Ariane Moffatt lance son album le plus secret

Ariane Moffatt évoque ses jumeaux et sa blonde... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Ariane Moffatt évoque ses jumeaux et sa blonde dans 22h22, son nouvel album.

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En jouissant du bonheur familial d'avoir des jumeaux avec son amoureuse, entremêlé au manque de sommeil et de temps pour soi, Ariane Moffatt a eu peur d'avoir perdu la flamme de la création.

«Quand tu viens d'avoir des enfants et que tu arrives en studio, qu'est-ce que tu as à raconter?», lance la chanteuse en entrevue.

«C'était freakant, se souvient-elle. Je savais que je devrais sortir un album un jour, mais je me demandais: il est où, cet album-là? On a parfois l'impression de ne plus avoir de moments d'intériorisation et de contemplation.»

Le hasard a fait qu'il était souvent 22h22 quand Ariane jetait un coup d'oeil au cadran. «C'est là que j'ai entrevu la possibilité de revenir dans mon imaginaire à moi.»

Quand ses fils ont eu 6 mois, la mère et musicienne a repris le chemin du studio, puis l'inspiration est revenue à coups de 22h22. Comme quoi tout changement de vie est moteur de création. Et «la lunette que cela te donne peut être cool, même si c'est de 9 à 5 et de manière moins décadente», dit Ariane Moffatt.

Son album le plus personnel?

Dans 22h22, Ariane Moffatt évoque ses jumeaux et sa blonde. S'agit-il de son album le plus personnel? La chanteuse rappelle qu'elle a exorcisé «une peine d'amour extrême» sur le disque Le coeur dans la tête. «J'étais allée encore plus loin sur cet album-là, mais c'est vrai que 22h22 est le portrait personnel d'une courte période de temps.»

Ce disque traite de dualités et de grandes mutations: le passage entre le jour et la nuit, entre le rôle de femme et de mère; le combat entre le réveil et le sommeil; les questionnements sur la vie et la mort...

Sur la pièce Matelots&frères, Ariane Moffatt a échantillonné les voix de ses jumeaux et leurs essais et erreurs au piano. Sa pièce Les deux cheminées symbolise son amour pour sa compagne Florence.

«Je suis fière et contente de partager l'album, mais j'ai peu de recul sur ce que cela raconte. C'est l'album le plus secret que j'aie fait. L'image de ma maison y est très présente, mais ma blonde l'a à peine entendu», laisse-t-elle savoir.

À la dernière étape d'écriture, Ariane Moffatt a eu recours à la plume de Tristan Malavoy-Racine pour éditer et même coécrire certains textes. Le journaliste, auteur et musicien s'était prêté au même exercice pour le livre post-tournée i(ma)ges&réflexions. «On dirait que je ne pouvais pas me passer de cette étape-là.»

L'ex-coach de La voix tenait à ce que ses propos personnels aient une portée universelle. «Je voulais éviter que ce soit trop hermétique afin que cela puisse résonner chez les autres.»

Électro-pop minimaliste

Avec 22h22, Ariane Moffatt poursuit dans la veine électro-pop pratiquement sans guitare de son album précédent, mais uniquement avec des chansons en français. Elle renoue également avec la démarche solitaire et introspective de MA.

On retrouve sur le disque des titres dansants d'une efficacité redoutable (Debout et Miami rappellent la belle époque de Martine Chevrier), mais l'auteure-compositrice-interprète exploite surtout «le trip du rêve, du sommeil et du réveil avec un mood très onirique, minimaliste et planant. Ma drogue était mon rapport tronqué au sommeil. J'ai commencé à lire sur les rêves lucides, sur les états de conscience altérés, d'où l'ambiance presque new age de l'album.»

En fin de parcours, Ariane Moffatt a refait équipe avec son frère d'armes, Jean-Phi Goncalves (Plaster). «On a un esprit de contradiction qui nous sert.»

Les deux complices ont vite décidé, malgré le recours massif aux synthétiseurs, de s'éloigner de la mode «disco eighties» et du son new-wave du moment, histoire de ne pas «se coller à la nostalgie d'une époque».

«Nous sommes allés dans l'instinct et dans ce dont chaque chanson avait besoin», résume Ariane Moffatt. 22h22 respire grâce à des silences et à du vide sonore évocateur, se réjouit-elle.

À un moment donné, la chanteuse et multi-instrumentiste a eu l'impression d'avoir deux albums en un seul, vu les chansons piano et voix. «François Lafontaine [membre de Karkwa devenu réalisateur], qui a travaillé un peu avec nous, me disait que ces chansons-là étaient importantes et qu'il fallait éviter de trop les enrober.»

Ariane Moffatt a suivi ses conseils. En studio, elle a également reçu la visite de Jonathan Dauphinais, Alex McMahon, Joseph Marchand, Michel Dupire et André Martin. Et les fredonnements des gens qui ont répondu à son appel sur les réseaux sociaux, en novembre dernier, se retrouvent sur Toute sa vie, la pièce qui clôt l'album.

Le spectacle

Ariane Moffatt a déjà annoncé plusieurs dates de spectacles, dont un au Métropolis, le 22 mai. «Marie Brassard va en faire la mise en scène, annonce-t-elle. Je l'admire depuis longtemps et elle m'intimidait. Elle est tellement créative. Je trouvais que sa signature collait au côté onirique de l'album.»

C'est la première fois que la chanteuse collabore avec une metteure en scène. Et ce sont Jonathan Dauphinais, Laurence Lafond-Beaulne (Milk&Bone) et Étienne Dupuis-Cloutier (réalisateur des albums de Fanny Bloom) qui l'accompagneront sur scène.

La vie après La voix

Ariane Moffatt sort un album alors que le public en sait plus que jamais sur sa vie privée. Elle a entrepris des démarches d'homoparentalité alors qu'elle occupait le poste de coach à La voix.

«C'est un passage un peu obligé, dit-elle avec le recul. Je ne l'ai pas cherché à tout prix, mais c'est comme s'il fallait que je le fasse pour que le champ soit libre et que je sois là avec ma famille et mon homosexualité. J'espère juste que ce n'est plus un enjeu d'actualité.»

Depuis trois saisons, l'émission La voix réduit le clivage entre les musiciens jouissant d'un succès d'estime et le grand public. «Après La voix, tu ne te demandes plus si tu es indie ou pop. L'abcès est crevé. Tu es celle que tu es. Cela désacralise bien des affaires.»

Ariane Moffatt compte maintenant quinze ans de carrière et cinq albums. L'air quasi stupéfaite, elle lance en cours d'entrevue le mot «pérennité».

Et le mot est juste.

ÉLECTRO-POP

Ariane Moffatt

22h22

MO'FAT Éditions

Sortie mardi

Cinq moments de 22h22

22h22

«22h22, ma seconde vie commence», chante Ariane Moffatt. L'anecdote est déjà connue: c'est en apercevant «22h22» s'afficher au cadran plusieurs fois dans la même semaine qu'Ariane Moffatt a senti un souffle créatif remonter en elle. Un soulagement. Lorsqu'elle est devenue mère de jumeaux, tout a changé. «Tout est différent. Une nouvelle vie dans mon métier, dans la création.»

Nostalgie des jours qui tombent

«C'est le blues du lendemain de mes 35 ans», indique Ariane Moffatt. «Suis-je dépassée? Est-ce que je vieillis bien dans mon métier? C'est la première fois que je sens qu'il y a une génération après moi qui réinvente la musique à sa façon.» Dans toutes ses remises en question générationnelles, Ariane Moffatt s'est consolée avec l'image de la Joconde, qu'elle cite dans sa chanson. «C'est intemporel, l'art. Il faut se dissocier du corps physique et aller dans le monde de l'imaginaire.»

Domenico

En lisant un article de notre collègue Rima Elkouri intitulé «Le prince de l'avenue du Parc», Ariane Moffatt a été touchée par cette histoire d'un défunt sans-abri du Mile End pour qui les commerçants s'étaient pris d'affection. «J'ai écrit cette chanson-là en me mettant dans la peau de ce gars-là.» «J'ai vécu de l'itinérance, mais jamais dans votre indifférence», y chante-t-elle.

De mort à vivant

«Avant d'avoir des enfants, la mort n'existait pas tellement pour moi. Je n'ai pas vécu de grand deuil... Là, j'ai la vie sous les yeux et cela m'amène à réfléchir sur la fin», lance Ariane Moffatt. Dans sa chanson Les tireurs fous, elle dit préférer, pour ses enfants, un monde inventé à la violence ambiante. Pour De mort à vivant, «j'ai imaginé mon frère qui reviendrait des morts en flirtant entre la fiction et la réalité».

Les deux cheminées

Les deux cheminées de la piste cyclable des Carrières symbolisent l'histoire d'amour d'Ariane Moffatt avec la mère de ses enfants. «De mon studio, je vois l'incinérateur des Carrières, que j'appelais les girafes. Quand j'ai rencontré Flo, son condo était sur Saint-Grégoire et c'était un emblème dans nos vies.» Aujourd'hui, la ballade représente aussi les jumeaux du couple et un cadeau musical de Saint-Valentin de 2014.

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