«Le tout inclusif» de Michel-Georges Brégent

Atlantide nous convie à une demi-heure de lumineuses intégrations... (Photo Andréa Cloutier pour le festival MNM)

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Atlantide nous convie à une demi-heure de lumineuses intégrations stylistiques et temporelles.

Photo Andréa Cloutier pour le festival MNM

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Peut-on qualifier Atlantide d'oeuvre synthèse? Jeudi soir à la salle Pierre-Mercure, cela tombait sous le sens. De prime abord, faut-il ajouter. Il faut être prudent avec la notion de synthèse car elle peut exclure la création, la transcendance, la quête du sublime.

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Comme le soulignait en interview le maestro Walter Boudreau, qui en a piloté la création devant public et qui en avait dirigé l'interprétation en studio il y a 30 ans, «Michel-Georges Brégent avait imaginé un tout inclusif qui exhalait tous les parfums. Une éponge qui absorbait la beauté. »

Sorte d'objet céleste d'une extrême densité (trou...blanc?), l'oeuvre principale au programme de jeudi dernier absorbe époques, genres, lutheries. De la musique ancienne pré-baroque à l'électroactoustique dernier cri, enfin à la fine pointe de ce qui était possible en 1985 (année de sa composition), Atlantide nous convie à une demi-heure de lumineuses intégrations stylistiques et temporelles.

On ne peut qualifier l'oeuvre de collage pour autant, allons-y plutôt pour un jeu subtil de fondus enchaînés et de surimpressions. Ainsi, s'entrechoquent joyeusement les musiques écrites du siècle précédent, certaines musiques classiques, le rock progressif, le jazz contemporain, la musique des ménestrels du Moyen-Âge et celle des électroacousticiens de la fin du XXe siècle. Mieux connu au sein du tandem qu'il avait formé avec le percussionniste Vincent Lionne, le compositeur Michel-Georges Brégent commençait à peine à être reconnu dans les sphères plus «sérieuses».

Force est d'observer qu'il préconisait  une facture distincte des grands maîtres de l'éclectisme intégré, on pense spontanément à Frank Zappa ou John Zorn. S'il avait vécu, on peut présumer que son oeuvre aurait été considérable et qu'elle aurait fait maintes fois le tour de la planète.

Lui-même compositeur aguerri et adepte de l'éclectisme intégré sous la bannière de ladite musique contemporaine, Walter Boudreau était un proche collaborateur, ami et contemporain du compositeur disparu en 1993 (victime du VIH). Sans conteste, il était l'homme de la situation pour mener à bien une telle entreprise.

D'accord, nous n'étions pas dans un environnement parfait pour son exécution, la salle Pierre-Mercure n'étant pas conçue pour une sonorisation en 5.1 (surround sound pour les intimes). La spatialisation des musiques pré-enregistrées (les musiques anciennes et électroacoustiques) n'était pas idéale mais bien assez intelligible pour se fondre avec les musiciens et chanteurs sur scène.

Ainsi, plusieurs communautés d'interprètes et de créateurs étaient réunies pour une sorte de sommet de leurs styles respectifs : praticiens du jazz tels le saxophoniste André Leroux ou la chanteuse Karen Young, praticiens de la musique écrite de tradition occidentale tels la soprano Annie Jacques, la saxophoniste Marie-Chantal Leclair ou la violoncelliste Isabelle Bozzini, praticiens de l'électro tel le compositeur et réalisateur Alain Thibault. 

Inutile de souligner que cette oeuvre importante gagnerait certes en puissance et en intelligibilité si elle était jouée régulièrement, maintenant que la glace (vieille de trois décennies) est cassée. On pourrait mieux en calibrer les différentes composantes et en optimiser l'interprétation devant public.

Cela dit, vu le très élevé coefficient de difficulté de cette entreprise, on peut assurément conclure à  un vrai succès, à une mission accomplie pour l'Ensemble de la Société de musique contemporaine du Québec et de son directeur Walter Boudreau.

***

Ensemble de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ). Chef  : Walter Boudreau. Jeudi soir, salle Pierre-Mercure, festival Montréal / Nouvelles Musiques (MNM)

Programme :

Tempêtes, composition audiovisuelle (2005) -Yan Breuleux

Daughters of the Lonesome Isle, pour pianopréparé, (1945) - John Cage

Ce soir on improvise, extrait du film documentaire(1974) - Raymond Gervais, Michel Di Torre

Atlantide, pour voix, ensembles instrumentaux, sons électroacoustiques et environnementaux (1985) - Michel-Georges Brégent

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