PJ Harvey enregistre un album devant public

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La chanteuse britannique PJ Harvey

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Edouard GUIHAIRE
Agence France-Presse
LONDRES

Au milieu d'une jungle de câbles audio et d'instruments de musique, sa voix coule comme un nectar: la chanteuse britannique PJ Harvey enregistre à Londres son neuvième album studio devant un public dont elle n'est séparée que par une mince vitre sans tain.

Casque sur les oreilles, la gracile rockeuse de 45 ans, sobre et élégante dans un ensemble pantalon-veste noir, est entourée de ses musiciens et de son producteur fétiche, Flood, une pointure du milieu qui a travaillé avec Nick Cave, Nine Inch Nails ou U2.

«Et un, deux, trois, quatre!», lance-t-elle au groupe avant d'entamer une énième variation d'un des titres de son futur album, le premier depuis Let England Shake (2011).

Pour les besoins de l'enregistrement en public, un studio a été spécialement aménagé à Somerset House, somptueux bâtiment néo-classique du centre de Londres et haut lieu de la culture, des arts et de la mode.

«Je cherchais un endroit pour enregistrer à Londres, mais je ne voulais pas d'un studio conventionnel», explique la chanteuse dans un entretien publié par Artangel, la compagnie de production artistique qui collabore sur ce projet baptisé Recording In Progress.

«Je voulais que cela se passe comme si nous [le groupe] étions exposés dans une galerie d'art», ajoute Polly Jean Harvey, double-lauréate du prestigieux prix Mercury pour ses albums Stories from the City, Stories from the Sea (2000) et Let England Shake.

Comme dans un musée

Par petits groupes de 40 personnes, le public est invité à descendre dans les sous-sols de Somerset House, dont les murs ont été parés de feuillets blancs sur lesquels la chanteuse a griffonné à l'encre noire les paroles des chansons de son nouvel album.

L'éphémère studio d'enregistrement est conçu comme un grand parallélépipède blanc parcouru de vitres sans tain derrière lesquelles se tiennent les spectateurs.

«Je voulais que la vitre des fenêtres soit faite de telle manière que le public puisse nous voir sans que l'inverse soit vrai. [...] J'aime bien l'idée de vitrine», dit PJ Harvey.

Depuis ce poste d'observation, le public, témoin privilégié du processus de création, découvre comment un groupe de rock peut donner vie à des chansons en les jouant et en les rejouant, inlassablement, comme s'il s'agissait de polir un diamant.

En chef d'orchestre, le producteur Flood distille les conseils et tâche de guider le travail des musiciens, entourés d'une myriade d'instruments en tous genres, allant de la guitare électrique au mélodica, croisement entre l'harmonica et le clavier acoustique.

«Cette version était vraiment bien», dit Flood, avant de demander, quelques minutes plus tard: «Essayons d'en faire encore une autre».

Le groupe s'exécute docilement, tandis qu'un peu à l'écart, un ingénieur du son, vêtu d'un chandail de l'équipe de soccer de Manchester United, travaille sur une table de mixage.

Le public, partie prenante

Sur une autre chanson, Ministry of Social Affairs, c'est PJ Harvey qui intervient pour demander à un des musiciens de modifier le phrasé d'une partie jouée au piano électrique.

«J'aime bien quand tu joues...», commence-t-elle avant de finir sa phrase non plus avec des mots mais avec des notes qu'elle chante. «Mais je n'aime pas les deux parties suivantes». Le musicien modifie alors la partie concernée et le travail se poursuit.

Il y a aussi ces éclats de rire entre les membres du groupe, ou ces petits couacs qui font partie du travail d'enregistrement, comme lorsqu'un des amplis refuse subitement de fonctionner.

Toujours concentrée, PJ Harvey enchaîne les prises, chante ou joue de la guitare électrique, du saxophone, devant un public qu'elle ne voit et n'entend pas, mais qui frissonne à chaque fois que sa voix puissante résonne dans la galerie.

«J'ai trouvé ça incroyable», dit Gigi Birch, une spectatrice de 22 ans, en quittant Somerset House. «Je suis moi-même musicienne et je pensais que ce serait un peu comme s'immiscer dans l'intimité de quelqu'un».

«Mais finalement, ajoute-t-elle, c'est un peu comme si on faisait partie de l'enregistrement».

Si les sessions publiques d'enregistrement s'achèveront à la mi-février, l'album ne devrait pas sortir avant début 2016.

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