Jean Derome à l'année

Classique, baroque, rock, prog, jazz-rock, jazz, free jazz, trad, tonal,... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Classique, baroque, rock, prog, jazz-rock, jazz, free jazz, trad, tonal, atonal, sériel, dodécaphonique, cacophonique, bruitiste, essentiellement actuel. L'infatigable et multipolaire Jean Derome est de toutes ces moutures, et c'est pourquoi son univers foisonnant rejaillira pendant une année entière. Et ce, à compter de jeudi.

Compositeur, interprète, improvisateur, leader d'ensemble, multi-saxophoniste, multi-flûtiste, tripoteur d'innombrables bidules sonores au service de son imagination foisonnante, le bientôt sexagénaire cumule 45 années de carrière. Son oeuvre comprend des centaines de compositions et jeux d'improvisation, dont plusieurs ont été enregistrés sous Dame/Ambiances Magnétiques. Sa réputation déborde des cadres québécois ou canadien, ses collaborations avec nombre de musiciens étrangers (Fred Frith, Lars Hollmer, Louis Sclavis, etc.) le positionnent parmi les incontournables de ladite musique actuelle.

L'année Jean Derome

Ainsi donc, l'Année Jean Derome s'amorce ce jeudi avec la création mondiale de Résistances, oeuvre inédite conçue autour du thème de l'électricité, et qui réunira un ensemble de 20 musiciens en ouverture du 31e Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV). L'Année Jean Derome a reçu l'appui du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) soit une bourse de carrière de 60 000 $ pour la réalisation de cet ambitieux programme dont voici les principaux événements: 

Trio Derome Guilbeault Tanguay au Festival international de jazz de Montréal, le 29 juin prochain à l'Astral. Jean Derome et les Dangereux Zhoms augmentés de neuf musiciens à l'Off Jazz, le 7 octobre au Lion d'Or. Transposition en musique de la pièce Phèdre de Racine pour l'Ensemble Supermusique, le 20 novembre au Gesù. Duo de Jean Derome avec la clarinettiste Lori Freedman, le 27 novembre à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Jean Derome de concert avec le percussionniste Michel F. Côté, la saxophoniste Joane Hétu et l'ensemble GGRIL de Rimouski, le 28 avril 2016. Jean Derome avec la Fanfare Pourpour et l'Enfant Fort aux Escales Improbables de Montréal, les 10 et 11 juin 2016. Jean Derome aux Suoni Per Il Popolo de juin 2016, on en passe une dizaine d'autres!

Film documentaire réalisé par Richard Jutras, Derome ou les turbulences musicales sera projeté en avant-première le 25 juin à la Cinémathèque québécoise. On vient de lancer l'album Musiques de chambres 1992-2012, soit six oeuvres composées durant la période qu'indique le titre de l'enregistrement. L'exposition de photographies Jean Derome vu par... est présentée à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal jusqu'au 14 juin 2015. Lancement d'un site internet officiel consacré à l'univers de Jean Derome.

Au café de l'avenue du Mont-Royal où il accorde cette interview, Jean Derome est égal à lui-même: parle lentement et sûrement, garde son calme et son sourire. Il est ainsi depuis les années 70, seuls quelques sédiments de chair ont à peine transformé cet artiste inoxydable, imperturbable devant la difficulté de créer hors des cadres convenus.

«Les jeunes musiciens ont une meilleure formation que jamais, le niveau général ne cesse de monter. Pourtant, je connais des musiciens de très fort calibre qui ne trouvent pas de travail. Être musicien aujourd'hui est un apostolat. Tu restes pauvre, mais t'as du fun! C'est un beau métier. L'art véritable, c'est comme du chiendent : ça pousse à travers l'asphalte.»

Force est de déduire que sa capacité d'émerveillement n'a pas été altérée par la difficulté économique.

«Je suis presque content de n'avoir jamais eu de grand succès commercial. En fait, quand tu as du succès, tu es plus ou moins forcé à jouer tes tubes. Je ne suis pas pris dans cet étau. Ça reste toujours ouvert, je suis libre d'avancer là où je le veux.»

Plus que la famille du jazz ou celle de la musique contemporaine, Jean Derome est associé au label Ambiances Magnétiques dont il est un cofondateur. On parle néanmoins d'une niche et... notre homme n'a que faire de ces considérations.

«Je ne veux pas trop savoir dans quel marché spécialisé je me trouve. Mes collaborateurs et amis me soutiennent et je les soutiens. Ce qui m'intéresse surtout, c'est la musique vivante, pétillante. Celle qu'on crée à l'instant. C'est ce que je fais depuis 1971.»

Il avait 15 ans lorsqu'il donné son premier concert devant public. Il jouait alors dans un groupe de jazz-rock alors dirigé par le pianiste Pierre Saint-Jak. Ce groupe devint Nébu en 1973, Derome y a participé pendant un moment avant de s'inscrire au Conservatoire en flûte traversière. En 1977, il renouait avec Nébu, alors devenu trio avec Saint-Jak et le contrebassiste Claude Simard. En route vers les années 80, il fut un membre actif de l'Ensemble de musique improvisée de Montréal (EMIM), dirigea la Grande Urkestre de Montréal (GUM), et on se souvient particulièrement des Granules, duo de choc qu'il forma avec le guitariste et compositeur René Lussier.

«J'ai toujours alimenté cet intérêt pour l'improvisation. Dans plusieurs styles, autour de la branche du jazz. De manière générale, je n'ai pas joué la musique de compositeurs réputés. Encore aujourd'hui, je ne joue que ma musique et celle de mes amis... sauf Monk et Mingus. Dans les années 80, j'ai fait partie de cette vague de musiciens qui ont incarné ce regain d'intérêt pour Monk. J'avais alors participé au groupe Mysterioso avant de former Evidence avec le contrebassiste Pierre Cartier et le percussionniste Pierre Tanguay. Plus tard, c'est-à-dire il y a 20 ans (!), j'ai été très heureux d'accepter l'invitation de Normand Guilbeault dans son ensemble consacré à la musique de Charles Mingus. Oui, je viens du jazz mais au fond, je plus tourné vers l'improvisation libre et cette communauté d'affinités qu'on appelle (au Québec) la musique actuelle.»

Grands jeux d'improvisation, (Canot-Camping), vastes projets de musique actuelle (Confitures de gagaku, Je me souviens - Hommage à Georges Perec, etc.), musiques de chambre, musique de théâtre, musiques de films... À l'évidence, Jean Derome est un pilier de cette «musique actuelle» qui a connu connu son âge d'or dans les années 80 et 90. En 2015? Notre interviewé refuse de la voir flétrir.

«Elle a été vieillissante pendant un moment, convient-il, mais ce n'est plus aussi vrai. De plus jeunes musiciens la pratiquent, certains arrivent à maturité, je pense à Pierre-Yves Martel, Isaiah Ceccarelli et plusieurs autres. Mais... oui, il y a quand même un problème avec les musiques de concert en général, ces musiques qui ne sont pas du divertissement ou de la variété. On peut se poser la question: y a-t-il un appétit des mélomanes pour vivre ensemble la musique? Ou bien veut-on la vivre en mode virtuel?»

Poser la question, c'est y répondre. «Ce qui m'intéresse personnellement, c'est le concert. Ce moment de partage dans l'instant, ça demeure pour moi LA musique. C'est comme le sexe: je me fous de la porno, je veux vivre une vraie relation, en temps réel. Cette relation physique est pour moi irremplaçable.»

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La création mondiale de Résistances, de Jean Derome, sera présentée le 14 mai, au Colisée Desjardins en ouverture du 31e FIMAV.

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