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Bob Dylan recevra la bourse associée à son prix Nobel

Bob Dylan avait refusé l'invitation à la traditionnelle... (PHOTO ARCHIVES REUTERS)

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Bob Dylan avait refusé l'invitation à la traditionnelle cérémonie de Prix Nobel qui a eu lieu le 10 décembre, indiquant qu'il avait d'autres engagements à honorer.

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Gaël Branchereau
Agence France-Presse
Stockholm

Lauréat parmi les plus facétieux de l'histoire des Nobel, Bob Dylan a transmis in extremis le traditionnel discours exigé pour recevoir l'argent du prix de littérature, texte dans lequel il esquisse une poétique de la chanson en convoquant Homère et Moby Dick.

«Le discours est extraordinaire et, comme l'on pouvait s'y attendre, éloquent. Le discours transmis, l'aventure Dylan s'approche de sa conclusion», a commenté, soulagée, la secrétaire perpétuelle de l'Académie suédoise, Sara Danius, sur son blog.

Dylan, 75 ans, disposait de six mois pour transmettre son discours à compter de la cérémonie de remise du Nobel qui se tient chaque année le 10 décembre à Stockholm à la mémoire d'Alfred Nobel, inventeur de la dynamite et créateur des prix portant son nom.

Samedi à minuit, le pactole de 8 millions de couronnes (923 000 dollars) lui aurait échappé et serait reparti dans les coffres de la Fondation Nobel. Mais le chanteur a bien remis à temps un discours audio, publié sur le site de l'Académie suédoise, dans lequel il justifie d'avoir joué si longtemps à cache-cache avec les sages suédois.

«Quand j'ai reçu le prix Nobel de littérature, je me suis demandé quel était précisément le lien entre mes chansons et la littérature. Je voulais y réfléchir et découvrir la connexion», a plaidé l'auteur-compositeur, de son vrai nom Robert Allen Zimmerman.

Il cite successivement au nombre de ses inspirateurs Cervantès, Herman Melville ou encore William Shakespeare, et reconnaît puiser aux sources multiples de l'art à travers les siècles, de Homère à Buddy Holly.

«J'ai appris tout ça à l'école primaire. Don Quichotte, Ivanhoë, Robinson Crusoë, les voyages de Gulliver, Le conte de deux cités, et tout le reste (...). Je me suis servi de tout ça quand j'ai commencé à écrire des textes pour chansons», dit-il.

Parmi ses oeuvres de référence, Bob Dylan distingue particulièrement Moby Dick, À l'est rien de nouveau et L'odyssée dont il fait un savant commentaire de texte, mais comme pour mieux s'en distancier et défendre la sensation contre la théorie, le coeur contre l'esprit.

«Si une chanson vous émeut, c'est tout ce qui compte. Je n'ai pas besoin de savoir ce qu'une chanson veut dire», à telle enseigne que «les chansons, contrairement à la littérature sont destinées à être chantées et non pas lues», avance-t-il.

Un lauréat facétieux

À la surprise générale, Dylan avait été récompensé en octobre par l'Académie suédoise «pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique».

Son nom, comme celui de Leonard Cohen, décédé en novembre, revenait de temps en temps dans les spéculations, sans jamais être pris au sérieux.

Face aux critiques qui attendaient ses compatriotes Philip Roth ou Don DeLillo, la secrétaire perpétuelle a âprement défendu son choix et celui de ses pairs, inscrivant la poésie chantée de Dylan dans la tradition homérienne.

Leur enthousiasme semble n'avoir nullement été entamé par les facéties du lauréat qui avait d'abord accueilli sa récompense par un long silence, et n'avait réagi que deux semaines après l'annonce.

Dylan n'a pas non plus participé à la cérémonie de décembre à l'hôtel de ville de Stockholm, et a attendu avril pour venir chercher sa médaille et son diplôme. Le suspense restait depuis entier sur la remise de son discours ou «leçon» Nobel avant la date limite du 10 juin.

Les statuts Nobel font obligation aux lauréats du prix de Littérature d'honorer les académiciens suédois en donnant lecture d'un texte. Le récipiendaire a cependant le choix des armes: il peut chanter, danser, peindre, se rendre à Stockholm ou rester chez lui, envoyer un courrier, un enregistrement audio ou vidéo, etc.

Maria Schottenius, critique littéraire du grand quotidien Dagens Nyheter, prédit, auprès de l'AFP, que «l'Académie suédoise réfléchira à deux fois à l'avenir avant de donner le prix à des stars du rock».

«Sans avoir à regretter le choix de Bob Dylan (...) on peut dire qu'il a causé pas mal de tracas» à ses bienfaiteurs

Cinq «muses» du prix Nobel Bob Dylan

Dans son discours Nobel publié lundi par l'Académie suédoise, Bob Dylan, prix de littérature 2016, a évoqué les artistes et les oeuvres qui l'ont inspiré et constituent son panthéon poétique. En voici cinq:Buddy Holly

«Si je devais revenir à la genèse de tout cela, j'imagine qu'il faudrait commencer par Buddy Holly. Buddy est mort quand j'avais environ 18 ans et lui 22. Quand je l'ai entendu pour la première fois, je me suis senti proche de lui. Nous étions comme parents, comme s'il était mon grand frère. J'ai même cru lui ressembler. Buddy jouait la musique que j'aimais, la musique avec laquelle j'ai grandi: la country des westerns, le rock'n'roll, le rhythm and blues».

Classiques

«J'avais des principes et des sensibilités, et une vision informée du monde. Je les avais depuis un moment. Appris à l'école primaire. Don Quichotte, Ivanhoé, Robinson Crusoé, les voyages de Gulliver, Le conte de deux cités, et tout le reste - des lectures classiques à l'école primaire qui formaient votre façon de voir le monde, vous apportaient une compréhension de la nature humaine et un étalon pour mesurer les choses. Je me suis servi de tout ça quand j'ai commencé à écrire des textes de chansons».

Moby Dick

«Moby Dick est un livre fascinant, un livre rempli de scènes de drame intense et de dialogues dramatiques (...). Tout est mélangé. Tous les mythes: la Bible judéo-chrétienne, les légendes britanniques, Saint Georges, Persée, Hercule - tous des chasseurs de baleine (...). Nous ne voyons que la surface des choses. Nous pouvons interpréter à loisir ce qu'il y a au-dessous».

À l'ouest rien de nouveau

«À l'ouest rien de nouveau est une histoire d'épouvante. C'est un livre qui vous faire perdre votre enfance, votre foi en un monde rationnel, votre empathie pour l'autre. Vous êtes pris au piège d'un cauchemar. Aspiré dans un tourbillon de mort et de douleur (...). J'ai reposé ce livre et l'ai refermé. Je ne voulais plus lire de roman sur la guerre et je n'en ai jamais lu d'autre».

L'odyssée

«À maints égards ces événements vous sont arrivés à vous aussi. On a mis de la drogue dans votre verre de vin. Vous aussi, vous avez partagé le lit d'une femme qui n'était pas la vôtre. Vous aussi avez été séduit par des voix magiques, des voix douces aux étranges mélodies. Vous aussi avez fait tant de chemin et le vent vous a tant poussé à rebours».




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