Dead Obies: un album ambitieux, en pièces détachées

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Dead Obies a lancé vendredi son deuxième album, Gesamtkunstwerk, enregistré en partie en spectacle. Le groupe «franglais» (qui souhaite passer à autre chose) a voulu transposer l'énergie du live sur 15 chansons aux refrains volontairement accrocheurs. Ce projet ambitieux s'accompagne de clips, de documentaires et d'une dimension intellectuelle. Nous avons décomposé l'album du sextuor en six facettes.

La forme et le contenu

En octobre dernier, Dead Obies a donné trois spectacles au Centre PHI. Le tout, enregistré, a servi de base à la production de Gesamtkunstwerk, que Dead Obies a peaufiné dans son nouveau studio. «Tout est parti de la volonté de représenter sur disque l'énergie du live, explique Jo RCA. Pendant le cycle de Montréal $ud [l'album précédent du groupe], les gens nous disaient: "L'album est bon, mais je suis allé voir le show et j'ai catché." On voulait balancer les deux.» Yes McCan a proposé au groupe de s'inspirer du livre La société du spectacle de Guy Debord et de sa théorie selon laquelle «le vrai est un moment du faux». «Tout fittait», dit Jo. En parallèle, Dead Obies a discuté avec le réalisateur Gabriel Poirier-Galarneau, qui a exposé l'idée d'une oeuvre d'art totale (gesamtkunstwerk, en allemand). «C'était encore plus indeed!», raconte Jo.

Les spectateurs

Les spectacles au Centre PHI ont été enregistrés devant public avec les musiciens du collectif d'improvisation Kalmunity. Le tout a servi à la production de clips, d'un faux documentaire et de l'album. En ouverture et entre les chansons de l'album, on entend des applaudissements, des cris et des éloges de spectateurs. «Ça renvoie au fait que tout le monde met son petit deux cennes partout, indique Yes McCan. Tout le monde se regarde et donne son opinion.» Le photographe John Londono a pris plusieurs clichés lors des spectacles. Son image d'une jeune fille prise en flagrant délit de selfie fut un cadeau tombé du ciel pour décider de la pochette de l'album. «Tout ce qu'on voulait représenter se trouvait dans cette image-là», dit 20some.

Le travail en studio

«Nous sommes plus en contrôle qu'avant, juge VNCE, le beatmaker et compositeur de Dead Obies. Grâce à notre studio, nous avons une méthode de travail. Montréal $ud était surtout à base d'échantillonnages. Depuis, j'ai beaucoup appris.» Dead Obies mise plus sur les détails qu'avant. Sur une voix, un refrain, un arrangement, un beat... «Tout est plus défini», indique 20Some. Le sextuor a épuré ses chansons. 

«L'important, ce n'est pas d'être le meilleur sur la track, mais d'être au service de la track.» - OG Bear

La voix R & B grave de ce dernier donne une touche pop mélodique à des chansons comme Waiting et Where They @. Offrir des chansons bonbon, «c'est le purpose», dit VNCE. Ce qui n'exclut pas des pièces plus noires comme Explosif ou un titre plus «old school» comme Johnny.

L'ambition

Après les spectacles, VNCE et ses complices se sont retrouvés avec des heures d'enregistrements. Ils avaient sous-estimé le travail de montage qui allait suivre. «400 Gigs!», lance VNCE. «C'est ambitieux, car nous n'avons pas les moyens de grands groupes», indique Jo RCA. «Il a fallu être créatif. Se servir du show pour tourner un clip, par exemple», poursuit 20some. Surtout que Dead Obies n'a pratiquement pas eu de subventions pour Gesamtkunstwerk: la proportion élevée de mots en anglais l'a privé d'une subvention de Musicaction, alors que le programme FACTOR n'a pu prendre le relais... parce qu'il y avait trop de mots en français. Le projet a néanmoins attiré une foule de collaborateurs. Trois designers (Bonvilain, Artgang et Stopshop Boutik) ont même conçu des vêtements à l'effigie de Dead Obies.

L'imprévu

«C'est le projet le plus accompli que j'ai fait de ma vie, lance Yes McCan. En un an, nous sommes passés d'une idée à un produit fini. Avec les moyens qu'on s'est donnés et les gens qui nous ont entourés, on arrive à une oeuvre collective.» La pochette, un faux documentaire, deux clips, des photos: chaque idée a débouché sur une autre. «Le projet est réussi quand ça ne va pas comme prévu. Il fallait être à l'écoute des opportunités», ajoute 20some. Et qui aurait cru que le «franglais» de Dead Obies allait servir de point de départ à l'essai de Marc Cassivi Mauvaise langue? Que le groupe serait invité sur le plateau de l'émission Belle et Bum, comme ce fut le cas la semaine dernière? «C'est cool, mais on n'appartient pas à ce monde-là», dit Yes McCan.

La tournée

Avec un album créé en partie en concert et inspiré de la «société du spectacle» de Guy Debord, il y a de la pression pour la tournée qui s'en vient. «Nous sommes rodés», dit VNCE. Dead Obies entend délaisser les clins d'oeil méta-artistiques pour offrir un show plus traditionnel. «On veut que ce soit un party, dit Jo RCA. On ne sera pas caché derrière un voile comme au Centre PHI. Il y a une mise en scène avec des éclairages, mais on fête l'album.» «Le concept de la société du spectacle appartient à la création de l'album. Maintenant, l'album existe et on veut présenter les chansons», explique 20some.

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HIP-HOP. Gesamtkunstwerk. Dead Obies. Bonsound. Lancement le 10 mars au National.

Qui sont les Dead Obies?

Yes McCan (Jean-François Ruel); origine: Granby

«J'étais super gêné quand j'étais petit. Mes parents m'ont inscrit à des cours de théâtre pour me dégêner et j'ai commencé à faire de l'impro. Je suis tombé dans le rap en arrivant à Montréal. J'ai rencontré Snail et 20some en impro au cégep du Vieux-Montréal. De 17 à 20 ans, tout ce que je faisais était de consommer de la culture rap. Jusqu'à ce que je rencontre les autres gars dans les WordUP! [une ligue de rap] et qu'on décide de partir un groupe.»

VNCE (Vincent Banville); origine: Rive-Sud

«J'ai commencé à faire du rap avec Jo RCA, avec qui j'allais à l'école secondaire. Ce n'était pas si populaire à l'école, mais on s'est mis à chiller ensemble. Jo faisais des battles. [...] Puis je me suis mis à faire des beats en checkant des trucs sur internet. À 16 ans, ma mère m'a acheté une MPC, la machine de beats old-school. J'ai acheté une table tournante, des vinyles, puis j'étais tout le temps en train de faire de la musique.»

Jo RCA (Jonathan Quirillon); origine: Rive-Sud

«J'ai commencé à écrire des tounes de rap pour niaiser en sixième année et c'est devenu sérieux en secondaire trois [...]. Le nouvel album, c'est le projet dont je suis le plus fier. Le niveau des chansons représente où j'en suis dans ma vie et ce que je veux faire. Nous avons aussi décidé de parler de nous au lieu de raconter une histoire. De faire un album honnête.»

O.G. Bear (Pierre Massé); origine: Montréal

«Ma mère est fidjienne et anglophone. Mon père est un Québécois francophone. J'ai déménagé souvent: Lachine, LaSalle, Pointe-aux-Trembles, NDG... Mon père insistait pour que je fréquente l'école en français, mais mes parents se sont séparés. Mon cursus scolaire a été mixte. Je n'étais pas assez black, pas assez blanc, je parlais pas la bonne langue. [...] J'ai rencontré Greg dans un camp de vacances. Je venais d'avoir un dossier criminel et cela me bloquait dans mes démarches de job. Ça a vraiment cliqué avec lui. En allant chez lui, j'ai rencontré JF et Charles.»

20some (Charles-André Vincelette), origine: Rive-Sud

«J'ai fait du rap une fois chez moi et j'ai montré cela à Greg et JF, avec qui j'allais au cégep. Je le feelais depuis longtemps et j'avais envie de l'essayer. Je connaissais Greg depuis longtemps. Nous avions fait de l'impro et de l'harmonie ensemble au secondaire. Au fait, c'est JF qui a voulu partir un band. Il avait un nom...»

Snail Kid (Gregory Beaudin), origine: Montréal

«Je suis né à Hochelaga-Maisonneuve. Ma mère est francophone. Mon père est un chanteur reggae jamaïcain. J'ai commencé à faire du rap jeune... je pense que j'avais 9 ans. Je faisais comme mon grand frère. Au cégep, je faisais de l'impro avec Charles et JF. À un moment donné, JF nous a annoncé qu'il voulait partir un band qui s'appellerait les Dead Obamas. Un long givre... Les gars n'avaient jamais rappé de leur vie, mais, après trois ans de pratique, cela marchait fucking bien.»

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