Champion sans filtre

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Lancé en 2013, °1 fut l'album du grand retour, l'opus de la résilience, de la rémission, de la guérison. Après sa victoire sur la leucémie, Maxime Morin, alias Champion, avait créé d'étonnantes musiques de chambre à saveur électro. L'effet combiné de son retour à la santé et de la grande qualité de °1 l'avait mené à toucher les coeurs et atteindre de nouvelles cimes. Trois ans plus tard, il regagne sa piste principale, soit cette mixtion explosive de blues, de rock sur fond de techno et de dub. Il nous accueille chez lui afin de nous présenter Best Seller, qui vient d'être lancé sous étiquette Bonsound.

« L'album °1 avait quelque chose de grave, de sérieux, amorce-t-il. Cet album fut une réussite, mais ce fut aussi un coup de vent... On avait une équipe de feu, avec Jean-Nicolas Trottier aux arrangements, Jean-Marie Zeitouni et I Musici de Montréal, mon band. Mais j'ai dû passer rapidement à autre chose parce que ce n'était pas de la pop radio et je ne pouvais me permettre beaucoup de concerts vu les moyens nécessaires à la chose-orchestre de chambre, et tout et tout. »

Retour à la piste principale, donc.

«Je m'y sens bien, car c'est un genre musical que je me suis bricolé, sans vouloir être prétentieux. La structure est typiquement techno, c'est la répétition, le rythme binaire, mais c'est aussi l'énergie du blues et du rock.

»

Champion

Pour se remettre sur ces rails, Champion a d'abord fouillé dans ses tiroirs.

« Avant de faire l'album Résistance, soit avant d'être malade, j'avais enregistré un album tout entier... et je l'avais flushé. Beaucoup plus tard, je me suis dit que j'aurais peut-être dû replonger là-dedans plutôt que de tout mettre de côté. Ce que j'ai fait, finalement : les chansons Life Is GoodClaustrophobicI Can't Let Go et Lead On proviennent de cet album jeté à la poubelle. Elles existaient sous des formes différentes, j'ai donc retravaillé cette matière, mais... faire avec du vieux, c'est plate à un moment donné. »

Ainsi, Champion s'est mis à la création de nouveau matériel.

« Dans le même esprit de ce que j'avais déjà en main, j'ai composé des esquisses pour ensuite en recoller les fragments, en trouver les meilleures complémentarités ou encore les meilleures oppositions. Puis, j'ai fait du ménage, abandonné des idées et développé celles qui me semblaient être les meilleures. C'est toujours un collage qui n'a cessé d'évoluer, toutes les pièces du nouvel album ont été construites simultanément. À la fin du processus, j'avais un tout cohérent. Je préfère toujours cette méthode de travail. »

Selon son concepteur, le trait le plus important de Best Seller est l'absence de filtres dans le processus de création.

« Le raffinement, c'est payant dans la musique, mais... On peut aussi prendre une mauvaise chanson et la faire bien paraître avec la réalisation. Pour moi, par exemple, le raffinement avait très bien servi mon album Chill 'em All. Cet album avait de la profondeur, de la cohérence, du raffinement. Ce fut extrêmement gratifiant, mais... la réalité, ce n'est pas ça. La réalité, c'est qu'on est tous un peu fuckés. On a tous un côté loser. Pourquoi absolument le cacher ? »

Champion entend ici qu'un artiste sincère doit se mettre à nu avec ses qualités et ses défauts.

«Je ne voulais pas cacher mes maladresses, je voulais que ça paraisse. Je voulais un esprit un peu punk... on n'est pas beaux pis on a du fun !

»

Champion

Champion voit donc dans la démarche de Best Seller une quête de transparence, mais aussi d'élévation.

« J'ai été souvent le loser de la gang en changeant de style, soit en passant du métal au punk, du punk à la techno. Bien sûr, je me suis déjà planté en me présentant sur scène avec rien de préparé, avec le désir d'improviser et d'explorer. Tu peux faire de belles découvertes, mais aussi des poches, des quétaines, des nulles. Toute ma vie, je me suis expulsé de mes zones de confort, et ça continue.  »

Néanmoins, notre homme sait fort bien que le laboratoire a ses limites.

« De manière générale, le public n'aime pas assister à l'exploration d'un artiste. Il ne veut en connaître que les bons résultats. Et c'est un peu pourquoi je crée cette pop qui peut tourner à la radio, qui me rapporte des sous et qui me permet de poursuivre chez moi cette exploration qui ne regarde que moi... jusqu'à ce que certains éléments soient présentables. »

À ce titre, d'autres trips de studio ont mené Champion à enregistrer un album de guitares atmosphériques, car il fut d'abord guitariste avant de devenir beatmaker et réalisateur : Wood Shop sera mis en circulation, fort possiblement en 2017.

Pour l'instant, place à la tournée dans la foulée de l'opus Best Seller.

« Même si je suis complètement guéri, je n'ai pas fait de tournée depuis longtemps... Il me faut voir si ça se passe bien, on réévaluera par la suite. Faut juste que j'aie du fun. »

Champion et son groupe se produiront le 30 juin au Club Soda, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal, ainsi que le 15 juillet, au parc de la Francophonie, dans le cadre du Festival d'été de Québec.

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