Bernard Lavilliers, en mélodie, tempo et harmonie

«J'ai toujours la rage, mais je l'ai mise sous mon bras, je maintiens la... (PHOTO ARCHIVES AFP)

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Nicolas Pratviel
Agence France-Presse
Paris

«J'ai toujours la rage, mais je l'ai mise sous mon bras, je maintiens la distance avec les choses»: engagé, passionné, assagi, Bernard Lavilliers se livre à l'AFP sans détour, mais avec escales, alors que sort vendredi son 21e album, 5 minutes au paradis.

Interviewer cet auteur, compositeur et interprète français conduit vers des contrées connues, comme la poésie, la littérature, la politique, l'Amérique du Sud, et d'autres plus inattendues, comme le cinéma, l'art du mime, David Bowie, la techno minimale.

C'est pour évoquer ce nouveau disque que la rencontre, chaleureuse, a lieu dans un bar de l'est parisien. Un disque à dominante pop-rock, marqué par une heureuse incursion du symphonique. Les textes sont toujours ancrés dans le réel, avec la verve poétique qu'on connaît à l'auteur, pour raconter la dureté du monde, ses injustices, sa beauté.

Dans Croisières méditerranéennes, Lavilliers contient sa colère face au drame des réfugiés, pas son amertume: «Il y a ceux qui font la croisière Costa et ceux qui sont dessous. Je n'ai pas mis cette phrase que j'avais écrite: "Il faut dire que la mer n'a pas le même goût, vue par en dessus ou par en dessous". Je n'ai pas envie de culpabiliser les gens, je veux juste les emmerder pour qu'ils y pensent quand même».

«J'ai cherché l'épure»

Pour Vendredi 13 (sur les attentats de novembre 2015), Lavilliers a aussi enlevé du texte, «pour laisser de la place aux cordes»: «J'ai cherché l'épure. La musique est un art abstrait qui s'adresse à l'âme directement, qui suscite l'émotion».

«Je chante un peu plus haut, moins fort, sur cet album, poursuit le baryton-voyageur à la boucle d'oreille. Ça donne de la distance».

Et de s'épancher sur le génie d'Orson Welles, sur ce «punk» de Jean-Luc Godard, le réalisateur franco-suisse. «S'il était moins vieux, moins Suisse et moins rapiat, il pourrait faire le film de Bon pour la casse».

Cette chanson, électrique et ironique, lui a été inspirée par la mésaventure d'un ami. «Il a été licencié en une demi-heure. Il n'a jamais su pourquoi. La froideur absolue. Numéro 2 de la boîte, il n'avait pas de syndicat. Il ne pouvait pas occuper son bureau avec des armes! C'est arrivé très vite. Pour virer 300 ouvriers, c'est beaucoup plus long».

Lavilliers sera toujours dans le camp de ces derniers. Et leur écrira toujours des chansons. Fer et défaire, qui fustige Lakshmi Mittal décideur de la fermeture des hauts fourneaux de Florange, est de celles-ci.

«Apprendre encore»

Deux titres évoquent le Paris du début XXe. Les fantômes de Soutine, Apollinaire, Neruda, Borges sont convoqués dans Montparnasse - Buenos Aires. Une nostalgie encore plus palpable dans Paris la grise.

«Il existe encore la trace de Verlaine, Rimbaud, Cendrars. Ce n'est pas qu'un décor. Si je me balade ce soir, je vais ressentir Aragon sur l'île Saint-Louis», affirme celui qui s'enthousiasme autant sur Char, Mac Orlan, Desnos.

La littérature? «Elle ne m'attire pas, elle me plaît», rectifie Lavilliers, qui recense «5000 bouquins» chez lui mais dont la plume penche pour la poésie.

Il chante comme de coutume le poème d'un autre dans son album. La gloire, texte puissant écrit en 1957 pendant la Guerre d'Algérie par Pierre Seghers ouvre intensément le disque. «C'est normal qu'un artiste fasse passer, et des idées et la dimension esthétique de l'art», estime-t-il.

Bernard Lavilliers, qui sera en tournée dès novembre avec notamment un concert le 4 novembre à Mons et neuf concerts à l'Olympia à Paris, fêtera ses 71 ans le 7 octobre. «L'âge ne m'a jamais dérangé. Je peux caner là, j'ai eu une putain de vie, je ne la raconterai pas. Même pas à ma femme. Mais l'âge, c'est aussi lié à la fameuse distance dont je parle, il y a la culture qu'on a amassée et ce qu'on peut apprendre encore».




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