Brian Wilson: le dernier salut émouvant du survivant

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Le Festival de jazz de Montréal a profité de la dernière présence sur scène de Brian Wilson pour lui remettre le Spirit Award.

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C'est toujours terriblement émouvant de voir Brian Wilson chanter sur scène les bijoux de chansons qu'il a écrites et orchestrées pour les Beach Boys. Ce l'était encore plus hier soir à la salle Wilfrid-Pelletier, où il célébrait le 50e anniversaire de son chef-d'oeuvre, Pet Sounds.

Dans la légende du rock, on a tendance à qualifier de survivants ceux qui ont trébuché à un moment ou l'autre de leur carrière. Brian Wilson, lui, est LE survivant : le garçon maltraité par son père autoritaire, le génie qui entendait des sons dans sa tête et était prêt à défoncer des murs pour les reproduire le plus fidèlement possible malgré l'opposition de son entourage, l'homme diminué par la maladie mentale dont les séquelles sont encore apparentes quand il met le pied sur scène aujourd'hui.

Quand il est venu chanter son mythique album Smile à Wilfrid-Pelletier en 2005 puis quand, en 2012, le jour de ses 70 ans, on l'a revu au Centre Bell avec les Beach Boys amputés de ses deux frères disparus, Brian Wilson était protégé par une tribu de musiciens et chanteurs qui rendaient bien la perfection maniaque des enregistrements des garçons de la plage. Mais hier, particulièrement pendant les chansons les plus dépouillées de Pet Sounds, Wilson chantait sans filet.

Quand son vieux pote Al Jardine prenait la relève ou que son colosse de fils Matthew chantait de sa voix de tête à la manière des Beach Boys, quand la majorité de la dizaine de musiciens unissaient leurs voix dans des harmonies célestes, on se laissait emporter par la magie du moment.

Puis la voix cassée de Brian Wilson refaisait surface dans la bien-nommée I Just Wasn't Made for These Times et on mesurait le fossé entre l'incroyable talent de l'artiste et la vulnérabilité de l'homme.

Wilson était assis à son piano acoustique dont il jouait de temps à autre. Son attitude impassible ne trahissait aucune émotion quand le guitariste et chanteur Blondie Chaplin faisait des sparages d'un côté à l'autre de la scène, et il lui est même arrivé d'étouffer un bâillement. Pourtant, Wilson s'investissait totalement dans ces deux heures de concert, battant la mesure avec ses bras tel un chef d'orchestre ou contribuant aux harmonies de groupe dans les chansons dont il n'était pas le chanteur principal.

Ce n'était pas un concert triste, au contraire. Quand il était à son apogée au milieu des années 60, Brian Wilson préférait se terrer dans un studio pour pousser plus loin ses expériences musicales, laissant les autres Beach Boys récolter les bravos sur scène. On ne peut que se réjouir de le voir enfin constater en personne combien sa musique a touché les gens. Ses fréquents remerciements entre les chansons auraient pu sembler banals s'ils n'étaient pas venus de cet homme qui a passé l'âge de faire semblant.

Brian Wilson a investi dans les chansons ensoleillées des Beach Boys la joie de vivre qu'il avait de la difficulté à apprivoiser dans la vie.

Quand au rappel, avec toute sa bande, il nous a servi sans interruption All Summer Long, Help Me Rhonda, Barbara Ann, Surfin' USA et Fun, Fun Fun, tout à coup sa voix meurtrie ne le trahissait plus et elle se mêlait à celles de toutes sa bande dans ces chansons célébrant l'innocence retrouvée.

Puis, à la toute fin, le rock'n'roll ludique a cédé sa place à Love and Mercy, la chanson de 1988 qui a donné son titre au film récent racontant la vie difficile de son créateur. Un piano, une voix qui avait retrouvé toute sa dignité et un grand coup d'émotion qui a tiré les larmes de quelques spectateurs.

À 74 ans, Brian Wilson a dit que cette tournée serait sa dernière. Le Festival de jazz a profité de l'occasion pour lui remettre son Spirit Award qu'ont reçu avant lui les Paul Simon, Bob Dylan et autres Leonard Cohen. Des géants aux côtés desquels il a pris tout naturellement sa place.

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