Le top franco québécois 2017

Philippe Brach... (Photo Olivier Jean, Archives La Presse)

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Philippe Brach

Photo Olivier Jean, Archives La Presse

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Voici la liste de 10 albums francophones que notre journaliste a préférés en 2017.

Le silence des troupeaux

PHILIPPE BRACH

(Spectra)

Le silence des troupeaux est le récit aléatoire et brillant d'un sombre passé, d'un temps présent pas très jojo ou d'un lendemain d'apocalypse. Les allégeances musicales sont folk, rock ou blues ; autour d'elles, on a imaginé des extensions chorales et symphoniques. À la facture populaire se greffent ainsi des factures contemporaine, moderne et néoclassique qui contribuent à élever l'art de Philippe Brach, à le propulser hors de son cadre régional ou national. L'auteur réussit à ficeler des musiques de grande qualité tout en faisant preuve de capacités littéraires nettement au-dessus de notre moyenne chansonnière. Et touche ainsi à l'universel.

Une année record

LOUD

(Joy Ride Records)

Sur une lancée avec le succès viral de 56K sur YouTube, Simon Cliche Trudeau (de son vrai nom) atteint la pleine maturité artistique avec Une année record, assurément le meilleur enregistrement rap franco (avec une touche de glo, on s'en doute bien) réalisé au Québec en 2017. Le flow, les rimes, les lignes inspirées, les diffractions autobiographiques, les récits de vies observées, les chroniques de société, le beatmaking simple et efficace (Ajust, Ruffsound, Realmind), les accroches d'enfer, les duos souhaités (20some de Dead Obies, Lary Kidd), la profondeur. En cette « année record », Loud n'a rien à envier à ce qui se bricole de mieux sur l'entière planète hip-hop.

La grande nuit vidéo

PHILIPPE B

(Bonsound)

Le prisme du cinéma et de la vidéo réfracte, réfléchit et disperse l'imaginaire amoureux de ses récepteurs, qu'ils soient en couple ou encore seuls, en quête de la relation intime. Les protagonistes s'y révèlent à travers leurs visionnements nocturnes, y découvrent leurs liens fantasmatiques, leurs points de rupture, leur amour sincère. Les choix musicaux de cette Grande nuit vidéo varient du folk contemporain à la musique de chambre consonante. Les choix stylistiques sont classiques, romantiques, à peine modernes. Les configurations varient de la guitare seule à l'orchestre folk de chambre. Sobres et élégantes, ces musiques sont pour la plupart au service de la voix et des mots d'un Philippe B en voie de devenir un maître de son art.

La science du coeur

PIERRE LAPOINTE

(Audiogram)

Dans La science du coeur, Pierre Lapointe explore le moteur de nos émotions et pulsions les plus intimes. Cette cardiologie de la beauté se réalise de concert avec l'arrangeur David François Moreau. La facture orchestrale des chansons s'inscrit dans les tendances connues du néo-classicisme et du post-minimalisme. La singularité de l'approche tient davantage ici au choix de ces musiques de chambre et ces quelques croisements avec la musique populaire - vaguement disco dans Alphabet, vaguement bossa-nova dans Mon prince charmant, pour ne citer que ces exemples. Le faste de l'instrumentation (cordes, bois, anches, percussions, guitares, choeurs, etc.) et les emprunts stylistiques prolongent de ce côté-ci de l'Atlantique la route de la chanson française dite classique.

Full Face

DANY PLACARD

(Simone Records)

Full Face est à la fois le plus sombre, le plus inspiré et le plus abouti de tous les opus créés par Dany Placard, dont on suit la carrière depuis l'époque Plywood 3/4. Il suggère une facture renouvelée, imaginée avec le complice Guillaume Bourque : plutôt que de poursuivre dans la veine folk rock mâtinée de country, Placard sort l'artillerie grunge rock et en tapisse la rugosité d'ambiances psychédéliques, tout en conservant l'angle keb americana qu'on lui connaît. Probablement moins abattu que le narrateur de ses rimes (enfin, on le lui souhaite !), Dany Placard atteint ici l'équilibre entre sa langue familière et une poétique succincte. Rien n'est superflu, tout sort des tripes. La musique fait exploser le malaise, en balance les éclats dans la noirceur et le constelle de beauté.

Désherbage

TIRE LE COYOTE

La Tribu

Les sentiments les plus nets, les espoirs les plus nobles, les amours pures, les amitiés qu'on souhaite éternelles sont d'une grande et permanente fragilité. La vie a tôt fait de polluer, contaminer, éteindre, détruire. Voilà en substance ce que suggère la poésie chansonnière de Benoît Pinette, alias Tire le coyote, tendre poète de l'intimité. Cette horticulture du privé est le résultat d'un effort d'écriture considérable. La langue familière y tente des incursions souvent réussies dans le domaine d'une littérature chansonnière plus vaste que le Québec francophone. Hyper sensible, mais aussi ambitieux, cet auteur-compositeur-interprète poursuit l'érection d'un édifice devenu essentiel à notre paysage chansonnier.

Noir Éden

PETER PETER

(Audiogram)

Connu au Québec pour ses propensions pop et synthwave, Peter Peter a peaufiné son affaire au cours d'un séjour de quelques années sur le sol parisien. L'artiste québécois s'est trouvé au croisement de la pop synthétique manière hexagonale, sans exclure un certain classicisme à la Michel Berger ou à la Alain Chamfort ; il a aussi navigué dans les eaux internationales pour ainsi fréquenter l'archipel dream pop/synthpop/électro-pop. Cette longue migration a mené Peter Peter à la création d'un solide corpus de chansons. Chaque rime, chaque accroche mélodique, chaque arrangement de Noir Éden est porté par une vraie maîtrise de l'art pop, référentiel par définition.

Cassiopée

MARA TREMBLAY

(Audiogram)

Ce septième album solo de Mara Tremblay est celui d'une artiste en pleine maîtrise de ses moyens. En plus d'en être l'interprète, l'auteure et la compositrice principale, elle a réalisé l'opus Cassiopée avec la complicité de François Sunny Duval et de fiston Victor Tremblay-Desrosiers. Tous les recoins y sont soigneusement aménagés, les emprunts stylistiques y sont choisis et dosés par des maîtres de leur profession. Les ornements beatlesques, la qualité des riffs, la belle saturation, l'impeccable soutien rythmique, le raffinement néo-psychédélique, bref, pas vraiment de reproches à formuler. L'approche est classique, parfaitement assumée. Consonants et bien écrits, les textes de Mara Tremblay dépeignent désir, trahison, regret, rêve, espoir, rivalité, hauts, bas, plateaux, mythe revisité de Cassiopée.

Supermercado

CORRIDOR

(Michel Records)

Des voix se fondent dans le mix d'un véritable maelstrom rock, échos de nos dérives modernes mises en rimes, voilà ce qu'on entend lorsqu'on emprunte ce Corridor. Enregistré aux Breakglass Studios sous les oreilles et les yeux bienveillants du réalisateur Emmanuel Éthier (Chocolat), l'opus Supermercado met en relief des musiciens rigoureux, témoignant d'une vaste culture rock pour parvenir à une telle cohésion et couvrir une aussi grande surface (!) : art rock, post-punk, psychédélisme, avant-rock. La qualité des motifs guitaristiques, le « tone » des cordes électriques, la personnalité des effets de saturation, la solidité du soutien rythmique, l'efficacité du groove constituent autant d'éléments pour justifier cette sélection.

10 Bonsoir shérif

KEITH KOUNA

(Duprince)

Une fois de plus, un album de Keith Kouna se découvre après l'heure de pointe. Les écoutes tardives de ces chansons révèlent un respectable Bonsoir shérif, écrit dans un québécois de très bon aloi, langue de plus en plus normative, de plus en plus châtiée, non sans rappeler ses adaptations françaises de Winterreise, textes de Wilhelm Müller mis en musique par Franz Schubert. Voilà l'album de son dégoût pour le genre humain, pour les débordements de haine, pour l'insignifiance crasse, pour les dogmes et les croyances meurtrières, pour la cupidité, certainement pour la période actuelle que traverse le genre humain. Décliné sous des styles variant du punk hardcore à l'électro-pop en passant même par le jazz easy listening, ce Bonsoir shérif n'est pas une partie de plaisir. Plutôt une séance de haute lucidité, nécessaire par les temps qui courent.




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