La revanche de Robert Lepage

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Les décors de L'Amour de loin sont composés d'une passerelle et de bandes de lumières DEL.

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Caroline Rodgers

COLLABORATION SPÉCIALE

La Presse

Robert Lepage poursuit son aventure opératique avec L'Amour de loin, de Kaija Saariaho. La nouvelle coproduction de l'Opéra de Québec et du Metropolitan Opera de New York sera présentée en première cet été au Festival d'opéra de Québec. La Presse a eu accès aux coulisses de la production dans les ateliers de Scène Éthique, à Varennes, où sont conçus décors et costumes.

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Robert Lepage devant le décor de L'Amour de loin

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Quand Peter Gelb, directeur du Metropolitan Opera, a demandé à Robert Lepage s'il voulait signer une nouvelle mise en scène de L'Amour de loin, le metteur en scène y a vu une belle occasion de prendre sa revanche... sur lui-même. En effet, il avait déjà refusé de travailler au premier opéra de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho, qui a été créé en 2000 au Festival de Salzbourg sous la direction musicale de Kent Nagano, dans une mise en scène de Peter Sellars.

« Lorsque L'Amour de loin a été créé, on m'avait demandé de faire la mise en scène, dit Robert Lepage. À l'époque, je ne connaissais pas cette compositrice. C'était son premier opéra et c'était aussi l'année où je faisais une grande tournée internationale avec La face cachée de la lune. J'ai dit non. Par la suite, Kaija Saariaho a demandé à Peter Sellars de faire la mise en scène, et cette production est devenue une référence. Les bons opéras contemporains qui tiennent la route et que l'on refait sont assez rares. On peut dire que cette création a permis à l'opéra d'entrer dans le XXIe siècle en adoptant de nouvelles formes, de nouvelles textures et de nouvelles façons de faire. Quand j'ai vu que j'avais raté le bateau, j'étais un peu vert de jalousie ! »

METROPOLITAN

Pour le Festival d'opéra de Québec, qui fêtera cet été son cinquième anniversaire, il s'agit d'une quatrième collaboration avec Robert Lepage et Ex Machina après Le Rossignol, de Stravinski (2011), The Tempest, de Thomas Adès, et La damnation de Faust, de Berlioz (2013). The Tempest était également une coproduction avec le Met. Après Québec, L'Amour de loin fera partie de la saison 2016-2017 du Metropolitan.

« Nous avons beaucoup de partenaires artistiques mais il va de soi que notre meilleur coup, c'est de s'être associés avec le Met, dit Grégoire Legendre, directeur général et artistique de l'Opéra de Québec. Aucune autre compagnie d'opéra au Canada n'avait fait cela avant nous. L'avantage d'un festival, c'est que l'on peut se permettre d'être plus audacieux et de sortir de la programmation traditionnelle en présentant des oeuvres moins connues tout en sachant que le public sera au rendez-vous. »

Les trois chanteurs de la production sont Phillip Addis (Jaufré), Erin Wall (Clémence) et Tamara Mumford (le Pèlerin). Le chef Ernest Martinez-Izquierdo dirigera l'Orchestre symphonique de Québec.

L'AMOUR D'HIER À AUJOURD'HUI

L'Amour de loin raconte l'histoire de Jaufré Rudel, troubadour du Moyen Âge ayant vécu dans la région de l'Aquitaine, en France, qui serait tombé amoureux de la comtesse Hodierne de Tripoli, au Liban, sans même l'avoir vue. L'écrivain franco-libanais bien connu Amin Maalouf a rédigé le livret de l'opéra.

« C'est une histoire médiévale avec des valeurs médiévales, dit Robert Lepage. L'amour y est une espèce de valeur absolue, la pureté du sentiment désincarné, un amour courtois. Il y avait à cette époque un aspect spirituel à l'amour qui a pris le bord de nos jours. C'est très beau, très rayonnant et la musique est absolument envoûtante et hypnotique. Elle permet beaucoup de liberté dans la vision du metteur en scène. »

L'opéra comporte cinq actes s'enchaînant avec fluidité. « Ça s'inspire du mouvement de l'eau, et il n'y a pas de vraie coupure entre les scènes. C'est de la musique qui flotte, comme le thème de l'opéra avec la mer qui sépare les deux amours. C'est très méditatif », dit Robert Lepage.

Pour insérer ces personnages médiévaux dans un opéra composé aujourd'hui, le metteur en scène et son équipe ont imaginé une mer et des vagues lumineuses dans une approche contemporaine incluant des marionnettes, des éclairages LED, une passerelle mobile et des bateaux se déplaçant à travers un décor où une cinquantaine de choristes seront camouflés par ces vagues lumineuses.

« Ça demeure une histoire médiévale, mais le langage visuel qu'on utilise est très moderne, comme la musique de Saariaho », ajoute le metteur en scène.

« Si l'opéra intègre tous les arts, notre discours est qu'en 2015, on doit aussi inclure les arts acrobatiques, l'architecture, l'ingénierie, les multimédias. »

MARIONNETTES, BATEAUX ET MÉCANIQUE

Pour les costumes et les décors de L'Amour de loin, Robert Lepage a fait appel à Michael Curry, qui a déjà travaillé à cinq cérémonies des Jeux olympiques, sur Broadway et qui a participé à plusieurs spectacles du Cirque du Soleil, dont , mis en scène par Robert Lepage. Il a également travaillé avec lui pour Le Rossignol, opéra faisant appel à de magnifiques marionnettes de sa conception.

L'Amour de loin aura aussi sa marionnette, le personnage du Pèlerin, ainsi que quelques créatures marines et un oiseau. Au Moyen Âge, les animaux étaient fréquemment utilisés comme symboles. Michael Curry s'est inspiré de cette imagerie pour concevoir les costumes.

« Nous voulions créer une impression de distance sur la mer, avec des bateaux et des marionnettes de différentes tailles, dit Michael Curry. Les marionnettes sont de plus en plus utilisées au théâtre ou à l'opéra. C'est une façon de raconter une histoire tout en permettant aux chanteurs de se concentrer avant tout sur la musique. Je conçois aussi la mer comme un personnage. Toutes les scènes se déroulent sur la mer ou autour d'elle. Tout sera en mouvement, tout le temps, comme le cycle des vagues et des marées, accompagnant la musique. »

La machinerie conçue dans les ateliers de Scène Éthique, à Varennes, permettra tout ce mouvement. Mais on est très loin du degré de complexité de la fameuse machine du Ring. Et aucun bruit parasite ne viendra troubler la musique, assure Robert Lepage.

« C'est la chose la plus silencieuse que nous ayons conçue jusqu'à maintenant, dit-il. Et c'est très simple comme dispositif. »

À la Salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec les 1er, 3 et 5 août dans le cadre du Festival d'opéra de Québec ; au Metropolitan Opera de New York en 2016-2017.

Grégoire Legendre, directeur général et artistique du Festival... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE) - image 2.0

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Grégoire Legendre, directeur général et artistique du Festival d'opéra de Québec

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Cinq ans pour le Festival

Le Festival d'opéra de Québec, qui aura lieu du 23 juillet au 5 août, fêtera ses cinq ans cet été. Un succès pour ce rendez-vous lyrique qui a attiré 20 000 visiteurs l'an dernier.

« Pour nous, cinq ans, ça représente une certaine pérennité, dit Grégoire Legendre, directeur général et artistique. La fréquentation augmente d'année en année, et le tourisme se développe. On vise à s'implanter dans notre communauté, mais aussi à attirer un tourisme international qui voyage dans les festivals d'opéra. Il n'y a pas de festival d'opéra de cette envergure au Canada. On fait figure de pionniers. »

Car il y a véritablement un tourisme international qui voyage en fonction des festivals de musique classique et d'opéra. Grégoire Legendre ne voit pas pourquoi Québec ne pourrait pas faire comme Charleston, aux États-Unis, dont le Spoleto Festival existe depuis 1977.

« C'est un festival qui présente des similitudes avec le nôtre, en investissant la ville avec des événements musicaux tenus un peu partout pour essayer d'atteindre le plus de gens possible. C'est une ville portuaire et historique, comme Québec, et une agglomération d'environ 600 000 habitants », dit Grégoire Legendre.

PROGRAMMATION 2015

En plus de L'Amour de loin, cet été, le Festival d'opéra de Québec présentera Diva By Night, le spectacle de Natalie Choquette, l'opéra jeunesse Arthur, de Nathalie Magnan, le concert De Lully à Rameau avec les Violons du Roy, De Bernstein à Plamondon avec Marie-Josée Lord, Marc Hervieux et Gino Quilico, et la Sinfonia de Lanaudière sous la direction de Stéphane Laforest, ainsi que les apéros-concerts gratuits Rossini à l'apéro à la Chapelle du Musée de l'Amérique Francophone. De plus, la Brigade lyrique du Festival, constituée de jeunes chanteurs, continuera de présenter des concerts ponctuels dans les lieux publics de la ville.

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