Laura Marling: Semper Laura

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« J'aime cette idée de ne parler que lorsque c'est strictement nécessaire », avait confié Laura Marling au journaliste Neil McCormick, dans une série d'interviews consacrés aux finalistes du Mercury Prize, mouture 2013. À 27 ans de vie, ayant sept albums à son actif, dont le tout récent Semper Femina qui récolte les éloges, la Londonienne n'a jamais gagné le fameux prix.

Elle jouit néanmoins d'une réputation plus considérable que celle de lauréats ayant plus ou moins succombé à l'effet de mode.

Chanteuse envoûtante, dont les irrésistibles vibratos coiffent des rimes d'exception, elle s'avère une parolière surdouée et pourtant « solitaire qui aime les humains », de son propre aveu. Ainsi, elle exprime ce « strictement nécessaire » à travers un vaste corpus, considérant sa précocité.

Après un début de carrière fulgurant une décennie plus tôt, des relations intimes vécues tour à tour avec les chanteurs des formations montantes du renouveau folk en Angleterre (Charlie Fink de Noah and the Whales et Marcus Mumford de Mumford & Sons), elle s'était exilée à Los Angeles au tournant de la vingtaine et y avait vécu une période difficile durant laquelle elle s'était sérieusement questionnée sur son identité de femme.

À cette époque, elle s'était fait tatouer une inscription sur la cuisse, qui devint des années plus tard le titre d'un album : Semper Femina est l'écho un tant soit peu ironique, fort probablement féministe, d'une phrase célèbre de Virgile. Deux millénaires plus tôt, le poète romain avait fait parler le dieu Mercure dans L'Énéide, célèbre épopée de l'Antiquité : Varium et mutabile semper femina, ce qui signifie « la femme est toujours instable et changeante ».

Cette quête de sens sur le principe féminin n'est certes pas née de la cuisse de Laura Marling, mais le thème semble la passionner depuis une mèche. 

L'ampleur de sa recherche et la grande qualité de ses évocations poétiques se sont avérées pendant l'écriture d'un septième opus, plat principal de son nouveau récital présenté ce soir à Montréal.

« Je suis consciemment préoccupée par ce qu'est le comportement féminin, au-delà du sexe génétique de ceux à qui on les attribue. Entre autres questionnements, je me suis demandé si cette idée fondamentale existait vraiment pour les femmes comme pour les hommes ou ceux d'autres identités sexuelles. Inconsciemment, je me suis mise à dépeindre les relations féminines de tous types. »

Énergie sexuelle = pouvoir intellectuel

Le processus de création de Semper Femina s'est vraiment précisé lorsque Laura Marling se pencha sur Lou Andreas-Salomé, soit pour le livret d'un projet d'opéra lui étant consacré. Psychanalyste, remarquable intellectuelle, cette femme anormalement libre au XIXe siècle fut la muse de Friedrich Nietzsche, l'élève de Sigmund Freud, l'amante du poète Rainer Maria Rilke, dont elle était de 14 ans l'aînée.

Il semble qu'elle aurait vécu ses premières relations charnelles avec le jeune homme, soit à la mi-trentaine, fait observer Laura Marling. 

« Elle croyait que le pouvoir intellectuel des femmes était intrinsèquement lié à leur énergie sexuelle. Ce qui explique sa virginité tardive ; la préserver conférait une puissance accrue à sa pensée, soutenait-elle. »

Dans la foulée, Laura Marling a réalisé une série de baladodiffusions avec des femmes artistes et d'autres professionnelles de la musique, afin d'y circonscrire le principe féminin dans un milieu et une industrie où l'égalité et l'équité entre les sexes sont encore loin d'être atteintes. Ont entre autres participé à Reversal of the Muse Dolly Parton, Emmylou Harris, Karen Elson, les soeurs Haim, Pamela Cole et Marika Hackmann.

L'auteure, compositrice et interprète de Semper Femina estime que la chanson The Valley, deuxième au programme, définit son nouvel album.

« Dans mon esprit, elle est une peinture, le portrait d'une femme isolée et endeuillée dans une vallée sauvage. C'est l'image onirique de la solitude féminine, c'est la douleur intrinsèque de l'expérience des femmes, c'est aussi le jaillissement de la solidarité et l'amitié émergeant de leur condition. Bien sûr, ce tableau s'inspire aussi de ma propre existence, mais il n'est pas autobiographique au sens propre. »

Blake Mills (Perfume Genius, John Legend, Fiona Apple, Alabama Shakes, etc.) a réalisé Semper Femina. Laura Marling estime qu'il a insufflé une nouvelle approche à son travail : « Il est un guitariste très doué, de surcroît un réalisateur charismatique, très structuré. En plus d'avoir créé pour moi de magnifiques environnements sonores, il a procédé à l'édition de certains de mes textes afin qu'ils soient plus fluides. Cela peut être douloureux, mais il faut convenir de la nette amélioration. Lorsque j'ai entendu les versions définitives, j'ai compris où il voulait en venir. »

Chanson HD

Si la créativité littéraire de Laura Marling ne fait aucun doute, son classicisme folk pop peut toutefois susciter quelque confusion.

« J'adore la musique, ma guitare et moi sommes intimement liées, j'essaie de faire de belles choses, mais... À mon détriment, on peut convenir que ma musique est classique, que ma perception du songwriting est vieux jeu, voire limitée. C'est une perception facile, confortable. Si on écoute mes chansons superficiellement, on peut effectivement avoir cette perception. »

Pour mieux expliquer le phénomène, elle prend l'exemple de la photographie : 

« Photographier un sujet avec un excellent appareil et le faire avec un téléphone portable donnent des résultats différents. De la photo prise par portable, il peut se dégager une impression de banalité. Du même sujet capté par le meilleur appareil photo, on peut découvrir de nouvelles qualités au sujet qui nous semble d'entrée de jeu classique. En chanson, idem : la haute définition rend la perception plus sensible. Et c'est pourquoi je m'applique à révéler le grain de l'image. »

Se formalise-t-elle alors d'être régulièrement comparée à ses prédécesseurs, en particulier Joni Mitchell ?

Elle réplique et conclut par cette question : « Comment pourrais-je être ennuyée par une telle comparaison ? »

Brève répartie, « strictement nécessaire »...

Au Théâtre Corona, ce semedi, 20 h, précédée de Valley Queen




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