Nils Frahm: redéfinir le concert solo

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Nils Frahm ne se considère pas comme un jazzman, mais plutôt comme un explorateur des sonorités.

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Il n'y a pas lieu de s'étonner que cet interprète, compositeur et improvisateur remplisse ce soir le Métropolis. Au festival Mutek, l'an dernier, Nils Frahm avait ébloui deux salles pleines en autant de soirs. On avait vu les visages s'illuminer pour cet inconnu, seul sur scène, entouré de claviers et machines.

Quelques mois plus tard, la sortie de son album Spaces (étiquette Erased Tapes) fut soulignée à grands traits sur la planète musique, avec une moyenne de 90% recensée par Metacritic.

Le trentenaire allemand est désormais une vedette en son genre. En ses genres!

Pour les mélomanes qui se sentent à l'aise au confluent des sensibilités populaires et sérieuses, cet artiste vibrant incarne le meilleur des mondes: musiques classiques modernes ou contemporaines, musiques improvisées, musiques électroniques ou indie pop.

«Je trouve plutôt sympathique d'être considéré comme un musicien qui construit des ponts pour les mélomanes et qui les fait passer d'un monde à un autre», amorce-t-il lorsqu'on lui rappelle l'engouement suscité par ses prestations montréalaises.

Voyage dans le temps

Joint à son domicile berlinois, l'homme exhale la satisfaction de l'artiste consacré, sans trop en beurrer. Nils Frahm est sûr de ses moyens, mais il a de bonnes manières. Et il ne se fait pas prier pour expliquer les fondements de sa quête.

«Je cherche d'abord le son à travers mes instruments.

Je cherche la texture, le timbre. Chaque instrument a

son potentiel; il faut en trouver la fraîcheur.

«Lorsque, par exemple, j'use d'instruments plus traditionnels, je m'autorise à leur faire produire d'autres sons, d'autres timbres que ceux auxquels ils nous ont habitués. Il en va de même pour les styles musicaux: j'essaie d'en révéler les dimensions insoupçonnées. C'est une part importante de ma démarche.»

Nils Frahm frappe aussi l'imaginaire des mélomanes parce qu'il les emmène dans différentes époques.

«Tout interprète classique de piano connaît le répertoire réservé au piano (Chopin, Rachmaninov, Debussy, etc.); il n'y a rien de spécial là-dedans a priori, mais cette musique d'il y a un siècle ou plus rejaillit forcément dans la mienne, vu mon éducation. Simultanément, des idées émanant de la musique électronique se trouvent dans mon jeu de piano.»

On en déduit que les claviers de Nils Frahm constituent une «sorte d'interface» pour ses idées de composition, qu'elles soient acoustiques, électriques ou électroniques.

«Par ailleurs, plusieurs folklores, musiques traditionnelles et musiques de racines m'inspirent. Je ressens beaucoup de force dans les musiques traditionnelles.»

Autre facteur important de l'impact produit par le musicien: son refus catégorique de la prise de tête.

«L'intellectualisme à outrance de certaines musiques contemporaines me rebute. Une partie de moi veut rester simple et jouer avec le coeur. Ainsi, j'admets la forme originelle d'une chanson, mais je cherche à en transformer le timbre, la température, la hauteur, explique l'artiste.

«J'aime combiner ces forces anciennes à celles des avant-gardes musicales: musiques sérielles, électroacoustiques, minimalistes, électroacoustiques, poursuit l'artiste. Une chanson peut sembler anodine, presque naïve, jusqu'à ce que des sons moins courants s'immiscent dans la proposition. Distorsion. Réverbération. Traitement. Transformation.»

Improvisation

Nils Frahm cherche donc à révéler des trésors cachés de sa musique, trésors qu'on finit par apprécier autant que ses balises rassurantes.

«Il ne faut pas trop de sucre dans le gâteau. Les ingrédients connus et appréciés finissent par donner la nausée. Il faut donc désorganiser la proposition, assez pour en maintenir l'attrait en en dévoilant de nouvelles dimensions.»

Fort d'une formation de pianiste classique, Nils Frahm aime improviser sans pour autant s'inscrire dans le sillon jazzistique.

«Tout dépend de ce qu'on entend par jazz», nuance-t-il lorsqu'on lui soumet l'observation. «Par exemple, j'ai été grandement influencé par les musiques de l'étiquette ECM, avec laquelle j'ai grandi - mon père y avait collaboré en tant que photographe (pour les pochettes) et disposait d'une importante collection d'albums de ce label. En les écoutant, j'ai réalisé que l'improvisation pouvait mener ailleurs que vers le jazz moderne. Il faut rappeler que Jean-Sébastien Bach improvisait aussi, quelques siècles plus tôt!

«Je ne me considère pas comme un jazzman, mais j'admire l'attitude exploratoire du jazz dans les années 50 et 60. La période modale de John Coltrane et Miles Davis, les débuts du jazz électrique, ces longues pièces improvisées avec peu de changements harmoniques et une grande recherche timbrale, c'est très inspirant.»

Pour le concert de ce soir, Nils Frahm poursuit le même cycle de création que celui observé lors de ses escales précédentes, quoique...

«Chaque étape de ce cycle a été différente, d'une ville à l'autre, d'une salle à l'autre. Encore maintenant, je peux y présenter les éléments de nouvelles compositions. Qui plus est, le succès acquis me permet cette fois de faire voyager mon équipe, mon éclairagiste, tous mes instruments - piano à queue, piano droit, synthétiseur analogique et monophonique, synthétiseur polyphonique, boîtes à rythmes, pédales d'effets, procédés de réverbération, etc. C'est LA tournée que je voulais faire enfin.»

Et le prochain cycle?

«Après cette tournée, je travaillerai sur du matériel différent. Des collaborations sont à prévoir, mais mon projet principal restera solo. Je suis encore très excité à l'idée de présenter ma musique ainsi.»

Redéfinir le concert solo peut être l'affaire d'une vie entière, qui sait?

Au Métropolis ce soir, 21h,

dans le cadre de M pour Montréal. Première partie: Dawn of Midi.

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