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René Angélil: du flair, de la sensibilité et une tête de mule

René Angélil était une vedette à part entière.... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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René Angélil était une vedette à part entière.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

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Tout le monde connaît l'histoire de René Angélil. Comment le Baronet qui chantait en français des chansons des Beatles dans les années 60 est devenu producteur de disques, a essayé avec son ami Guy Cloutier de propulser René Simard sur la scène internationale et comment il a élaboré un plan pour lancer Ginette Reno en France avec la collaboration du célèbre Eddy Marnay.

On connaît surtout la suite. La cassette d'une jeune Céline Dion qui l'a bouleversé dès la première écoute, le succès instantané de la jeune chanteuse au Québec, son passage au MIDEM et chez Michel Drucker, la Colombe qu'elle a chantée pour le pape au Stade olympique, sa victoire pour la Suisse à l'Eurovision, le passage de l'auteur Eddy Marnay à Luc Plamondon puis à Jean-Jacques Goldman et la gloire en France en même temps qu'explosait sa carrière américaine et internationale marquée par les Grammy, les Oscars, les tournées mondiales et la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'Atlanta. Et pour finir, la page d'histoire écrite au Colosseum de Las Vegas. 

René Angélil avait beau être derrière les succès de celle qu'il allait épouser, il est devenu lui aussi une vedette à part entière.

On n'a pas l'habitude d'entendre le compositeur de la chanson de l'année aux Oscars remercier un imprésario en soulevant le trophée qu'il vient de gagner pour My Heart Will Go On. Mais l'homme qui vient de nous quitter était beaucoup plus qu'un simple imprésario. C'était un homme avec du flair, une sensibilité artistique et une tête de mule qui arrivait presque toujours à ses fins. 

Calme mais clair

En personne, cet homme au parcours improbable en imposait. Sa voix éteinte digne d'un parrain y était sûrement pour quelque chose, mais ce qui frappait d'abord son interlocuteur, c'était son intelligence supérieure et cette assurance qui se dégageait de ses propos. S'il y avait le moindre doute dans ce qu'il affirmait, il n'en laissait surtout rien paraître. 

Dès qu'il arrivait quelque part, on s'empressait de venir le saluer. À l'automne 2007, le Britannique Rob Stringer, grand patron du label Columbia USA et l'un des dirigeants les plus influents dans le monde du disque, s'était pointé dans un studio de télé de Londres pour serrer la pince d'Angélil. «C'est René qui m'a emmené aux États-Unis», m'avait-il dit en passant. La semaine suivante, dans les coulisses de la Star Academy française, la toute jeune Rihanna paraissait intimidée en se présentant à l'imprésario québécois. 

René Angélil n'était pourtant pas une personne intimidante, sauf quand il était à couteaux tirés avec quelqu'un. Il n'avait alors même pas besoin d'élever la voix. «Ce n'est pas du tout son genre, nous a déjà dit Céline Dion. Je ne l'ai jamais vu crier après personne. Si ce n'est pas bon, si ça n'a pas été correct, il va garder son calme, mais son message va être clair: "Je t'ai fait confiance, ne me demande plus rien, c'est fini."» 

L'artiste

René Angélil a toujours été un artiste dans l'âme. En février 2008, à Johannesburg, je l'ai vu mettre sa casquette de metteur en scène pour corriger les pépins importants du premier spectacle de la tournée Taking Chances: changements de costumes interminables, Céline qui ne s'entend pas chanter dans ses moniteurs, des projections pas au point, une sonorisation déficiente qui étouffait la musique. 

Sitôt rentré de Pretoria, Angélil a écouté les explications de sa garde rapprochée dans un corridor de l'hôtel où il logeait. Puis il a passé une nuit blanche à simplifier le spectacle, à revoir l'agencement des chansons et des numéros de danse. Il a carrément éliminé un changement de costume. 

«Je me suis aperçu qu'on ne pouvait pas faire le même show avec cette scène-là qu'avec la scène centrale pour laquelle il a été conçu. Ce soir, tout va s'arranger», nous a-t-il promis une heure et demie avant le deuxième spectacle. Entre les deux, ce fut le jour et la nuit. 

Un petit mensonge

Angélil était un homme de parole pour qui une poignée de main valait autant qu'un contrat dûment signé. Mais c'était aussi un type rusé qui pouvait embellir la réalité, quitte à exagérer un peu ou même carrément inventer une histoire de toutes pièces pour arriver à ses fins. 

Dans sa biographie Le meneur de jeu, l'auteur Georges-Hébert Germain raconte une anecdote qui en dit long sur ce trait de sa personnalité. Au début des années 90, Angélil appelle Le Journal de Montréal pour lui donner un scoop: Céline va enregistrer une chanson pour un film produit par Steven Spielberg. Quand c'est finalement Linda Ronstadt qui enregistre ladite chanson, pour ne pas perdre la face, Angélil invente une excuse qu'il raconte à La Presse: c'est Sony, la compagnie de disques de Céline, qui a refusé que sa chanteuse travaille pour le label concurrent MCA. 

Quand je lui ai rappelé ce tour de passe-passe des années plus tard, Angélil m'a regardé, tout sourire: «Écoute bien, je suis un manager. Tu ne me feras pas croire que le colonel Parker ou Brian Epstein ne contaient pas une petite menterie de temps en temps.» 

L'été précédent, à Boston, je lui avais demandé ce qu'il répondait à ceux qui le considéraient comme un manipulateur. 

«Moi, je fais juste mon travail: protéger Céline et organiser les choses pour que ça se passe bien pour elle. C'est ça le job d'un manager. Orchestrateur, arrangeur, organisateur, manipulateur, appelle ça comme tu voudras.»

«Je suis comme ça dans tout, avec la compagnie de disques, par exemple, et les médias font partie du show-business. C'est sûr qu'il y a certains médias qui ne sont pas contents parfois.» 

Bien sûr, René Angélil était conscient de son influence, mais il s'étonnait encore de l'air ébahi des gens qui le croisaient dans un aréna, dans le hall d'un hôtel ou même dans un studio de télé. 

«Quand j'étais jeune, c'est sûr que j'aurais été impressionné de rencontrer le colonel Parker [imprésario d'Elvis Presley] ou Brian Epstein [des Beatles], mais dans le fond, je ne connais pas ça plus que d'autres, au Québec», me disait-il sur le ton de l'évidence. «Bien sûr, j'ai des contacts partout dans le monde à cause de Céline. L'histoire de Céline est tellement incroyable, c'est Cendrillon qui devient une star mondiale.»

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