Mika: montréalais dans l'âme

Mika sera à la salle Wilfrid-Pelletier les 4 et... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Mika sera à la salle Wilfrid-Pelletier les 4 et 5 juillet à 19h30, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal.

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Par les temps qui courent, Mika ne sait plus où donner de la tête tellement il est sollicité de toutes parts.
Mais il ne regrette rien. À 31 ans, l'artiste et l'homme est exactement là où il a toujours rêvé d'être.

Mika ne l'a pas eu facile ces dernières semaines: concerts en Asie - dont deux annulés en Chine pour cause de fatigue -, télé en Italie, promotion et autres concerts en Europe.

Pourtant, le chanteur britannique de 31 ans, que nous avons au bout du fil pendant une pause de l'enregistrement de l'émission X Factor à Bologne, est tout enthousiasme, même s'il se sent comme dans un aéroport où il lui faut écouter attentivement les annonces de crainte de louper un vol, dit-il en rigolant.

«Ce n'est pas quelque chose de naturel, mais je l'ai provoqué moi-même et je dois en gérer les conséquences, ajoute Mika. Je ne peux me plaindre parce que je suis en train de faire ce que j'aime et ce que je veux créer. Même quand je perds la voix, qu'on m'enferme dans une chambre pendant quatre jours avec des stéroïdes et tous les antibiotiques du monde pour me remettre un peu en forme et que j'annule des concerts qui me coûtent une fortune, je ressens l'excitation de l'adrénaline et des mêmes défis que j'avais à 16 ou à 23 ans. Ça aussi, c'est un privilège.»

À 30 ans, Mika a décidé de s'assumer complètement et de mettre un peu de candeur dans sa vie. Ses fans québécois seront sans doute étonnés d'apprendre que le chanteur à l'univers haut en couleur était, au quotidien, un être refermé sur lui-même. Heureusement, la scène et le disque lui permettaient de projeter la personne qu'il voulait devenir.

Le Québec, et Montréal en particulier, n'est pas étranger à cette nouvelle attitude. Ici, le chanteur a toujours renoué avec cette candeur à laquelle il aspire. Dans ses interviews en Europe, il n'a jamais été aussi franc et direct qu'ici. Pas facile, quand on devient une vedette adulée au début de la vingtaine, de concilier le personnage public et une vie privée «très fragmentée». «Au cours des deux dernières années, j'ai retrouvé une manière d'être un peu plus léger, même si, dans ma tête, je ne suis pas léger. Donc, c'est le cumul d'un coeur léger et d'une tête sérieuse. Ça fait du bien.»

Dans une bulle à Montréal

Son nouvel album, No Place in Heaven, illustre parfaitement ces deux traits de personnalité par son mélange de chansons très ludiques et dramatiques. Un disque, dit-il, totalement à l'opposé de ce qu'il avait construit sur son album précédent, The Origin of Love... à Montréal.

«J'avais fui Londres et j'avais quitté mon mec et ma famille. Ma soeur venait de subir un accident d'une violence rare [NDLR: rétablie, elle a donné naissance à un fils l'an dernier] et, dès que j'ai su qu'elle n'allait pas mourir, je suis parti sans rien dire à personne. Mon manager m'a dit que [le réalisateur australien] Nick Littlemore était à Montréal et je suis aussitôt parti m'y réfugier dans une bulle en plein hiver. J'ai écrit un album qui était une sorte de rupture créative dans ma vie et dans mon parcours. Cela allait me donner la possibilité de faire un jour un album simple. C'est pour ça qu'il y a une transparence sur mon nouvel album. Je me suis imposé des limites pour construire quelque chose qui ne serait pas trop compliqué, tout en étant très intime. Je voulais éviter la lourdeur dans le son et dans la production.»

Montréal, c'est également la ville où Mika a vécu, de son propre aveu, l'un des plus beaux moments de sa vie professionnelle et personnelle: ses trois concerts avec l'OSM à la Maison symphonique en février dernier. Il confirme qu'un album tiré de ces concerts sera lancé à la fin de l'année.

«Pour moi, c'était totalement délicieux. J'ai des racines classiques; c'est une dynamique et une culture que je comprends et que je respecte profondément. Dans un concert symphonique, les formes changent, tout est dans les détails qu'on ne peut pas exprimer avec des instruments amplifiés ou électroniques. C'est dans les couleurs, dans la vibration, dans l'émotion, dans une nuance totale. Ce fut un énorme privilège et je veux le refaire cent fois. D'ailleurs, on est en train d'essayer de le refaire avec Simon [Leclerc].»

Simon Leclerc, le chef et orchestrateur, a si bien compris l'univers de Mika que l'artiste lui a demandé d'ajouter des cordes à trois chansons du nouvel album: Good Guys, Les baisers perdus et L'amour fait ce qu'il veut, joyeusement disco. «Et il s'est amusé à fond», confirme le chanteur.

Le poulain David Thibault

L'autre lien direct de Mika avec le Québec a pour nom David Thibault, le jeune chanteur originaire de Saint-Raymond de Portneuf dont il a été le coach et qu'il a mené en finale de l'émission The Voice en France, ce printemps.

«David est jeune, mais il a cette chose qui a une valeur énorme: une différence, dit Mika. Il est très doux, et j'adore le grain de sa voix. Je l'ai défendu à mort simplement parce que je trouve qu'il le mérite. Il est jeune et il a tellement à offrir.»

C'est comme personnificateur d'Elvis que David Thibault s'est fait connaître à la radio de Québec, puis sur scène. La Fondation Presley l'a même invité à Graceland, et on l'a vu sur le plateau d'Ellen DeGeneres. Un piège duquel le chanteur, qui n'a que 18 ans, aurait pu avoir de la difficulté à se tirer s'il n'y avait pas eu The Voice.

«C'était un travail à 360 degrés pour lui de prendre conscience de ce piège pour savoir comment s'en sortir, explique Mika. Je devais faire ce travail avec lui et ce n'était pas nécessairement la plateforme la plus facile pour lui, en France, avec son style tellement particulier. J'espère qu'il gardera le coeur ouvert et qu'il pourra évoluer. Il est en train de faire un disque et il est extrêmement sérieux. J'en suis fier.»

À la salle Wilfrid-Pelletier les 4 et 5 juillet à 19h30, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal.

De Freddie à Rufus

La chanson Last Party a été inspirée à Mika par un épisode dramatique de la vie de Freddie Mercury: le jour où le flamboyant chanteur de Queen a appris qu'il était séropositif.

«Dans les années 80, le sida était une sorte de condamnation à mort et il a réagi d'une manière tout à fait particulière: il s'est rendu dans un club et il a dansé pendant trois jours, complètement dans l'excès, le genre de choses qu'il ne faut pas faire dans cet état-là», raconte Mika.

«Si nous allons tous mourir, aussi bien faire la fête», dit essentiellement la chanson Last Party. «Je ne suis pas en train de juger sa réaction, mais j'essaie de comprendre comment on gère des nouvelles qui peuvent changer une vie, explique Mika. C'est cet étrange mélange d'extase, d'euphorie et de tristesse profonde que j'ai voulu exprimer dans cette petite chanson de trois minutes et demie.»

Par la suite, Mika a cru bon d'envoyer sa chanson à Brian May et Roger Taylor, de Queen. «Tout simplement parce que je parlais de quelque chose de très intime qui a changé leur vie. Je devais avoir leur permission et ils me l'ont donnée. Ils ont même partagé cette chanson avec leurs fans.»

Ses héros

Good Guys, une autre chanson du nouvel album, est un coup de chapeau aux artistes et auteurs gais ou bisexuels dont le jeune Mika admirait le courage. Il y cite notamment Bowie, Warhol, Cocteau et Rimbaud tout en empruntant à Oscar Wilde une citation pour en faire son refrain.

«Ils avaient tous ce côté enfant terrible et, avec leur joie et leur sens de l'humour profond, ils ont provoqué de la tolérance, explique Mika. Parce que la tolérance ne vient pas d'elle-même, il faut la provoquer. Je me suis demandé où étaient ces gens-là que j'ai adorés et que j'adore toujours. Je me suis aussi demandé si je pouvais devenir un peu comme eux, ou alors tomber dans le piège du trash en faisant des choses uniquement pour capter l'attention.»

Le premier de la douzaine d'artistes qu'il nomme est aussi le plus jeune du lot: Rufus Wainwright.

«Quand j'ai entendu les disques de Rufus Wainwright, à 14 ans, ils ont eu le même effet sur moi que les disques de Queen, se souvient Mika. Queen avait le culot de prendre toutes ces influences classiques que j'ai et de les intégrer de façon crédible dans la musique pop et rock. Rufus, lui, confrontait son identité, alors que je considérais la mienne comme quelque chose d'alternatif plutôt que de transformer la tension entre qui j'étais et qui j'espérais devenir pour en faire quelque chose de créatif.»

Drôle de hasard, c'est le même Rufus qui, en mars 2010, nous confiait qu'il voulait frapper un dernier gros coup dans l'univers de la pop comme le faisait si bien Mika.

«Il a vraiment dit ça? C'est un immense honneur!», répond Mika.

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