Thus Owls: comprendre ses racines

Le couple Erika et Simon Angell, du groupe... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Le couple Erika et Simon Angell, du groupe Thus Owls, parle de son nouvel album et des influences musicales qui ont mené à sa conception.

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

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Rien n'est laissé au hasard sur le troisième album du groupe suédo-montréalais Thus Owls. Simon et Erika Angell ont même créé un scrapbook pour jeter les bases de Turning Rocks. Leurs chansons résultent d'une quête identitaire à travers les racines musicales et familiales du couple.

Petite, Erika Angell avait l'habitude de retourner les pierres sur son chemin pour voir si quelque chose se cachait dessous.

Avec l'album Turning Rocks, en magasin mardi, la chanteuse soulève les pierres de son passé. Pour l'écriture des textes, elle a replongé dans l'histoire de sa famille. Et pour la composition des musiques, son mari Simon Angell et elle ont replongé dans les albums qui les ont marqués.

«Trouver le titre de l'album a été la chose la plus difficile du processus», signale Simon.

Pourtant, il résume et explique tout le concept de Turning Rocks.

S'imposer un cadre

Avant même de semer les premières graines de leur troisième album, Simon et Erika Angell désiraient prendre une direction musicale différente de celle de Cardiac Malformations (2009) et de Harbours (2012).

«Nous voulions aller ailleurs. Avec notre passé plus expérimental, nous pouvions prendre plein de directions», raconte Erika Angell.

Thus Owls s'est imposé un cadre avec un plus grand souci de cohésion. «On voulait en arriver à quelque chose de plus direct, indique Simon. Quand on limite ses options, on peut être plus efficace dans sa création. Il y a une plus grande récompense à accomplir quelque chose avec un nombre plus restreint d'éléments.»

Pour y parvenir, Simon et Erika ont bâti un scrapbook d'images, de sons, d'instruments, d'idées, de chansons et d'albums qu'ils affectionnaient. Les guitares de PJ Harvey et de Morricone, l'orgue d'Alice Coltrane, la pop de Talk Talk ou le surf rock japonais. «Je voulais comprendre pourquoi j'aimais tel ou tel élément», dit Erika.

«Souvent, on nous pose la question: quel genre de musique faites-vous? C'est difficile de répondre. Parcourir d'autres musiques était un moyen de mieux comprendre qui nous sommes et quels sont les ingrédients de notre musique.»

Thus Owls ne voulait pas s'inspirer d'autres albums, mais plutôt mieux cerner la direction qu'il voulait prendre avec le sien. «Le scrapbook nous a permis d'expliquer aux nouveaux collaborateurs qui nous sommes et ce qui est important pour nous.»

Le vrai sens du mot «pop»

On pourrait affirmer que Thus Owls avait l'intention de produire un album plus pop. Ces mots sont toutefois trop simplistes pour rendre justice à la réflexion derrière la volonté du groupe de faire de «la musique populaire» dans sa définition la plus sociologique.

Erika s'est beaucoup interrogée sur son rapport avec le public. «Pourquoi est-ce que je me retrouve sur scène? Oui, moi, je fais de la musique et ça me satisfait, mais il y a quelque chose de magique qui se passe avec le public. Cela m'importe beaucoup et j'ai un grand respect pour ce pouvoir que je peux créer, détaille Erika. Avec cet album, le but était de tracer plus facilement une route entre le public et nous.» D'où le son plus «direct» de Turning Rocks.

Ses racines

Erika a beaucoup réfléchi à son identité musicale, mais aussi à son identité culturelle. Elle est née en Suède. Simon, à Hudson. Leurs destins se sont croisés à Amsterdam, le soir du 8 mai 2007, alors que lui tournait avec Patrick Watson, et elle avec Loney, Dear.

Quatre mois après avoir déménagé à Montréal, il y a deux ans, Erika a vécu une remise en question. Normal: elle a changé de pays et de culture, vit dans deux langues dont aucune n'est la sienne.

«C'est une chance incroyable. Tout à coup, tu as le choix de montrer seulement les aspects de toi que tu aimes, dit-elle. Mais en anglais, je ne peux pas être la même personne. Je suis plus intelligente et drôle en suédois.»

La famille d'Erika vit dans la même maison depuis des générations. Les époques ont changé, mais pas les arbres et les roches entourant la maison. «Chaque génération s'est posé les mêmes questions par rapport à l'amour, à la vie, à la mort.»

Erika avait l'habitude d'écrire ses paroles de chansons sous la forme d'un journal. Cette fois-ci, elle voulait parler de choses extérieures à elle. En s'inspirant de ses ancêtres, elle n'a pas eu à chercher bien loin.

Spectacle mercredi

La pochette de l'album est une peinture reproduisant les traits de la grand-mère d'Erika. C'est l'oeuvre d'un ami d'enfance de Simon, Daniel Aronson, qui n'avait pas sorti ses pinceaux depuis des années.

«C'est fou comment tout finit par avoir du sens avec un album alors que, pendant le processus, tu n'as aucune idée où tu t'en vas», conclut Erika.

Thus Owls a enregistré Turning Rocks avec Rob Heaney du studio Fastforward, et il en a confié le mixage à Jace Lasek. L'ajout de claviers et d'orgue à sa musique des grands espaces est notable, tout comme la liste d'invités. On y entend notamment la voix de Taylor Kirk (Timber Timbre) et une chorale réunissant les amis du groupe, dont Marie-Pierre Arthur et Joe Grass. Patrick Watson, que Simon n'accompagne plus en tournée, de manière à se consacrer à Thus Owls, est aussi un proche collaborateur.

Erika, Simon et leur collègue bassiste Martin Höper ont accueilli dans leurs rangs le claviériste Parker Shper et le batteur Stefan Schneider.

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Mercredi, Thus Owls se produira au cabaret La Tulipe.

Des vinyles inspirants

Pour mieux comprendre leur musique, Erika et Simon Angell ont écouté leurs albums fétiches en notant les raisons qui motivaient leur choix, que ce soit un instrument, un son ou un accord.

> A Fistful of Dollars & For a Few Dollars More (B.O.), Ennio Morricone (1964)

«J'ai choisi cet album évidemment pour ses sons de guitare hallucinants qui viennent d'un guitariste italien obscur, dit Simon. J'admire aussi comment Morricone compose. Il exprime quelque chose sans thème mélodique. Il peut composer un segment de batterie et c'est brillant.»

> Nippon Guitars: Instrumental Surf, Eleki & Tsugaru Rock 1966-1974, Takeshi Terauchi

Simon et Erika attirent notre attention sur «les sons de guitare et l'orgue» de cet album de surf rock japonais. Né en 1939, Takeshi Terauchi est un guitar hero nippon underground. «J'ai trouvé cet album chez 33 Tours en recherchant des sons d'orgue», raconte Simon.

> A House Safe for Tigers, Lee Hazlewood (1975)

Voici l'une des bandes originales que Lee Hazlewood a conçues avec le réalisateur et poète Torbjörn Axelman. «Cet album-concept a été enregistré en Suède. Lee Hazlewood y a vécu longtemps», souligne Simon. «Il y a des extraits de vieux poèmes suédois», ajoute Erika.

> Eternity, Alice Coltrane (1976)

«J'aime son approche. Elle est désinvolte et j'admire comment elle se présente de différentes façons sur cet album», dit Erika à propos de la défunte grande pianiste jazz Alice Coltrane. L'orgue sur son album Eternity a particulièrement inspiré Thus Owls.

> Rumours, Fleetwood Mac (1977)

«Nous avons vu le groupe en spectacle à La Nouvelle-Orléans», dit Simon. «Il y a une chanson que j'aime particulièrement, Rhiannon [de l'album Fleetwood Mac]. J'aime comment se forme le rythme des paroles avec les mélodies, et le groove que cela crée», dit Erika.

> Spirit of Eden, Talk Talk (1988)

«Talk Talk se distingue par la forme de ses chansons. Quand tu les écoutes, tu n'as pas l'impression d'avoir le couplet puis le refrain. Il y a quelque chose de magique qui unit les parties des chansons», dit Erika. «Ça coule même entre les titres», ajoute Simon.

> Third, Portishead (2008)

«Je reviens toujours à cet album, confie Erika. J'adore la réalisation, les sons, la voix de Beth Gibbons.»

> Let England Shake, PJ Harvey (2011)

«Cet album est un classique moderne, dit Simon. Pour moi, ce sont les sons des guitares et leur vibe lo-fi. Il y a beaucoup de cordes jangly et cela m'a inspiré.» «Il y a plusieurs couches de voix qui forment un tout. Et il y a quelque chose d'ancien dans la poésie et le choix de mots», ajoute Erika.

Histoire de famille

Turning Rocks est un album de famille. Erika Angell a écrit les paroles des chansons en s'inspirant d'histoires de sa grand-mère. La maison d'enfance de la chanteuse appartient à sa famille depuis des générations. Elle est située dans Orus, une île de Suède au nord de Göteborg. Un endroit sur la côte qui peut ressembler à Terre-Neuve. «C'est doux mais très robuste comme paysage. Comme notre musique», dit Erika.

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