Randy Brecker et le jazz universitaire

Sous la direction musicale du trompettiste Ron Di Lauro, le Big Band de... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Sous la direction musicale du trompettiste Ron Di Lauro, le Big Band de l'Université de Montréal accueillait jeudi soir le célèbre trompettiste Randy Brecker à la salle Claude-Champagne. Quiconque s'intéresse au jazz et au groove connaît ce musicien américain et son défunt frère Michael, saxophoniste des plus influents avec qui il a longtemps mené la formation The Brecker Brothers, très prisée dans les années 70 et 80.

Inutile de souligner que le trompettiste s'est produit très souvent dans notre île. Ces dernières années, on a pu le voir jouer au Festival international de jazz de Montréal, notamment dans un orchestre lié au 60e anniversaire du festival de Newport et aussi dans un ensemble dirigé par le pianiste Kenny Werner.

En 2013, il a relancé les Brecker Brothers avec des pointures comme les guitaristes Mike Stern et Adam Rogers, le batteur Rodney Holmes, le bassiste Will Lee, les saxophonistes David Sanborn, Jim Campagnola et Ada Rovatti (sa femme).

Par la même occasion, il a rendu hommage aux collègues disparus ayant collaboré avec la fratrie: Michael Brecker (2007), Hiram Bullock (2008), Don Grolnick (1996), Luther Vandross (2005), Don Alias (2006). Le temps passe, la vie est courte...

Sous étiquette Piloo Records, Randy Brecker compte lancer bientôt un album de son matériel et de chansons populaires (Bruce Springsteen, Paul Simon, Steely Dan), le tout arrangé par Kenny Werner et regroupant le saxophoniste David Sanchez, le bassiste John Patitucci, le guitariste Adam Rogers et le batteur Nate Smith.

D'une université à l'autre

À l'instar de plusieurs vedettes du jazz, le trompettiste est lié de près au réseau universitaire occidental. Au fil des dernières décennies, la «classicisation» du style a fait en sorte que ses interprètes et compositeurs les plus renommés sont régulièrement invités dans les facultés de musique, qui ont pour la plupart un programme d'études jazzistiques.

Randy Brecker, 69 ans, est d'ailleurs issu de la première génération à avoir pu compter sur ce réseau.

«Ça remonte à l'université de l'Indiana, où j'étudiais. En 1965, j'avais remporté un concours au Collegiate Jazz Festival de l'Université de Notre Dame; le prix m'avait été remis par le trompettiste Clark Terry. Ce fut très important pour moi, car cela m'a donné la chance de participer à une tournée en Asie, après laquelle je me suis installé à New York. Peu de temps après mon déménagement, j'ai reçu un appel de Clark Terry afin que je me joigne à son big band. Ma carrière était lancée.»

L'économie de la culture étant ce qu'elle est dans un contexte d'austérité, bon nombre de musiciens de haut niveau multiplient les collaborations dans les facultés de musique du monde entier, qui disposent de fonds que n'a plus le secteur de la scène. Randy Brecker s'inscrit dans cette migration partielle vers les expériences estudiantines. Il fournit quelques exemples de collaborations probantes:

«J'ai vécu de belles expériences au département des études de jazz de l'Université North Texas. À l'Université DePaul, on a suggéré des arrangements très intéressants de mes pièces, qui ont été jouées par un ensemble sous la direction de Bob Lark. J'ai été très impressionné par les élèves d'écoles secondaires réunis au sein du Crescent Super Band dirigé par Caleb Chapman dans l'Utah. Tout récemment, j'ai joué avec le College Band de l'Université du Nebraska. Et me voici à l'Université de Montréal! Ron Di Lauro a pris contact avec moi de son propre chef, je le connais depuis plusieurs années. Je ne me souviens plus comment nous nous sommes rencontrés!»

«D'après ce que j'en sais, cet orchestre de l'Université de Montréal est de grande qualité.»

«Nous jouerons ensemble une dizaine de pièces de mon répertoire. Ce ne sera pas rétrospectif: il y en aura des vieilles, dont certaines de mon défunt frère, des nouvelles aussi.»

Émulation maximale

Randy Brecker a passé la semaine à la Faculté de musique de l'Université de Montréal; il y a donné des classes de maître avant le concert de ce soir avec le big band, auquel participera un aréopage de profs et de jazzmen réputés - le pianiste John Roney, le batteur Paul Brochu, le guitariste Michael Pucci et le saxophoniste Dany Roy. Avec de tels renforts, l'émulation sera maximale pour les étudiants.

«Le niveau des jeunes musiciens n'a jamais été aussi élevé qu'aujourd'hui, estime notre interviewé. Lorsque j'étais étudiant, je devais transcrire moi-même les performances de grands musiciens, je devais suivre des formations en privé. Aujourd'hui, on peut étudier le jazz jusqu'à huit années consécutives dans les collèges et universités. Si l'on s'en tient à l'éducation, on peut affirmer que la musique se porte très bien.»

Lorsque, cependant, le trompettiste ausculte les milieux de la scène et de l'enregistrement, le bilan de santé de la profession est tout autre.

«La vie économique des musiciens est très difficile. Depuis l'écroulement de l'industrie de l'enregistrement, les musiciens reconnus tendent à faire des choix plus conservateurs, car ils veulent être payés pour leur travail. La vente de musique ne cesse de chuter et les plateformes d'écoute en continu [streaming] ne rapportent que des broutilles. Composer n'est pas facile, cette pratique est très exigeante, il faut y consacrer beaucoup de temps.»

Paradoxe loin d'être résolu...

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