Socalled dans les bottines d'Yves Lambert

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Socalled et Yves Lambert se sont rencontrés en 2009 et ont travaillé ensemble à plusieurs reprises depuis.

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Quelle est l'avancée trad la plus significative sur le territoire québécois? Cet automne, en tout cas, elle s'incarne dans le nouvel album du Lanaudois Yves Lambert: neuf titres puisés dans son répertoire solo et aussi de la longue période où il fut le chanteur central de la Bottine souriante.

Réalisées par le Montréalais Josh Dolgin, alias Socalled, les relectures ici proposées réunissent une vingtaine de musiciens venus d'horizons différents - trad, indie rock, klezmer, tzigane, funk, hip-hop ou jazz. Qui plus est, le tout est gracieusement orchestré par l'illustre tromboniste Fred Wesley, qui fut l'arrangeur attitré de James Brown et de Parliament-Funkadelic.

Ainsi, l'opus Lambert dans ses bottines avec Socalled pourrait fort bien s'intituler Socalled dans les bottines d'Yves Lambert!

Dans un appartement de La Petite-Patrie, les deux protagonistes sont attablés de plein et de bon gré. Avec eux, nous allons faire le parcours de leur amitié et de leur collaboration artistique, jusqu'à la sortie de cet album excellent.

La rencontre

Yves Lambert: «Nous nous sommes rencontrés pour la première fois à Copenhague, en 2009.»

Socalled: «C'était au Festival Womex, tenu cette fois-là au Danemark. Nous y présentions chacun nos projets. Après mon showcase, j'ai vu qu'Yves Lambert était là. Adolescent, j'avais obtenu d'un ami une cassette d'Yves Lambert et André Marchand. J'avais beaucoup écouté cette musique, pour ensuite devenir un grand fan de la Bottine souriante. Alors j'ai assisté au concert d'Yves à Copenhague et ce fut f...ng excellent! Après le concert, j'ai demandé à Françoise [conjointe et manager d'Yves] de me le présenter. J'étais intimidé, car il était pour moi une star dans le genre. Nous avons alors sympathisé et j'ai réalisé que nous avions beaucoup en commun: amour de l'accordéon, amour des musiques traditionnelles... Il fallait qu'on travaille ensemble un jour.»

Les premières collaborations

Yves Lambert: «En 2011, j'ai collaboré à The Season, une comédie musicale de Socalled.»

Socalled: «J'ai écrit la musique, inventé les marionnettes, j'ai tout fait! Les marionnettes campaient les personnages d'animaux en forêt et un être humain devait jouer le rôle d'un chasseur. C'était l'occasion idéale pour recruter Yves Lambert! Je lui ai expliqué cette idée de fou et il a dit OK!»

Yves Lambert: «Je chantais alors dans l'opéra-folk Les filles de Caleb, c'était ma période comédie musicale... J'aime cette forme et j'estime que des zones de création n'y ont pas encore été exploitées. D'ailleurs, j'ai un projet de comédie musicale en développement avec mon frère.»

Socalled: «Avec The Season, j'ai vu qu'Yves était capable de se mettre en danger. Pour la première fois, il chantait en anglais devant public. C'était un grand honneur de l'avoir choisi, car il est pour moi un symbole de la culture québécoise francophone. J'ai donc voulu continuer à travailler avec lui, je l'ai invité à participer à mon album Peoplewatching, soit pour une chanson à répondre mélangée avec du hip-hop. Au lancement de l'album, nous avons interprété ensemble cette chanson sur scène, le public est devenu dingue! En sortant de scène, Yves m'a dit qu'il souhaitait travailler avec moi pour un projet studio, que je pourrais l'aider à le réaliser.»

40 ans de carrière

Yves Lambert: «Cet album s'inscrit dans le cadre de mon quarantième anniversaire de vie professionnelle. J'y fais un survol de ma carrière, je me réapproprie mon patrimoine. Celui de la Bottine souriante, notamment: ç'a beau faire 14 ans que j'ai laissé ce groupe, tant d'amateurs de musique ne le savent pas encore! De plus, je développe ma carrière aux États-Unis ou en Europe alors qu'au Québec, la conjoncture n'est vraiment pas évidente pour les musiciens et chanteurs de notre état. C'est pourquoi je veux reprendre ma fonction de maître de fête, avec une relecture à la clé. Après avoir fait cinq albums en petite formation (trio, quintette, etc.), j'avais un goût d'exubérance! Pour interpréter le matériel de cet album, d'ailleurs, j'aimerais qu'un orchestre d'une dizaine de musiciens soit prêt au début de 2016, avec entre autres une section de cuivres/anches, une batterie pour la première fois, et Socalled comme invité spécial.»

De James Brown à Yves Lambert

Socalled: «Les arrangements de cet album ont été faits par le tromboniste Fred Wesley, qui était un des trois piliers des JB Horns [avec Maceo Parker et Pee Wee Ellis], l'arrangeur de James Brown et de Parliament/Funkadelic. Avec Fred, j'avais d'abord réalisé un projet qui mélange le funk et le klezmer, impliquant le clarinettiste David Krakauer. Je voulais alors qu'on reprenne la tradition klezmer et faire en sorte qu'elle fonctionne aujourd'hui. Puis, nous sommes devenus de proches collaborateurs, il a d'ailleurs composé l'ouverture de The Season. Dans le même esprit, je lui ai demandé de faire les arrangements de cette musique trad francophone du Québec. «What's Québécois music?» avait-il dit en grognant au téléphone. Je la lui ai fait connaître, il s'est mis au travail et m'a envoyé les partitions quelques semaines plus tard. Des éléments de mon équipe et de l'équipe d'Yves se sont ainsi mélangés. Ça marche! J'aime cette idée d'une communauté de musiciens issus de traditions et de cultures différentes.»

Franchir la frontière de la ville

Yves Lambert: «J'avais le goût de traverser le boulevard Saint-Laurent et d'intégrer cette esthétique de mon ami Socalled et de sa gang. J'avais le choix d'autres réalisateurs pour cette relecture produite par Musicor, mais j'avais envie d'une rencontre de ces deux solitudes qui sont encore deux solitudes. Plusieurs de mes connaissances artistiques francophones ne connaissent pas l'existence de Socalled, ce musicien extrêmement talentueux! Ainsi, j'ai franchi la frontière de la ville. Il me fallait vivre cette ouverture, j'avais besoin de ces nouvelles esthétiques! Car c'est toujours un défi de renouveler le trad.»

Socalled: «Pour moi comme pour mon équipe, il y avait aussi cette nécessité de l'ouverture. Nous sommes aussi des Québécois et nous trouvons essentiel de nous plonger dans un contexte où se mélangent différentes racines d'un même territoire.»

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TRAD MODERNISÉ. Yves Lambert avec Socalled. Lambert dans ses bottines. Musicor.

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