DJ Champion: il faut vivre!

Maxime Morin est un multi-instrumentiste, mieux connu pour... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Maxime Morin est un multi-instrumentiste, mieux connu pour son travail en musique electronique sous le nom de DJ Champion.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Le documentaire Sur la piste des DJ était présenté vendredi aux Rencontres internationales du documentaire. Il met notamment en scène DJ Champion, en pleine lutte contre le cancer au moment du tournage. Maxime Morin va beaucoup mieux aujourd'hui et prépare même deux nouveaux albums : un disque instrumental de guitare et un autre plus pop. Discussion sur l'évolution du milieu musical.

Le milieu de la musique a subi plusieurs mutations. La gratuité est devenue la règle d'or. Je me demandais comment on arrive à vivre de son art dans un univers pareil...

Moi, je me prostitue, et j'ai beaucoup de plaisir à le faire! (Rires) Certains voient ça comme de la prostitution, d'autres, comme de l'ouverture d'esprit et de l'exploration. Je préfère le voir comme ça. En espérant pouvoir continuer à gagner ma vie avec ma musique.

Certains te reprochent de te prostituer parce que tu mélanges les genres?

Quand j'ai fait ma pièce avec l'OSM (Orchestre symphonique de Montréal), et ensuite l'OSQ (Orchestre symphonique de Québec), une auditrice à Espace musique a envoyé un message pour dire que c'était vraiment dommage que les orchestres en soient rendus à se prostituer avec des artistes populaires, moi en l'occurrence. Le compositeur avec qui j'ai travaillé s'est fait dire des bêtises par d'autres compositeurs. Certains voient mon travail comme de la prostitution. Que je combine les choses, que je flirte avec différents genres et différentes personnes, c'est perçu comme une dégradation par les puristes. Un puriste de musique classique ou un puriste de musique électronique, ça reste un puriste.

Tu as toujours fait dans le mélange des genres. Tu te prostitues depuis longtemps...

C'est l'histoire de ma vie! Quand j'habitais à la campagne, j'avais trois bands : un de métal, un de punk et un de pop. Ç'a toujours été ma façon de trouver mon compte. Je suis une pute-née!

C'est important pour toi de rejoindre un large public, de ne pas faire de la musique juste pour toi dans ton sous-sol?

Je fais aussi des choses juste pour moi dans mon sous-sol. C'est important pour moi. Dans la musique plus exploratoire, il y a beaucoup de fumistes qui sont en fait des intellectuels simples d'esprit. J'en fais parfois partie. Les styles de musique, ce sont des architectures plastiques différentes, des esthétiques différentes. Il y en a beaucoup qui prétendent inventer des musiques inusitées, alors que c'est rarement le cas. Je suis reconnaissant d'être issu de l'underground. C'est plus facile d'arriver par la porte d'en arrière que par la porte d'en avant, quand tu veux être pris au sérieux. Si tu deviens populaire grâce à La voix, ça va te suivre longtemps. Je ne veux pas devenir le DJ Champion banlieusard.

Marc Cassivi : Tu as vendu 100 000 exemplaires de Chill'em All [son premier disque]. Ça n'existe plus, des succès comme ça. Il faut tout revoir à la baisse...

Au quart!

Comment fait-on pour vivre de son art quand, du jour au lendemain, on est payé au quart de son salaire?

Ce n'est pas pour rien que Lisa LeBlanc et Caracol ont sorti des disques en anglais. Le prochain Radio Radio risque d'être en anglais aussi. Je gagne ma vie avec des licences [payées par des télédiffuseurs]. Une toune joue dans Being Erica [à la CBC], une autre dans Californication, etc. Ça représente la moitié de mon salaire. C'est sûr que je préférerais être indépendant de fortune. Mais ce n'est pas grave : il faut travailler dans la vie! Les retraités n'ont pas tous l'air heureux...

Mon premier réflexe, quand je vois Lisa LeBlanc faire un album en anglais, c'est de trouver qu'elle risque surtout de s'aliéner son public majoritairement francophone. Plusieurs s'y sont cassé les dents.

Lisa LeBlanc et Caracol font du folk, qui est très différent de la pop. Carole (alias Caracol) joue dans des festivals partout dans le monde, pour un public qui comprend beaucoup plus l'anglais que le français. Elle s'arrange pour continuer à faire ce qu'elle aime faire. Je pense que ce sera la même chose pour Lisa. Je suis assez convaincu que ça va bien marcher.

Est-ce qu'il faut désormais cibler un auditoire international pour vivre de sa musique?

Je ne pense pas. Il y a toujours eu des devins et des prophètes dans l'industrie du disque, qui prétendaient savoir ce qu'il fallait faire. Comme les réalités changeaient tous les 20 ans, ça prenait du temps avant qu'on puisse les démentir. Ils avaient 20 ans pour vendre leur bullshit. Maintenant, ça change tous les six mois. Et les prophètes de malheur sont constamment dépassés. Tout est encore possible.

Donc, tu n'es pas du genre à être déstabilisé par l'évolution du milieu musical et à craindre de ne plus y trouver ta place?

Il faudrait être un peu imbécile pour prétendre que tout va pour le mieux. Mais ce que je fais, c'est inventer de la musique. On nous dit maintenant qu'on ne peut faire de la musique sans penser à l'image. Ç'a toujours été comme ça! Alice Cooper a été connu par son image avant d'être connu pour sa musique.

Plusieurs disent que le virage numérique en musique n'a pas été pris à temps...

Les compagnies de disques faisaient de l'argent de manière indécente jusque dans les années 90. Les patrons se sont assis sur leurs lauriers. Ils dormaient au gaz et s'accrochaient à leur pouvoir. Ils ont fermé les yeux, ils ont éteint la switch et ils se sont endormis quand le numérique est arrivé. Ils se sont tous fait avoir.

Maintenant, la norme, c'est la gratuité.

Comment veux-tu faire concurrence à ce qui est gratuit? « Free always wins! » Il est trop tard. Les artistes sont beaucoup moins payés. Les câblodistributeurs ne veulent pas payer d'autres redevances. Les gouvernements ont baissé les bras.

Aujourd'hui, le disque est-il davantage une carte de visite pour faire des spectacles?

C'est une carte de visite qu'on essaie de vendre! Vingt mille disques vendus, c'est quand même des sous qui rentrent dans l'équation. Tous ces petits montants-là, accumulés, font qu'on finit par en vivre. Il y a aussi les commandites et la publicité. Quand Karkwa a vendu une chanson pour une pub de Coke, certains fans arrogants ont rouspété. Alors qu'ils ne veulent plus payer pour des disques. Il faut vivre!

Les essentiels de DJ Champion

Télévision

Voyages au bout de la nuit; le journaliste-animateur Philippe Desrosiers offre un angle, ou une perspective, à la fois unique et rassembleur. C'est un gars vif d'esprit et connecté (avec les autres, pas avec les internets).

Art visuel

La Galerie Espace, au 4844, boulevard Saint-Laurent. Neuf fois sur dix, le propriétaire, M. Lau, a le don de choisir des artistes dont le travail tombe exactement dans ce que j'aime le plus. Des toiles qui sont « bold » autant au niveau des couleurs que des formes.

Cinéma

Philomena, entre autres pour les images de l'Irlande qui sont à couper le souffle. J'aime aussi Million Dollar Arm pour les deux joueurs de baseball et le traitement respectueux de la culture hindoue. En tout cas, c'est l'impression que l'on a.

Musique

27 fois l'aurore, de Salomé Leclerc.

Moderne et planant, jamais vulgaire (dans le sens de « jamais commercial cheap »), très belle réalisation de Philippe Brault.

Spectacle

The Barr Brothers. Une musique à la fois conservatrice et éclatée. Un voyage entre amoureux.

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