Christine and The Queens: fuir les définitions

Héloïse Letissier... (PHOTO ÉMILIE CÔTÉ, LA PRESSE)

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Héloïse Letissier

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Festival Montréal en lumière

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Festival Montréal en lumière

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(PARIS) En sortant du local de Because Music, où notre entrevue vient de se terminer, une femme bondit de sa chaise pour apprendre la bonne nouvelle à la chanteuse de Christine and The Queens: le réseau de radios NRJ vient d'inclure sa chanson Saint Claude en rotation.

«What???»

Héloïse Letissier n'en croit pas ses oreilles et embrasse la représentante de son label. «Tu fais des miracles.»

Après le buzz, voilà le succès grand public pour l'artiste de 26 ans. En décembre dernier, son visage tapissait les kiosques à journaux de Paris et les revues de fin d'année.

L'auteure-compositrice-interprète française a vendu plus de 250 000 exemplaires de son album électro-pop racé et minimaliste, qui puise dans le théâtre, la danse, la vidéo, le dessin, la photographie et diverses références intellectuelles. Elle était en lice cinq fois au gala des Victoires de la musique, qui a eu lieu vendredi.

Mardi, elle traversera l'Atlantique pour la première fois pour être sur la scène du Métropolis jeudi soir, dans le cadre du festival Montréal en lumière.

Elle a croisé plusieurs fois Pierre Lapointe, qui l'a même invitée à son émission de radio sur France Inter. «Il m'a fait une pub d'enfer, dit-elle. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup aussi. Son écriture et sa voix.»

Un public à découvrir

Rencontrée en décembre dernier, Héloïse Letissier avait hâte de découvrir le Québec. Un public imposant et friand l'attend, comme en témoigne la grandeur de la salle, le Métropolis, qui répond à la demande qu'elle suscite. «Une découverte du territoire et du public», dit-elle.

«L'album sortira aussi aux États-Unis avec Neon Gold. On va en offrir une version repensée», ajoute Héloïse, qui se rendra également en territoire américain.

Depuis la sortie de son premier disque, Chaleur humaine, en juin dernier, la jeune femme est demandée. «J'ai un côté pessimiste de nature, alors je n'ai pas eu l'impression de perdre pied, mais tout a été très intense. J'ai l'impression que l'album est sorti il y a un an, alors qu'il est sorti il y a six mois! Il s'est passé tellement de trucs vite... J'ai même eu le syndrome de l'imposteur pendant un moment. Je ne me laisse pas enivrer facilement.»

«Cet album-là est un luxe. Il n'a pas été réfléchi en tant que single et pour la radio. C'est émouvant que je n'aie pas eu à faire de compromis artistiques», se réjouit-elle.

Inspirée par les drag-queens

Reprenons la petite histoire de Christine and The Queens du début, quand Héloïse Letissier étudiait en théâtre pour devenir metteure en scène. «C'était mon projet de vie, mais j'étais entourée d'enseignements machistes et je manquais d'encouragement», raconte-t-elle.

Timide et réservée, la jeune étudiante malheureuse a tout plaqué quand une peine d'amour a fait déborder le vase. Direction Londres, «une ville où [elle se sent] bien».

À l'époque, Héloïse ne chantait pas mais consommait beaucoup de musique. «J'étais complexée.» Et un soir devenu mythique dans la biographie de Christine and The Queens, Héloïse a rencontré des drag-queens dans un bar de Londres. Tous les soirs, elle se mettait au défi de sortir dans un endroit cité dans son guide Time Out. Ses inclinaisons personnelles la menaient souvent dans des «soirées queer et extravagantes».

«J'ai switché ma manière de penser en voyant ces performeuses qui sont venues vers moi alors que j'étais seule à ma table. Je pensais qu'il fallait que je sois parfaite, alors qu'il faut être libérée du regard des autres», dit-elle

L'adversité vécue par les drag-queens au quotidien a inspiré Héloïse. «J'étais tellement malheureuse qu'il me fallait prendre un risque avec ce que j'ai envie de faire. Aujourd'hui, c'est automatique. C'est le seul truc que je n'intellectualise pas. C'est très libérateur.»

Bisexuelle

Discuter de sa bisexualité avec les médias ne gêne pas trop la femme menue de 26 ans. «C'est surtout le personnage de Christine qui est mal compris. Elle n'est pas dans la sexualité, mais dans le désir. Quand on fait une chanson, je crois que c'est parce que nous sommes prêts à en parler.»

Héloïse Letissier fait l'apologie d'une vie où certaines questions manquent de réponses. «On vit dans une société qui adore les définitions. Sur Facebook, on coche des cases. Il y a cette folie des descriptifs et des qualificatifs. Il n'y a pas de neutre ou d'incertitude. Même quand je dis que je suis bisexuelle, c'est imprécis. Je n'ai pas envie de choisir. Cela gêne même des lesbiennes.»

En musique, l'auteure-compositrice n'aime pas non plus s'associer à une définition. Elle admire l'esthétique sonore de Kanye West, James Blake, Drake, FKA Twigs, Arka et «tout le R&B du futur». «De l'intelligence dans les silences et les effets. De la mise en scène sonore.»

Le flow du rap la nourrit quand elle écrit en français. Pour l'anecdote, Héloïse raconte qu'elle écoutait du Kendrick Lamar en écrivant Saint Claude.

Repérée rapidement par Les Inrocks, Christine and The Queens a apprivoisé la scène en tout début de parcours. «Mes premiers concerts étaient what the fuck. J'étais seule avec mon ordinateur. Je portais déjà mon costume et je dansais beaucoup. Les gens n'étaient pas habitués à cela. Je me voyais comme une Andy Kaufman qui rend les gens mal à l'aise.»

Mais son charme sincère et maladroit a opéré et elle en est venue à assurer la première partie de spectacles de Lykke Li et The Dø. Héloïse Letissier s'est ensuite entourée de musiciens et de danseurs, que nous verrons jeudi soir sur la scène du Métropolis. «Avec de la vidéo. Je pense que ça va le faire.»

On n'en doute pas. À jeudi!

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Au Métropolis jeudi, dans le cadre de Montréal en lumière.

Montréal en lumière, mode d'emploi

UN SITE REPENSÉ

Du 19 février au 1er mars, le site extérieur de Montréal en lumière aura sa Maison de la Suisse (pays à l'honneur) où l'on pourra voir le film La Suisse vue du ciel et, à l'extérieur, une création interactive de la Haute École d'art et de design de Genève. Et que dire de la grande roue suisse à la descente de laquelle on pourra se rendre au stand S.O.S. fondue au fromage! Autres nouveautés: la tyrolienne RBC, système de transport sur filin qui permettra aux téméraires de traverser le site dans les airs, sur deux câbles tendus, et la mini-glissade pour jeunes enfants.

SPECTACLES GRATUITS

Vincent Vallières ouvrira la série de spectacles extérieurs gratuits de Montréal en lumière en rock, le 19 février. Brigitte Boisjoli suivra le 21. Pierre Kwenders sera sur la scène RBC le mercredi 25, Elisapie le 26, le quatuor Random Recipe le 27 et le quintette sherbrookois Misteur Valaire le 28, à 20 h. Il sera suivi à 21 h 10 par Ariane Moffatt et ses amis.

LA NUIT BLANCHE

Histoire de ne rien manquer de la Nuit blanche, le 28 février, vous pouvez en télécharger l'application mobile.

HEURES D'OUVERTURE

Le site est ouvert les 19 et 20 février, de 17 h à 23 h; le 21 février, de midi à 23 h; le 22, de midi à 18 h; les 25, 26 et 27 février, de 17 h à 23 h et le 28 (Nuit blanche), de midi à 3 h du matin. La station de métro Place-des-Arts est une porte d'entrée directe sur le site du festival.

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