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Les concerts de Bertrand Cantat déchaînent les passions

«La justice ne règle pas l'éthique», «Cantat assassin»... (Photo AFP)

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«La justice ne règle pas l'éthique», «Cantat assassin» pouvait-on lire sur les pancartes brandies mardi soir à Grenoble par un groupe de manifestants, portant aussi quelques photos du visage souriant de Marie Trintignant, l'actrice tuée par Cantat en 2003 à Vilnius lors d'une dispute.

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Fabien Zamora
Agence France-Presse
PARIS

Les passions se déchaînent en France autour du chanteur Bertrand Cantat, certains manifestants estimant qu'il ne doit plus se produire en public en raison de sa condamnation pour avoir frappé à mort sa compagne l'actrice Marie Trintignant.

«La justice ne règle pas l'éthique», «Cantat assassin» pouvait-on lire sur les pancartes brandies mardi soir à Grenoble par un groupe de manifestants, portant aussi quelques photos du visage souriant de Marie Trintignant, l'actrice tuée par Cantat en 2003 à Vilnius lors d'une dispute.

Entre les insultes, invectives, et les accusations de «maccarthysme», de «censure» ou d'indignité, la polémique cristallise une foule de sujets sensibles: la réinsertion, le rôle social de la peine judiciaire, l'exposition médiatique, le distinguo entre l'oeuvre et l'artiste, et évidemment les violences conjugales dans une France traversée, à l'instar d'autres pays du monde, par le phénomène metoo et la mise en lumière de la lutte contre les violences faites au femmes.

Condamné en 2003 à huit ans d'emprisonnement par la justice lituanienne, Bertrand Cantat est sorti de sa prison française en 2007. En France, il n'est pas rare qu'un détenu purge un temps de prison largement inférieur à sa condamnation s'il répond à un certain nombre de critères: comportement, chances de réinsertion, etc.

Le chanteur, icône pop-rock française des années 1990 avec son groupe aujourd'hui dissous Noir Désir, qui avait rencontré un énorme succès, a progressivement repris son activité publique de chanteur à partir de 2010 et est revenu dans la lumière, mais sa tournée 2018 suscite énormément de réactions.

Des proches de Marie Trintignant se sont exprimés. Sa mère, la réalisatrice Nadine Trintignant, a déclaré mardi qu'elle souhaitait que M. Cantat s'arrête «complètement». «Je le trouve indécent, innommable...», a-t-elle dit, regrettant que Bertrand Cantat «n'ait pas eu une condamnation normale, c'est-à-dire vingt ans».

Mardi soir à Grenoble, Bertrand Cantat, qui a déjà annoncé l'annulation de sa tournée estivale cet été, est allé au devant des manifestants et est reparti sous les injures et les projectiles.

Dans un message sur Facebook, il explique avoir «voulu entamer une discussion», dénonçant «un déchaînement de violence, d'insultes, une pluie de coups, aucune possibilité de discuter» et un «retour au Moyen-Age». 

«Droit à la réinsertion» 

Et mercredi soir, manifestantes et spectateurs sont apparus irréconciliables en marge du second concert du chanteur à Grenoble.

Une cinquantaine de personnes avait répondu à l'appel pour «dire NON au concert». Ce qui n'a pas dissuadé les fans de l'ancien leader du groupe Noir Désir venus en nombre dans cette salle de 950 places affichant complet pour les deux dates.

Auparavant, en annonçant l'annulation de ses concerts d'été, il avait demandé à bénéficier de son «droit à la réinsertion», «au même titre que n'importe quel citoyen», et le «droit d'exercer mon métier» alors que son succès artistique ne se dément pas.

Sur Twitter et les réseaux sociaux, c'est un déferlement de commentaires et d'insultes, soit envers Bertrand Cantat et ses soutiens, soit envers ses détracteurs. Pétitions, émissions télévisés, débats à la radio, l'affaire est très largement commentée.

«Maintenant ferme ta gueule et fais toi oublier», a lancé le réalisateur Olivier Marchal sur son compte Instagram.

Lors de l'émission télévisée C à vous, la porte-parole de l'organisation féministe Osez le féminisme, Raphaelle Rémy-Leleu, estime qu'«il n'est plus possible de programmer un agresseur parce que nos valeurs sociales doivent empêcher cela».

Dans cette même émission, un des avocats les plus célèbre de France, Eric Dupond-Moretti, a dénoncé ce qu'il appelle du «maccarthysme», en référence à la chasse aux sorcières contre les communistes aux États-Unis dans les années 50.

«Il a été condamné (...) il a purgé sa peine, (...) c'est l'ordre judiciaire, tout cela est fait au nom du peuple français et puis il reprend son métier, vous avez le droit de ne pas aller le voir (...) et moi j'ai le droit d'aller le voir si j'ai envie d'aller le voir», a-t-il lancé.

«Qu'il y ait un débat sur ce que représente Bertrand Cantat sur scène est parfaitement légitime», a estimé dans un communiqué l'Observatoire de la liberté de création, avant d'ajouter que «ce débat change de nature quand il se transforme en demande d'annulation de sa tournée. Cantat a le droit de chanter, les programmateurs sont libres de le programmer et chacun est libre d'aller le voir, ou pas».




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