Yves Lambert Trio, présent malgré la tempête

Cet Yves Lambert Trio a cela de particulier... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Cet Yves Lambert Trio a cela de particulier : deux jeunes multi-instrumentistes de très fort calibre trad contribuent à l'art d'un vétéran qui, à 56 ans, ne présente pas le moindre signe de déclin.

Photo Bernard Brault, La Presse

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Quarante-cinq centimètres de neige plus tard, de braves Montréalais se sont présentés jeudi soir au Lion d'Or pour le remplir aux trois quarts de sa capacité d'accueil. Remarquable, dans le contexte, n'est-ce pas? Sur scène, on affichait présent. Très présent, d'ailleurs, malgré cette source du passé à laquelle s'abreuvent Yves Lambert, Olivier Rondeau et Tommy Gauthier.

Après avoir apprécié (une fois de plus) le très créatif quatuor d'harmonicistes montréalais sous la bannière D'Harmo, nous avions devant nous un des plus redoutables ensembles de musique traditionnelle vécue, imaginée et jouée par des musiciens francophones d'Amérique en 2012.

Très peu de groupes trad québécois peuvent se mesurer à une telle machine - on pense bien sûr à Vent du Nord, aux Chardonniers, à une poignée de musiciens accomplis et de jeunes aspirants qui finiront par y parvenir. Pour l'instant, cet Yves Lambert Trio a cela de particulier: deux jeunes multi-instrumentistes trad de très fort calibre contribuent à l'art d'un vétéran qui, à 56 ans, ne présente pas le moindre signe de lassitude. Dix ans après sa rupture avec la Bottine souriante dont il était la figure de proue, Lambert ne mobilise peut-être pas les grandes foules comme à la grande époque, mais il peut compter sur un public fidèle et connaisseur en matière de trad conjugué à l'indicatif présent.

En fait, il suffit d'aimer la musique de grande qualité pour apprécier ce qu'on a devant les yeux et dans les oreilles, bien au-delà des notions de genres.

La source folklorique québécoise, fin mélange de francophonie d'Europe, de traditions celtiques implantées depuis le XIXe siècle et d'américanité vécue depuis la colonisation, est omniprésente dans cette musique jouée à trois hommes et moult instruments à l'appui - dont cette guitare patentée par l'ingénieux Olivier Rondeau qui lui permet d'assurer simultanément les rôles de bassiste et de guitariste.

Il y a lieu de reconnaître l'effort d'actualisation. Cet Air de Kildare composé par Tommy Gauthier et joué avec attitude rock, c'est-à-dire avec le pied pesant sur le temps fort. Cette Chanson du Capitaine Bernard, sorte de folk rock trad qui admet la guitare électrique sans rompre avec le patrimoine. Cette chanson des Corps de métiers, comptes à régler avec les démons à coups de trad rock.

Il y a lieu d'apprécier les irréprochables suites pour Johnny Connoly et Keith Corrigan, ces turlutes et musiques instrumentales d'inspiration celtique.

Il y a lieu d'observer l'engagement de certaines chansons. On retient celle se portant à la défense de La rivière (Ouiatchouan) qui se déverse dans le lac Saint-Jean (à Val Jalbert) et où la possible construction d'un barrage hydro-électrique est vivement contestée. On retient aussi cette évocation du printemps érable avec la chanson Tous les chevaux qu'on mène au pas, un texte de Sylvain Rivière mis en musique par Lambert et Gauthier.

Il y a lieu de constater qu'Yves Lambert assume son passé de «Monsieur Bottine», notamment lorsqu'il nous balance ses incontournables du temps des Fêtes - La Ziguezon zinzon, Dans nos vieilles maisons (classique de Muriel Millard) ou cette Cuisinière... avec qui on prend un verre de bière dans un p'tit coin noir.

Malgré la joie qu'implique forcément une soirée trad dans le temps des Fêtes, cette soirée ne pouvait exclure un hommage rendu à l'octogénaire Lawrence Lepage, ressuscité l'automne dernier par l'équipe d'Yves Lambert... et mort chez lui dans la nuit de Noël. «Bizarre pareil...» a commenté notre hôte, sincèrement peiné par la disparition d'un artiste qu'il affectionnait et respectait au plus haut point - à l'instar du collègue Olivier qui a travaillé fort à la confection de l'album Le Temps. Au dernier Coup de coeur francophone, d'ailleurs, Lawrence Lepage triomphait à leurs côtés sur la même scène du Lion d'Or.

«Sa poésie, sa chanson incarnent les 50 dernières années de la Gaspésie», a résumé le chanteur avant d'entonner avec ses comparses quelques classiques du disparu - La Chanson pour Félix, etc.

Avant de rentrer dans sa région de Lanaudière (pour reprendre la route vers Montréal le lendemain, car il était de nouveau attendu au Lion d'Or), le traîneau de l'Yves Lambert Trio a aussi emprunté les rangs de Jean-Paul Guimond, Lionel Daunais, Gaston Miron. Difficile d'imaginer plus belle virée dans la tempête.

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