Mashrou'Leila: Beyrouth rock

À l'Ouest, il est permis de croire que la musique moyen-orientale se limite aux... (PHOTO RAYMOND GEMAYEL, FOURNIE PAR POP MONTRÉAL)

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À l'Ouest, il est permis de croire que la musique moyen-orientale se limite aux sphères folklorique, classique, sacrée, pop-variété. Il est beaucoup moins évident d'imaginer qu'un groupe de rock indie dont le chanteur est ouvertement gai puisse fleurir à Beyrouth. Que ce groupe puisse remplir ses salles dans plusieurs régions du monde arabe, jouir d'une popularité comparable à celle des rock stars de l'Occident. C'est pourtant le cas de Mashrou'Leila, consacré à l'Est.

Au Maroc, en Égypte, en Jordanie comme aux Émirats arabes unis, la formation beyrouthine jouit d'un buzz considérable. Tête d'affiche des festivals arabes et maghrébins, théâtres remplis à ras bord, fans en liesse. Formé en 2008 à l'Université américaine de Beyrouth sous la bannière «Projet de nuit», Mashrou'Leila est peut-être associé à la vie nocturne, mais n'a assurément rien de souterrain.

Depuis la sortie de Raasük, troisième album enregistré à Montréal et lancé en 2013, on parle d'un incontournable de la nouvelle musique arabe.

En 2014, Mashrou'Leila faisait la une de l'édition moyen-orientale du magazine Rolling Stone, c'est dire. Adulé, certes, mais aussi controversé. Très populaire à Beyrouth dès 2012, le groupe avait semé la controverse en annulant sa première partie prévue au concert des Red Hot Chili Peppers; moult Libanais de moult allégeances reprochaient alors au supergroupe américain de s'être produit en Israël pendant l'assaut contre la flottille turque venue en aide à Gaza.

En 2013, le frontman Hamed Sinno faisait la une du magazine gai Têtu, on imagine les conséquences de cette assomption courageuse au Moyen-Orient. À la fin de la même année, en Égypte, l'invitation du groupe à une très populaire émission de fin de soirée animée par Bassem Youssef avait choqué la part conservatrice de son auditoire; l'animateur-vedette fut accusé d'insulter la religion en autorisant un artiste homosexuel à chanter sur son plateau, avait rapporté le périodique Egypt Independent.

«Nous n'avons pas peur»

Critiques acerbes, pressions, menaces et... Mashrou'Leila tient le cap. Au bout du fil, Hamed Sinno n'a l'air aucunement perturbé par les risques encourus.

«Nous ne nous laissons pas distraire par cette réprobation. Nous n'avons pas peur. Vous savez, les valeurs d'ouverture ne sont pas réprimées qu'au Moyen-Orient. Il peut y avoir des réactions négatives partout où nous nous exprimons, y compris en Europe ou en Amérique. Par ailleurs, vous devez réaliser que les valeurs libérales se portent plutôt bien dans plusieurs villes et régions du Moyen-Orient. Bien sûr, je ne parle pas de zones comme l'Arabie saoudite, où les choses ne changent pas du tout, mais... depuis le Printemps arabe, une partie importante de la population affiche un mode de vie plus progressiste. Si le monde arabe était si conservateur, nous ne ferions pas salle comble partout où nous nous y produisons.»

Reste que... le courage et la ténacité sont requis pour évoluer dans cette zone. Hamed Sinno en convient, mais relativise le danger.

«Pour moi comme pour les autres membres de Mashrou'Leila, ce n'est pas un problème de vivre au Liban, d'autant plus que j'ai aussi la citoyenneté américaine - mes parents y ont vécu nombre d'années. Ainsi, je peux sortir et entrer au Liban tant que je le désire. Mais Beyrouth, ça reste chez moi. L'inspiration du groupe vient de là et du Moyen-Orient. Il nous est impossible d'y faire l'autruche. Nous assumons la responsabilité d'y faire évoluer les choses, mais... plus simplement, notre vie est là-bas; nos proches, notre famille, notre milieu culturel, notre travail, nos amis d'une scène locale très dynamique. Nous nous inspirons de cette vie, nous exprimons cette expérience personnelle.»

L'épisode montréalais de Mashrou'Leila est peu connu. Un premier concert y fut donné en 2012, ce qui permit aux musiciens libanais de nouer des relations professionnelles avec Radwan Moumneh, artiste montréalais d'origine libanaise qui est aussi copropriétaire de l'Hotel2Tango et instigateur du projet Jerusalem in My Heart.

«Nous aimons le travail de Radwan en tant qu'artiste, et il est de surcroît un excellent réalisateur et ingénieur du son. Il est devenu un très bon ami, d'autant plus qu'il passe beaucoup de temps à Beyrouth. Nous avons trouvé son studio formidable, idéal pour enregistrer notre troisième album. Au Moyen-Orient, il faut dire qu'il est difficile de trouver un studio où l'on peut prendre le temps de faire les choses à sa guise.»

Un quatrième album

Deux ans plus tard, le quatrième opus de Mashrou'Leila a été enregistré en région parisienne, soit au studio La Frette que possède Olivier Bloch-Lainé, conjoint de notre Marie-Jo Thério. La sortie est prévue en novembre prochain, mais... il ne figure pas au programme de la prochaine escale montréalaise.

«Nous préférons ne pas en jouer la matière avant sa sortie officielle. Nous travaillons à sa création depuis deux ans environ, mais nous n'en avons pas encore répété le contenu sur scène, contrairement aux albums précédents où la matière était d'abord testée devant public. C'est un album encore plus personnel, conçu sans chercher l'approbation de quiconque. Nous l'avons imaginé à Beyrouth, nous avons injecté davantage d'électro, chacun a ajouté ses propres lignes en studio. Nous avons improvisé là-bas. Les influences sont aussi pop classiques, de Michael Jackson à Fleetwood Mac en passant par Tina Turner, sans compter les influx électros et les compléments d'un ensemble macédonien. Pour ce, nous avons travaillé avec le réalisateur Samy Osta. Il a eu de très bonnes idées sur quoi faire avec nos maquettes. Nous avons aussi de nouveau travaillé avec Jérémie Regnier, qui s'était impliqué dans notre album précédent.»

Rock indie, électro, ornements arabisants... Oriental ou occidental, Mashrou'Leila? «Nous ne voyons pas la musique d'aujourd'hui comme provenant de l'Ouest ou de l'Est, répond Hamed Sinno. Un musicien de blues ne provient plus nécessairement du delta du Mississippi, il peut fort bien vivre en Inde. Nous faisons la musique que nous aimons, c'est tout.»

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Samedi au National, 21h. Première partie: Wake Island.

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