Savages: vie, mort, renaissance du rock

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Le groupe Savages

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En 2013, le groupe franco-britannique Savages est sorti du lot avec un premier album, Silence Yourself, sous étiquette Matador. Trois ans plus tard, l'opus Adore Life reconfirme le potentiel annoncé de ce quartette rock exclusivement composé de femmes. Plus personnel, plus détaché de ses influences présumées, encore plus abrasif. Bref, tous les espoirs sont permis pour l'escale montréalaise de samedi soir.

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Le quartette rock Savages décrit son nouvel album Adore Life comme un opus plus personnel et qui révèle davantage de matière que Silence Yourself, sorti en 2013.

Photo Colin Lane, fournie par Beggars Group

Associées au hardcore et au post-punk des années 80, ces musiciennes n'ont que faire de ces étiquettes.

«On nous les a collées à nos débuts, c'est vrai, mais nous n'avons jamais réfléchi à notre musique en termes de références. Les analystes avaient envie de mettre un style sur notre musique... alors que nous ne nous sommes jamais revendiquées d'une scène particulière.»

Un son plus défini

Jointe en Angleterre, Jehnny Beth - Camille Berthomier de son vrai nom - sait défendre Savages, c'est-à-dire désamorcer les clichés à l'endroit de son groupe et en circonscrire les enjeux essentiels.

L'interviewée reconnaît néanmoins que Savages a fait du progrès et que cette fragrance des années 80 est désormais plus discrète.

«Notre deuxième album révèle plus de matière, effectivement. Nous avons toujours visualisé beaucoup de choses dans notre projet musical, nous l'avons davantage exprimé sur notre deuxième album. Avons-nous précisé notre son? Notre personnalité? Oui.» 

«Au cours des trois dernières années, nous avons joué sur plusieurs scènes du monde, rencontré des artistes, écouté beaucoup de musique. Tout ça nous a conduites à étoffer notre approche, et voilà... »

La musicienne souligne en outre que le deuxième album de Savages a été créé dans un contexte fort différent du premier.

«Nous avions enregistré Silence Yourself à la manière d'un live, alors que nous avons pris notre temps pour Adore Life. Ainsi, nous avons enregistré des parties séparément, nous avons pris le temps de chercher. Notre réalisateur [Johnny Hostile, né Nicolas Congé] s'est vraiment penché sur le son de cet album. Il connaît nos goûts, nos ambitions. Il nous a tellement vues jouer... C'est rassurant, car nous restons vulnérables en tant qu'artistes. C'est bien de travailler avec cette personne qui fait partie de la famille.»

Quatre femmes... et alors?

Jehnny Beth refuse de commenter la présence exclusive de femmes au sein de Savages. Elle préfère de loin en expliquer le projet esthétique.

«Avant de fonder le groupe, Gemma Thompson [la guitariste] et moi avions eu d'abord des conversations "théoriques". Nous voulions générer une vraie tension rock dans le contexte de cette période. Nous estimions que la scène londonienne était devenue très ennuyeuse. L'objectif des groupes rock d'alors semblait d'être entendus à la radio et vus par un producteur. Nous voulions plutôt que ces groupes changent nos vies. Ce désir est là depuis le début.»

«Si Savages cessait de nous apporter chamboulement, chaos, questionnement, nous n'aurions plus envie de continuer.»

Savages n'a pas lésiné sur la tension, c'est le moins qu'on puisse dire. Cela étant convenu, que peut-on faire aujourd'hui sur des rythmes binaires, en mode guitare-basse-batterie-chanteur? Que peut-on vraiment ajouter ? À ce titre, Jehnny Beth a plusieurs arguments à soumettre.

«Ce qu'on apporte de nouveau, c'est nous-mêmes, notre sincérité. La musique? Il y a une envie très personnelle de faire différemment dans la voix, les textes, l'usage des pédales d'effet, etc. Cette recherche ne relève pas de la nostalgie. Moi, je m'ennuie très vite et je crois que c'est une qualité!»

En guise de conclusion, Jehnny Beth s'appliquera à déconstruire toute nécrologie rock.

«La nature du rock est de mourir et de renaître. Cette forme doit être toujours pure, sincère et fraîche. Pour que cette impression puisse exister au sein du public, il doit y avoir une mort, suivie d'une renaissance. Vous savez, le discours sur la mort du rock existe depuis ses débuts ! Ce discours-là ne nous fait pas peur. Pour moi, en fait, la musique n'a plus de temporalité. On peut écouter de tout, n'importe où, n'importe quand. C'est devenu tellement accessible que les années et les dates deviennent un peu floues...»

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