2012-11-29 06:44:41.000

Leonard Cohen, trois heures de recueillement

Leonard Cohen... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Leonard Cohen

Photo Bernard Brault, La Presse

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Alain de Repentigny
La Presse

La scène était un peu surréaliste: Leonard Cohen qui récite de sa voix profonde le poème A Thousand Kisses Deep sur l'accompagnement très discret des synthés de Neil Larsen, mercredi soir au Centre Bell. Et tout autour, 12 562 spectateurs silencieux, recueillis, qui échappent un rire quand Cohen donne dans l'humour caustique et qui écoutent un poème comme ça ne s'est probablement jamais produit dans un temple du hockey montréalais.

Depuis sa précédente tournée triomphale de deux ans et demi, Leonard Cohen est passé du circuit des théâtres à celui des arénas là où sa popularité le justifie. Dont Montréal, sa ville natale. De Wilfrid-Pelletier au Centre Bell, il y a un pas de géant que Cohen et ses brillants musiciens et chanteurs ont franchi avec confiance mercredi.

Pourtant, ici comme ailleurs, Cohen ne fait pas de compromis. Au contraire, en aréna, sa nouvelle chanson Darkness devient un blues moins appuyé que sur disque, plus délicat aussi dans le jeu du guitariste Mitch Watkins, m'a-t-il paru, que quand son prédécesseur Bob Metzger le jouait à la fin de la tournée précédente.

Pendant la première partie de ces trois heures de musique, Cohen a misé sur l'écoute du public. Il a chanté des classiques, de Dance Me To The End Of Love à Ain't No Cure For Love en passant par Bird on the Wire et Everybody Knows, mais ce sont d'autres chansons qui nous ont fait vivre des moments de grâce: la magnifique intro du guitariste barcelonais Javier Mas pour Who By Fire ; le nouvel hymne Come Healing lancé par le violon de la recrue moldave Alexandru Bublitchi et qui marie la voix rugueuse de Cohen à celles, angéliques, de ses trois choristes ; In My Secret Life chaudement applaudie pour la beauté de ses harmonies vocales ; et l'émouvante - et bien-nommée - Anthem.

Après l'entracte, Cohen a remercié ce public de sa qualité d'écoute en lui faisant quelques cadeaux dont The Partisan qu'il n'avait pas jouée à Montréal en 2008 et qui, plus que toutes les autres chansons au programme, a fait ressortir la richesse combinée des guitares de Cohen, Mitch Watkins, Javier Mas et du violon de Bublitchi. Puis, après avoir dit quelques vers de la chanson Alexandra Leaving, il l'a confiée à la voix chaude de celle avec qui il l'a écrite, Sharon Robinson. Comme il allait, au rappel, laisser les soeurs Webb s'approprier If It Be Your Will, aussi envoûtante que la première fois.

Sinon, outre les chansons du récent album Old Ideas, très bien intégrées, le répertoire n'a pas changé. Avec ceci de différent que le violon apporte aux chansons de Cohen, y compris la très sobre Suzanne, un supplément d'âme et de chaleur que ne pouvait leur procurer la lutherie électronique de Dino Soldo. Peut-être n'y avait-il pas mercredi soir la magie et la surprise des retrouvailles inespérées d'il y a quatre ans, mais la musique était supérieure, jouée par des artistes plus soudés.

Et celui que tous étaient venus voir est toujours plus impressionnant. Alors que Watkins, Bublitchi et Mas jouent assis pendant presque toute la soirée, Cohen chante debout, il s'agenouille et se redresse fréquemment avec une souplesse qui ferait l'envie de ceux qui n'ont pas la moitié de ses 78 ans. Le petit monsieur est moins volubile qu'il y a quatre ans, mais il parle vrai et manie l'autodérision mieux que quiconque, comme quand au retour de l'entracte il remercie les gens de ne pas être rentrés chez eux.

Heureusement qu'ils sont restés. Ils n'auraient pas entendu Cohen mordre dans le texte d'Hallelujah et pousser sa voix dans l'irrésistible So Long Marianne. Ils n'auraient pas souri en voyant l'acteur en lui jouer I'm Your Man et se payer la tête du 'lazy bastard living in a suit' pendant Going Home. Et ils ne l'auraient pas vu danser pendant la grouillante First We Take Manhattan et sortir de scène en gambadant avec l'air de dire je pourrais vous faire une autre petite heure s'il n'était pas déjà 23h40.

Leonard Cohen remet ça ce soir au Centre Bell et dimanche au Colisée de Québec.

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