait le chapeau pour survivre. Claude et moi avions créé ensemble le thème de cette chanson que j'ai repris et modifié en lui ajoutant quelques couplets.»

Le chemain

«Qu'est-ce qui fait bouger ta main pour te faire écrire ou peindre? La création te happe-t-elle par en avant, ou te pousse-t-elle par en dedans? Cette chanson parle de ce qui te fait agir, cette espèce de courant qui te traverse et qui te propulse. Ce "chemain" que tu traces un peu malgré toi. Ce n'est pas une chanson trop claire, elle est à l'image du processus de la création.»

Irrémédiablerie

«Voilà une de ces petites chansons folichonnes et légères que je ne peux m'empêcher d'écrire. C'est irrémédiable, c'est une diablerie, un sifflement, une ritournelle, une petite plume qui flye au vent. Et puis voilà, c'est le point final de cet album.»

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