Une dernière messe avec Black Sabbath

Ozzy a semblé oublier hier qu'il a 67... (PHOTO ROSS HALFIN, FOURNIE PAR LE GROUPE)

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Ozzy a semblé oublier hier qu'il a 67 ans en se démenant comme un diable dans l'eau bénite sur la scène du Centre Bell.

PHOTO ROSS HALFIN, FOURNIE PAR LE GROUPE

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

20 h 40. Les lumières du Centre Bell s'éteignent d'un coup sec sur des images apocalyptiques. Sortant d'un cocon en flammes, un Satan animé vomit du feu. La foule apprécie et se lève d'un bond.

Le rideau se lève cette fois sur le véritable seigneur des ténèbres, Ozzy en chair (un peu flasque) et en os, flanqué de son groupe Black Sabbath dans sa forme quasi originale, venu tirer sa révérence sur 47 ans de musique.

La foule est toujours debout, les bras tendus vers ce messie au long manteau noir, lorsque sont plaquées violemment les premières notes de Black Sabbath, première chanson du premier album du même nom paru en 1969.

What is this that stands before me?

Figure in black which points at me

Pendant qu'Ozzy gigote dans tous les sens et tape des mains comme un grand-père cabotin, les premiers effluves de pot parcourent l'amphithéâtre où s'entassent 15 625 fans finis.

Surtout des gars dans la force de l'âge chevelus et barbus, mais aussi quelques jeunes, quelques femmes et même quelques enfants en train de vivre un moment père-fils à des années-lumière d'un spectacle d'Arthur L'aventurier.

«How the fuck you're doing?», demande Ozzy, avant d'enchaîner avec Fairies Wear Boots, tirée du deuxième album du groupe, Paranoid.

Entre les chansons, Ozzy semble s'amuser comme un petit fou. De sa voix nasillarde, il nargue même un peu la foule. «I can't fucking hear you. Louder. Louder!», ordonne-t-il.

En bon animateur de foule, il fait beugler le Centre Bell au compte de trois à quelques reprises. Le public ne se fait pas prier. On en oublie presque que le spectacle est rodé au quart de tour et pratiquement identique de soir en soir tout au long de cet End Tour, qui s'est ébranlé en janvier dernier.

Difficile de ne pas être en convulsions sur son siège à l'écoute d'Into the Void, autre grand classique de cette soirée de valeurs sûres.

Voyage dans le passé

La quinzaine de chansons interprétées ont d'ailleurs été puisées en grande partie dans les plus vieux albums. En fait, neuf des pièces jouées proviennent des deux premiers albums Black Sabbath et Paranoid.

Ozzy présente ensuite ses vieux compères au public.

Le vieux Tony Iommi a droit à une solide ovation.

Seul membre à n'avoir jamais quitté le groupe, il n'a rien perdu de sa touche unique. On lui doit d'ailleurs ce son lourd qui permet à Black Sabbath de se définir comme le groupe précurseur du heavy métal. À l'autre extrémité de la scène, on retrouve l'autre vieux routier du groupe britannique, Geezer Butler, droit comme un chêne derrière son instrument à quatre cordes.

Tommy Clufetos, qui a joué pour Rob Zombie, est aux percussions puisque le batteur original Bill Ward serait en brouille avec le groupe.

Dans Slowblind, Ozzy retire son trench-coat à la Matrix qui camouflait un chandail noir scintillant. Pendant le solo, il invite la foule à balayer les airs avec les bras. Tiens, ça faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu de vagues au Centre Bell.

Air Guitar et antimilitarisme

Dans les gradins, plusieurs adorateurs du groupe de Birmingham exécutent d'impressionnants solos d'air guitar sans oublier quelques surprenantes envolées d'air drums. La foule s'éclate et pas juste sur le parterre.

Les sirènes déchirent ensuite le Centre Bell. Des milliers de voix s'unissent pour chanter War Pigs, chanson culte et complainte antimilitariste encore hautement d'actualité.

Politicians hide themselves away

They only started the war

La foule, conquise depuis le début, est maintenant hystérique. Ozzy semble même oublier qu'il a 67 ans en se démenant comme un diable dans l'eau bénite. Moment d'émotion, le Centre Bell scande des «Hooooo» pour accompagner les musiciens pendant la portion instrumentale à la fin de la pièce. Il fallait être là probablement.

Après Hand of Doom, Ozzy et sa bande ont laissé le champ libre à Tommy Clufetos pendant qu'il s'essoufflait sur un - excellent - solo.

On avait chaud pour lui d'ailleurs pendant qu'il piochait sur ses deux bass drums - et tout le reste - pendant de longues minutes.

La foule lui a réservé une chaleureuse ovation méritée. Elle n'a pas eu le temps de se rasseoir puisque les premières notes d'Iron Man déchiraient la place.

Cette impression de vivre un beau moment.

La soirée aurait été incomplète sans le sinistre roulement de la basse de Children of the Grave et, évidemment, l'indispensable Paranoid (incluant une pluie de confettis roses) pour boucler la boucle en force.

Après deux heures de bruit, le groupe a quitté la scène montréalaise. Une dernière fois.

Les gens ne risquent pas de se souvenir de la scénographie - un peu cheezy - ou des grands discours empreints de nostalgie d'Ozzy, inexistants. Certains diront même que la voix d'Ozzy a baissé d'un cran plus le concert avançait.

Mais aujourd'hui au travail - pendant que la basse de Geezer Butler résonnera encore dans leurs oreilles -, ils pourront dire à leurs collègues qu'ils étaient là quand Black Sabbath a fait sa dernière tournée, près de cinq décennies après sa première.

Et juste ça, c'est impressionnant.

Chansons jouées

Black Sabbath

Fairies Wear Boots

After Forever

Into the Void

Snowblind

War Pigs

Wall of Sleep

NIB

Hand of Doom

Rat Salad

Iron Man

Dirty Women

Children of the Grave

Paranoid

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