Kendrick Lamar au Centre Bell: autorité totale

Le MC Kendrick Lamar avait toutes les cartes... (Photo Amy Harris, archives AP)

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Le MC Kendrick Lamar avait toutes les cartes en main hier au Centre Bell: trame musicale superbement conçue, multiples écrans, projections et éclairages brillamment imaginés.

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Très attendu, le DAMN.Tour a comblé hier le public montréalais de Kendrick Lamar, sans conteste la plus brillante créature du hip hop à avoir conquis un marché de masse. Un Centre Bell bien garni (11,800 sièges occupés) a applaudi à tout rompre le MC venu essentiellement défendre l'album DAMN, soit son plus récent dont il a interprété la majeure partie.

Construit autour d'une trame narrative inspirée par le kitsch des films d'arts martiaux (et non sans rappeler l'imaginaire du légendaire Wu-Tang Clan), ce spectacle à la fois explosif et très léché a pris son envol dès la projection d'une courte fiction cinématographique.

Et paf! Direct au plexus avec le tube DNA, asséné par Kendrick accompagné d'un maître combattant. Gonflé à bloc, le MC enchaîne avec des variations toniques de la chanson Element, film d'animation à l'appui.

L'introduction de Yah est un leurre, c'est plutôt King Kunta qui émerge au programme, interprétée dans un quadrilatère de feu avec en toile de fond des extraits rougis du film King Kong première mouture. Tonitruant!

En pleine maîtrise, le rapper alors vêtu de jaune incite à la lévitation avec la chanson sans titre # 7 de son enregistrement sans titre (Untitled Unmastered) , le tout illustré par le lancement d'une capsule spatiale.

Sous un feu roulant (littéralement sur scène), la star du rap balance alors deux titres initialement enregistrés en duo et remaniés pour l'occasion: Mask Off (Future), puis Collard Greens (SchoolBoy Q) et... première ovation.

Le plus grand écran se remplit de fluide, le public contemple cette évocation de Swimming Pools qui, pourtant, n'a rien d'une ode à la nature marine! La scénographie n'en demeure pas moins exemplaire, et la foule est plus que galvanisée pour la très prisée Backseat Freestyle. Autre ovation méritée, et c'est l'adaptation de Loyalty que Kendrick a enregistré avec Rihanna, comme on le sait.

Les compléments vocaux sont ici virtuels, tout est bâti autour du MC: trame musicale superbement conçue, multiples écrans, projections et éclairages brillamment imaginés. À la hauteur de son immense talent, Kendrick a misé sur une performance multimédia de haut niveau plutôt qu'un spectacle conventionnel. Voilà du neuf au royaume des effets spéciaux!

La partie instrumentale de la très sensuelle Feel est l'occasion d'une autre chorégraphie d'arts martiaux, mais le rapper n'entonnera pas cette chanson magnifique: il se déplace plutôt au centre de l'amphithéâtre et réémerge dans une cage étoilée pour nous irradier de Lust, avant de grimper carrément sur le toit de cette structure et nous balancer une version très dynamique de Money Trees, L'arbre en question est alors illustré par une structure de lumière, assurément à la hauteur des attentes.

Encore une fois, très beau. Nous revoilà en mode Wu-Tang Clan, pour une autre apparition de Kung Fu Kenny, «to be continued...»

C'est le moment de servir XXX et de se questionner sur l'Amérique. On passe ensuite à la dérive urbaine avec m.A.A.d. city (part 1), et l'on s'incline devant l'autorité totale du surdoué MC, dont le rapport entre contenu et contenant est tout simplement idéal dans le contexte d'un spectacle aussi grand public.

Les gradins se transforment en voie lactée, au fond de laquelle Kendrick, maintenant vêtu de rouge, s'exécute en suspension, à l'horizontale, et interprète la superbe ballade Pride. Après la fierté, «un de mes mots préférés»: Love est célébré à travers une brume de glace sèche, derrière laquelle on voit l'artiste filmé en noir et blanc.

On reste scotché à cette ambiance avec le groove irrésistible de Bitch, Don't Kill My Vibe, déjà un classique de Kendrick, encore ovationné. La foule du Centre Bell est clairement disposée à un autre paroxysme: un décor solaire propulse Alright, c'est le moins qu'on puisse dire.

Intermède Fu Man Chu sur grand écran avec trame musicale appropriée, nous sommes prêts pour l'apothéose. La chanson Humble est d'abord scandée à l'unisson par les fans. Saisissant! On a alors droit à la plus explosive des ovations de la soirée, suivie de Humble servie cette fois par son auteur, parfaitement adaptée pour la scène.

Le rappel sera spirituel; Kendrick s'entretient avec plus grand que lui, les vagues de l'océan déferlent en fond de scène, on conclut avec God cette heure et demie extrêmement dense, ô combien substantielle.

En ce qui a trait aux premières parties de la grand-messe, D.R.A.M, en aura d'abord beurré épais; il a évidemment servi son tube Cha Cha, mais un problème de sono sur scène l'aura mené à quelques malencontreuses dérives mélodiques.

Il était suivi de YG, rapper de 27 ans issu de Compton à l'instar de Kendrick Lamar. Efficace, mais vraiment rien à raconter à ses petits-enfants dans quelques décennies. Obsédé par la soft porn, le mec a invité deux championnes du poteau à effectuer une séance de twerking acrobatique. Gangsta paradise, pouvait-on lire en fond de scène... Édifiant! On aura quand même pu se farcir une imitation bien sentie du président américain, introduction à la conclusion de YG: Fuck Donald Trump, il va sans dire.




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