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Festival de musique : l'année du désenchantement ?

Este Haim du groupe Haim joue durant la... (Photo Evan Agostini, AP)

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Este Haim du groupe Haim joue durant la tournée mondiale de Taylor Swift, au MetLife Stadium, à East Rutherford, en juin dernier.

Photo Evan Agostini, AP

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Le festival Coachella lance la saison musicale extérieure ce week-end. La lune de miel des festivals extérieurs semble toutefois sur le point de se terminer avec des signes évidents de saturation du marché. Des médias et mélomanes déplorent le fait que les programmations se ressemblent de plus en plus. Sans compter que des vétérans comme Osheaga voient des concurrents entrer dans la mêlée. État des lieux.

Au cours des dernières années, le Torontois Adrian Love a assisté quatre fois au festival Osheaga. Cette année, il a plutôt décidé d'aller au festival WayHome, à une heure de chez lui. « Surtout pour les têtes d'affiche, LCD Soundsystem et Arcade Fire, justifie l'Ontarien de 35 ans. Plusieurs de mes amis y sont allés l'an dernier et ils ont adoré leur expérience. Je voulais essayer quelque chose de nouveau. »

WayHome est la version canadienne de Bonnaroo. Le festival a lieu fin juillet au milieu d'un champ, près de Barrie, en Ontario, et les festivaliers font du camping. L'événement, coproduit par Republic Live et AC Entertainment, existe depuis deux ans. Un acteur de plus dans l'écosystème chargé des festivals de musique extérieurs en Amérique du Nord.

« Les festivals ont été tellement populaires que des entreprises ont voulu en profiter. Mais là, il y en a trop », lance Catherine Moore, professeure de l'Université de New York spécialisée dans l'industrie de la musique. Cette année, beaucoup de festivals sont annulés [dont Squamish Valley Music Festival, à Vancouver]. »

Moins d'exclusivités

Au début des années 2000, le public nord-américain jalousait l'Europe pour ses festivals. L'arrivée des Coachella, Bonnaroo et Osheaga a créé un engouement monstre, puis une multiplication rapide des festivals extérieurs en Amérique du Nord.

Les festivals ont pris de l'importance, les cachets ont augmenté, si bien que les groupes font maintenant des tournées de festivals. Résultat : des signes de saturation du marché et moins d'exclusivités.

Quand Coachella a annoncé sa programmation en début d'année, beaucoup de gens ont songé à s'acheter un billet d'avion pour la Californie dans l'espoir de voir les retours sur scène de Guns N' Roses et LCD Soundsystem.

Or, on a appris plus tard qu'Axl Rose, Slash et Duff McKagan feraient une tournée d'amphithéâtres à l'été (qui passe par Toronto, mais pas par Montréal). Quant à la bande du New-Yorkais James Murphy, elle se produira dans plusieurs festivals, dont WayHome, en Ontario.

L'« ici et maintenant » de Coachella n'est plus ce qu'il était. Il fut une époque où le festival était pratiquement le seul en Amérique du Nord à présenter les groupes vétérans Blur, Postal Service et Pulp. Coachella a même fait ressusciter Tupac en hologramme.

Cette année, Radiohead a préféré Montréal au désert californien. Le groupe de Thom Yorke se produira aussi à Chicago pendant Lollapalooza, qui a lieu le même week-end qu'Osheaga. Au fait, de nombreux artistes en profitent pour se produire dans les deux festivals, dont Lana Del Rey et Red Hot Chili Peppers.

De plus en plus de journalistes et de festivaliers déplorent le manque d'exclusivités. « Pour moi, la déception a commencé en 2014 avec Outkast qui a finalement fait 40 festivals après Coachella », lance le journaliste américain Eric Danton, qui a notamment écrit pour Rolling Stone, Pitchfork et le Wall Street Journal.

« A-t-on atteint le point culminant des festivals ? » s'interrogeait-il récemment dans un article publié sur Paste, avant de conclure : « Disons-le : il y a trop de festivals. »

Aujourd'hui, Eric Danton préfère les petits festivals qui ont un rôle de « commissaire » dont Solid Sound, organisé tous les deux ans par Wilco à North Adams, dans le Massachusetts. « Il y a de 8000 à 10 000 personnes et les prix sont raisonnables », a-t-il dit à La Presse.

De nouveaux acteurs

Récemment, les organisateurs du festival new-yorkais Governors Ball ont été furieux d'apprendre qu'un autre festival, Panorama, aurait lieu exactement au même endroit - dans l'île de Randall, entre Manhattan, Queens et le Bronx - quelques semaines plus tard. C'est du sérieux : Panorama est produit par l'équipe de Coachella, Goldenvoice, et il a programmé en têtes d'affiche Arcade Fire, Kendrick Lamar et LCD Soundsystem.

Depuis l'an dernier, Osheaga - dont 70 % des détenteurs de billets proviennent de l'extérieur du Québec - fait face à la concurrence de WayHome, qui espère accueillir 40 000 personnes par jour cette année.

« Osheaga est différent. C'est un festival urbain. Il y avait de la place pour WayHome dans le marché parce que nous offrons le camping et que Toronto est le deuxième marché musical en importance en Amérique du Nord », explique Laura Kennedy, directrice des relations publiques pour Republic Live, qui coproduit WayHome.

Pour l'instant, WayHome n'a pas d'impact sur Osheaga, sauf une légère baisse du nombre de festivaliers ontariens à Montréal. L'an dernier, les 135 000 billets pour le festival montréalais (45 000 spectateurs par jour) se sont vendus et l'événement du promoteur evenko s'est classé au neuvième rang des festivals de musique les plus lucratifs du monde, selon Pollstar.

9,6
millions
Revenus du festival Osheaga en 2015 Source : Pollstar

Les affaires continuent d'aller rondement en 2016 pour Osheaga. « À ce stade, nous sommes en avance dans la vente de billets par rapport aux deux dernières années », indique Nick Farkas, vice-président aux concerts et événements chez evenko.

Avec les travaux d'agrandissement et de réaménagement du parc Jean-Drapeau, Osheaga croit fort en l'avenir. « Nous sommes encore en pleine croissance », fait valoir Nick Farkas.

La carte maîtresse d'Osheaga, selon son programmateur en chef ? Sa programmation.

« Nous sommes un festival destination, donc il nous faut un bon line-up. Pour nous, les têtes d'affiche sont importantes de la première à la dernière ligne du poster. Nous misons sur la stabilité et non sur les tendances. »

- Nick Farkas d'evenko

Des festivals ? « Il y en a tellement. Il n'y en avait pas à New York avant, et là, il y en a deux », lance Nick Farkas, qui passe le week-end à Coachella.

Malgré les premiers signes de saturation du marché, pas question de tout remettre en question. « C'est normal quand un phénomène a du succès. Nous avons l'avantage d'être là depuis 11 ans et d'avoir un site incroyable et aimé des artistes près du centre-ville. »

Demande encore forte

La demande est encore très forte. Selon le vendeur de billets américain EventBrite, un « enfant du millénaire » sur cinq a assisté à un festival de musique en 2015.

En mars dernier, trois journalistes du New York Times ont fait une sortie dans le prestigieux quotidien. Le titre de leur article : « pourquoi nous ne faisons pas de plan de couverture pour Coachella et Bonnaroo ». Ils soulignent à quel point l'aspect événementiel des festivals a pris le dessus sur la musique. Selon eux, l'identité de chaque festival s'est diluée, surtout aux yeux des plus vieux trentenaires.

L'omniprésence des marques commence aussi à déplaire aux festivaliers, alors que des groupes préfèrent mener leur propre tournée plutôt que de faire celle des festivals. « H&M a lancé une collection de vêtements spécialement pour Coachella, souligne Catherine Moore. Il y a beaucoup d'argent avec les commanditaires et les marques, mais le public n'apprécie pas quand cette association n'est pas organique. »

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