Récidives: la plus belle plume de Michel Latraverse

L'idée de ces Récidives, nouvelle série de concerts intimes signés... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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L'idée de ces Récidives, nouvelle série de concerts intimes signés Michel Latraverse, repose sur les chansons dites «à texte» d'un artiste encore confiné, à tort, aux domaines de la fête, du délire absurde, des vapeurs éthyliques et des fumées vertes. Quiconque a étudié son Plume sait fort bien que l'oeuvre déborde largement le cadre des libations.

En voici l'éloquente démonstration devant public.

Sans flafla, gratte en bandoulière, le grand efflanqué est monté hier sur la scène de la Cinquième Salle de la Place des Arts, accompagné de Jean-Claude Marsan aux guitares et de Grégoire Morency à la contrebasse.

Le récital fut précédé d'une dédicace au regretté Luc Phaneuf, soit l'impresario du principal intéressé qui a «combattu le trac» à ses côtés. Après les souvenances d'Autrefois, après la tendresse de Depuis qu'elle marche à pied et d'Élégie - Portée disparue, nous étions immergés dans Le lac multicolore, un peu plus gaie que les précédentes, et qui nous menait à un blues menuisier: Les bleus d'la plinthe. Le Plume caricaturiste de nos existences avait tôt fait de ressurgir sur fond de bluegrass.

Il balance alors Le ramoneur, décortique le bonheur au conditionnel avec Si. La musique change alors de continent, les phonèmes se délient sur La tarentelle della tarentule, suivie de Cahin-caha (Tarapâpu!), l'un de ces portraits de merveilleux perdant dont oncle Pluplu a le secret.

Nous sommes catapultés à l'époque des Mauvais Compagnons avec l'interactive Chanson de Jean-Claude. Le chansonnier hirsute dresse un portrait bien senti des imbéciles, une autre de ses spécialités; Le tango des concaves est soudé à un autre tango consacré à divers esquintés de la caboche, le Tango Pital.

Sur un rythme à trois temps que frottent toutes les cordes mises à contribution, une fable foraine met en scène un ours, un singe et un lion: c'est la futée Valse des champignons.

Le public est mûr pour absorber trois inédites d'affilée: Le monde fatal s'amorce sur «un petit beat sloppy», ce folk blues est offert aux «chevaliers des errances»; Vieux os est l'occasion de se dilater la rate devant le déclin des corps vieillissants et des squelettes bien vivants malgré tout; Le noctambule égaré erre «loin de ses zones d'ombres préférées», «cherche le coin non éclairé»... À l'évidence, Plume y observe le crépuscule de la vie.

Trac plumesque

Malgré la grande qualité chansonnière au programme, on a ressenti un certain trac plumesque dans la façon du chanteur d'expédier ses perles jusqu'à la naissance devant public de ses trois petites nouvelles. La deuxième partie, fort heureusement, sera plus relax, plus conviviale, mieux maîtrisée.

D'abord une bonne Brassette, bluegrass copulaire, puis une joyeuse plaidoirie pour l'Euthanazie... «Quand ça fait trop mal, ferme le fanal!» On observe ensuite un Plume plus vulnérable, plus sentimental, très subtil avec Les patineuses, non sans rappeler Trenet, alors que 1837, la suivante, est plutôt d'allégeance Brassens. On reste dans l'imaginaire hexagonal avec une java musette, Giselle, soit le conte d'une revendeuse de paradis artificiels. Quelle histoire! raconte une fausse accusation, Le tapis volant évoque ses heureux souvenirs de coloc. Un nerf dans la tête, et c'est le Mal du pays, mal existentiel mis en rimes.

La dernière ligne droite ne sera pas triste, Plume sachant fort bien faire monter les oeufs en neige au batteur folk/blues: Le fermier Jean, Coupé du monde, Rince-cochon, D'un début à l'autre, Faux dur, le tout coiffé d'une adaptation de son classique Jonquière: «Je vous r'mercie ben/La 5e salle/J'ai eu ben du fun à Montréal.»

Au rappel, le trio de Michel Latraverse offrira à ses inconditionnels Vivre dans une valise et Le serre-volant, un grand texte couché sur une musique de feu Gerry Boulet, avant de conclure avec Dans la piaule de Louis.

Voilà qui augure bien pour ces Récidives d'un maître auteur-compositeur-interprète en pleine possession de ses moyens au terme de la soixantaine.

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