Richard Séguin: encore sur la route

Richard Séguin se sent à l'aise de vieillir... (PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

Agrandir

Richard Séguin se sent à l'aise de vieillir dans la tradition folk.

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le nouvel album de Richard Séguin, Les horizons nouveaux, sort vendredi prochain. Un 17e album studio aux airs folk, sous le thème de l'ouverture à l'autre, qui deviendra le prétexte d'une tournée québécoise à compter de septembre. Discussion sur l'évolution de l'industrie du disque avec un artiste qui a plus de 45 ans de carrière.

Richard Séguin: Ça fait 10 ans qu'on s'est vus! C'était dans une émission [animée par Suzanne Lévesque à Télé-Québec] avec Dany Laferrière et Hélène Pedneault.

Marc Cassivi: On se voit tous les 10 ans. La première fois que je t'ai interviewé pour La Presse, c'était en 1995. Tu avais 43 ans, l'âge que j'ai aujourd'hui.

Richard Séguin: Le temps passe!

Marc Cassivi: Justement, je voulais te parler de l'évolution de l'industrie du disque. Tu as connu l'époque faste où il se vendait beaucoup de disques...

Richard Séguin: J'ai connu le vinyle, le passage au CD et au MP3. Et je lisais cette semaine qu'on envisage les hologrammes en France! Juste pour nous décourager encore plus... [Rires] C'est sûr qu'il y a eu un grand chambardement et qu'on ne sait pas trop comment réagir, mais tout le monde fait front commun: la SOCAN, la SPACQ, l'ADISQ. Tout le monde fait valoir qu'il faut qu'il y ait une répartition plus équitable. Le gros câble passe, mais il n'y a pas de redevances pour les artistes. Tout le monde est conscient de ça.

Marc Cassivi: Il faut que les artistes soient justement rémunérés. Je lisais dans Le Devoir que l'an dernier, Jean Leloup a reçu moins de 30 $ pour les 540 000 écoutes de la chanson Paradis City sur Spotify...

Richard Séguin: C'est très difficile. C'est pour ça que l'on devient des maîtres de l'imagination fertile. Parce que l'on veut que sur disque, ça corresponde à ce que l'on entend dans notre tête, avec le même nombre de musiciens.

Marc Cassivi: Il faut faire des compromis dans la production?

Richard Séguin: Je te dirais qu'on est obligés d'y penser. Si je voulais avoir une section de cuivres, il faudrait que je trouve des alternatives. D'un autre côté, ça nous oblige à être imaginatifs. J'ai maintenant mon studio à la maison. Je fais mes voix à Saint-Venant quand je veux. Le temps est moins stressant [que dans un studio loué]. Ça m'est arrivé de faire des sections complètes de voix qui ont ajouté quelque chose qui n'était pas prévu à une chanson.

Marc Cassivi: La toute première fois que je t'ai interviewé, c'était pour le journal de mon cégep, à l'époque d'Aux portes du matin. Tu en as vendu 140 000 exemplaires. J'ai vu Louis-Jean Cormier en spectacle il y a deux semaines et il a reçu un disque d'or pour 40 000 exemplaires vendus. On ne parle plus de la même chose.

Richard Séguin: Tout ce rapport-là a changé. Le disque est devenu une carte de visite. Même pour une Bonnie Raitt aux États-Unis. On vend moins de disques, on tourne moins à la radio parce qu'on ne correspond pas au son recherché. C'est une période nébuleuse. Je trouve que le lieu de refuge pour nous tous, ça reste encore la scène. La scène, c'est vraiment le plus beau cadeau qu'on fait à la chanson. C'est encore le lieu sacré pour rencontrer le public et être en communication et en communion avec lui. Je m'aperçois que tout le monde développe des scènes parallèles aux grands circuits. C'est difficile en chanson d'aller rejoindre son public. Mais il y a plein d'initiatives qui vont dans ce sens. On ne peut pas empêcher cette pulsion-là de vouloir jouer.

Marc Cassivi: Tu as eu la chance de toujours avoir un public fidèle pour tes spectacles...

Richard Séguin: On s'est adaptés aussi. Il y a eu des temps où la chanson était boudée. À chaque lendemain de référendum, la chanson a pris un coup. On retournait dans les petits cafés et les petites boîtes tenues par des solitaires qui tiennent la culture à bout de bras dans leur région. On s'adaptait. On y allait avec un ou deux musiciens. Et quand ça allait mieux, on repartait avec un groupe. Mais c'est fini pour moi, les tournées où on est 12 sur la route. Je ne peux plus me permettre ça. C'est lourd, et il n'y a plus autant de salles pour nous accueillir.

Les horizons nouveaux, de Richard Séguin... (IMAGE FOURNIE PAR SPECTRA MUSIQUE) - image 2.0

Agrandir

Les horizons nouveaux, de Richard Séguin

IMAGE FOURNIE PAR SPECTRA MUSIQUE

Marc Cassivi: As-tu aussi adapté ta musique à cette réalité-là? J'écoute ton disque et le folk domine.

Richard Séguin: Je suis à l'aise de vieillir dans la tradition folk. Le folk te permet d'être plus nuancé, de moins crier, de laisser toute son importance au texte. Tu retournes à la racine de la chanson. C'est un équilibre organique pour moi de vieillir dans le folk et de me rapprocher de mon instrument.

Marc Cassivi: Je te ramène aux ventes de disques. Je lisais cette semaine que, pour la première fois depuis 1998, il y a eu une augmentation des ventes de musique l'an dernier, grâce aux revenus du streaming. En même temps, les ventes de musique correspondent à la moitié de ce qu'elles étaient à leur apogée, en 1998. Tu as connu cet âge d'or...

Richard Séguin: Je trouve du réconfort dans le fait qu'il y a des gens dans les salles. C'est sûr qu'on adapte nos salles! [Rires] Ça me fait rire parce que tout le monde a déjà dit: «Je vais faire un spectacle intimiste dans une petite salle pour être plus près de mon public.» Sous-entendu: il faut que je fasse de plus petites salles parce que ça marche moins bien.

Marc Cassivi: La première fois que je t'ai vu en show, c'était au Forum [pour l'ouverture des FrancoFolies de 1992, avec Charlebois, Ferland, Beau Dommage, les soeurs McGarrigle, etc.].

Richard Séguin: Ça vient par vagues. En ce moment, l'humour marche bien en salle; la chanson moins bien. Tout le monde cherche à s'adapter. C'est correct. Je n'ai pas de réponse. On voit les statistiques, on constate le déséquilibre immense. Il y a aussi une profusion de musique. Tu as 15 000 chansons dans ton iPod que tu n'as pas le temps d'écouter. Les gens achètent du temps. Tu remplis ta bibliothèque de livres que tu ne liras pas parce que tu as l'impression de meubler le temps. La scène donne une réponse à notre angoisse. C'est le lieu le plus réconfortant pour les auteurs. Et elle déjoue tout ce que l'industrie peut essayer de faire pour contourner les règles.

Marc Cassivi: Tu as déjà été un roi de la radio. Tes chansons jouaient partout. C'est moins le cas...

Richard Séguin: Ça fait longtemps que j'ai eu une réponse radiophonique. C'est sûr que j'espace les albums aux cinq ans. Quand je rencontre la jeune génération, il y a une question qui la préoccupe beaucoup: comment on fait pour durer? Il y a une angoisse d'être oublié après deux ou trois albums. On a une frénésie de la nouveauté, qui se consomme tellement rapidement. Il y a un danger de l'interchangeable, quand on parle de La voix ou de Star Académie. C'est la pire des choses pour un artiste. Tu n'as pas le temps de développer ta propre psyché et d'établir un réel contact avec les gens; déjà tu te sens dépassé par d'autres après un an et demi. Ce n'est pas normal.

Marc Cassivi: Tu as des conseils à donner à cette jeune génération?

Richard Séguin: J'ai 64 ans. Je poursuis ma route en parallèle. Je n'ai pas de conseils à donner vraiment, sinon de trouver sa propre voie...

_______________________________________________________________________________

FOLK. Les horizons nouveaux. Richard Séguin. Spectra Musique. Sortie le 22 avril.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer