Christophe: en musique comme au poker

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Anthony Lucas
Agence France-Presse
Paris

En musique, comme aux cartes, «il faut flamber»: grand amateur de poker, le chanteur français Christophe sort à 70 ans un album où il marie en orfèvre sens de la mélodie et sons électroniques contemporains.

«Dans la vie, il faut jouir de ce qu'on fait. J'ai cette chance, ce luxe même, avec des hauts et des bas», assène le «Beau bizarre» derrière ses lunettes fumées, assis au milieu des jukebox, instruments en tous genres et portraits de ses idoles - David Bowie, Lou Reed - qui font de son appartement parisien un cabinet de curiosités.

Les vestiges du chaos (Capitol/Universal), sorti aujourd'hui, est son premier album avec des chansons originales depuis huit ans. Durant cette longue parenthèse, cet amoureux des synthés s'est mis au piano pour revisiter seul sur scène et en studio ses succès, comme Aline, Les mots bleus ou Les marionnettes.

Il s'est aussi un peu perdu, tâtonnant, dans un «chaos» qui lui a inspiré son nouveau titre.

«Au départ, j'ai travaillé avec des gens qui n'étaient pas connectés avec mon univers musical, mais qui pensaient l'être. Il y avait un truc qui ne marchait pas, j'étais dans une sorte de dépression», explique-t-il.

Jusqu'au jour où il a «tapé du poing sur la table»: «J'ai toujours défendu ce que j'ai dans ma tête en termes de matière sonore et de création. Je me suis senti bien d'avoir fait cette cassure, je me suis senti revivre. Après avoir pensé tout arrêter, j'ai finalement continué seul», explique le musicien, connu pour son perfectionnisme: «Je suis très difficile avec moi-même...».

Cela se passe le plus souvent la nuit, le royaume d'un artiste qui aime travailler, voir des films ou même donner ses entrevues quand les autres vont se coucher: il plonge alors en quête du son «juste» dans son amas de synthés, de micros, de machines ou même avec son smartphone ou avec son ordinateur portable, qu'il emmène à Tanger, ville dont il est tombé amoureux, ou sur son voilier amarré dans le sud de la France.

Éternel curieux

Chez Christophe, la voix, ses guitares ou le piano ne sont souvent qu'un point de départ. L'essentiel viendra des «périphériques» informatiques et des «effets» sonores, ces échos, ces distorsions et ces «hasards» dont il se nourrit. «J'ai toujours dit que je ne suis pas chanteur. Un chanteur il aime sa voix pour ce qu'elle est. Moi, ce que j'aime surtout, ce sont les effets que je vais y mettre, c'est ça qui me fait «kiffer»...»

Dans Définitivement, chanson d'ouverture où il nous «propose d'ouvrir des choses (...) sur de nouvelles voies», on peut ainsi entendre sa voix cristalline se multiplier, se tordre et se perdre dans les aigus. Partout, il assure lui-même des choeurs aériens. À l'instar des stars du hip hop, il s'offre même une séquence «autotune» (logiciel de transformation de la voix) sur la chanson finale, Mes nuits blanches.

Dans ce disque, Christophe renoue avec Jean-Michel Jarre, l'auteur des paroles des Paradis perdus (1973) et des Mots bleus (1974), qui cosigne la chanson titre Les vestiges du chaos. Christophe a lui-même composé une musique qui figurera sur le prochain album de Jean-Michel Jarre attendu début mai.

Éternel curieux de la musique des autres, capable d'écouter dans la même journée Elvis Presley, La Callas, Tchaïkovski ou l'électro très pointue du Canadien Black Atlass ou de l'Américain Nicolas Jaar, le «Beau bizarre» multiplie les rencontres sur cet album: on y croise l'actrice Anna Mouglalis, Alan Vega (du groupe Suicide), la jeune plume Laurie Darmon ou le parolier Boris Bergman, compagnon de route d'Alain Bashung.

Christophe, invite aussi à bord Lou Reed avec la chanson Lou. Sa façon à lui de se souvenir de l'ex-chanteur du Velvet Underground.

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