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Eurovision: une Tatare de Crimée veut raconter le drame de son peuple

La chanteuse ukrainienne Jamala... (PHOTO AFP)

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La chanteuse ukrainienne Jamala

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Ania Tsoukanova
Agence France-Presse
Kiev

«Ils viennent dans vos maisons pour tous vous tuer»: une Tatare de Crimée a de grandes chances de représenter l'Ukraine à l'Eurovision avec une chanson consacrée à la tragédie vécue par son peuple lors de la déportation stalinienne.

Inspirée par les souvenirs de son arrière-grande-mère, déportée de la péninsule en 1944 avec la quasi-totalité des autres Tatars, la chanteuse ukrainienne Jamala a elle-même écrit la chanson intitulée 1944 qui a sidéré ses compatriotes, dont les traumatismes ont été ravivés en mars 2014 par l'annexion de la Crimée par la Russie.

Jamala, une cantatrice de formation devenue star du jazz en Ukraine, a obtenu le meilleur score en demi-finale de la sélection nationale pour l'Eurovision, où sa performance lui a valu d'être qualifiée de «perle» et de «génie» par certains. Elle a dès lors de très grandes chances de remporter la finale de la sélection dimanche.

«Je voulais faire une chanson sur mon arrière-grande-mère Nazalkhan et les milliers de Tatars de Crimée qui n'ont jamais pu retourner en Crimée, sur l'année qui a changé leurs vies à tout jamais», explique cette chanteuse brune et svelte de 32 ans lors d'un entretien accordé à l'AFP.

Du 18 au 20 mai 1944, la quasi-totalité des 240 000 Tatars de Crimée, peuple d'origine turque et de confession musulmane alors accusé par le pouvoir stalinien d'avoir collaboré avec les nazis, ont été déportés, la plupart en Asie centrale où jusqu'à la moitié d'entre eux sont morts en raison des conditions de vie, très rudes.

Parmi eux se trouvaient l'arrière-grande-mère de Jamala avec ses quatre fils et sa fille. Son mari combattait alors les nazis dans les rangs de l'armée soviétique.

La famille a été «enfermée dans un wagon de marchandises, comme des bêtes, sans eau, sans nourriture et expédiée vers l'Asie centrale», raconte l'artiste.

Pendant le voyage, long de plusieurs semaines, environ 8000 personnes, essentiellement des personnes âgées et des enfants sont morts de soif et de la typhoïde. La fille de Nazalkhan est décédée et «son corps a été jetée du wagon comme une ordure», poursuit-elle.

«J'avais besoin (de cette chanson) pour me libérer» de cette douleur et rendre hommage à «mon arrière-grande-mère, à cette petite qui n'a même pas de tombe, à ces milliers de Tatars de Crimée» dont il ne reste plus rien, «même pas de photos», confie la jeune femme, des larmes coulant sur ses joues.

«C'est notre terre»

Si elle est choisie, Jamala interprétera sa chanson, écrite en anglais et en tatar, à l'Eurovision à Stockholm en mai, quelques jours avant le 72e anniversaire de la déportation.

Jamala insiste sur sa volonté de «faire entendre sa chanson», qu'elle a écrite «en état d'impuissance» après l'annexion de la Crimée par les Russes.

«Cela me fait du mal de me replonger dans ces souvenirs, mais je comprends que maintenant c'est nécessaire. Car les Tatars de Crimée sont désespérés et ont besoin de soutien», relève l'artiste.

Les Tatars de Crimée, qui n'ont commencé à retourner sur la terre de leurs ancêtres qu'après la chute de l'URSS en 1991, ont été horrifiés de la voir annexée par la Russie et y restent majoritairement opposés.

Depuis l'annexion, des militants tatars ont été placés en détention ou ont vu leurs domiciles perquisitionnés, et des dirigeants de la communauté ont été interdits d'entrée sur ce territoire par les autorités russes. Les abus visant les Tatars ont été dénoncés notamment par l'ONU, les États-Unis et le Parlement européen.

Aujourd'hui en Crimée, certains Russes disent: «La déportation, pourquoi elle ne pourrait pas se répéter?», affirme Jamala, qui ne s'est pourtant pas rendue dans la péninsule depuis presque deux ans. «Soutenant ouvertement l'Ukraine, je suis dans la zone à risque», affirme-t-elle.

Ses proches, notamment ses parents restés sur place, lui manquent mais elle comprend leur refus de partir. «C'est notre terre. Notre source, creusée par mon arrière-grand-père, notre jardin avec ses figuiers, plaqueminiers et grenadiers et notre maison. Nous sommes retournés là-bas et personne n'a droit de nous chasser», lance la jeune femme.

Si la communauté internationale n'a pas reconnu l'annexion de la Crimée, aucune perspective de retour au sein de l'Ukraine n'est pour l'instant visible. Face à cette impasse, Jamala n'espère plus qu'«un miracle».

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