Grand angle

Vers la «musique équitable»

Robert Charlebois et Luc Plamondon... (Photo archives La Presse)

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Robert Charlebois et Luc Plamondon

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Daniel Lemay
La Presse

Quand Robert Charlebois se produit en spectacle, tout le monde est payé. Le chanteur touche la part sur laquelle il s'est entendu avec son producteur, lequel vend le show à des diffuseurs qui, à leur tour, vendent des billets pour remplir leurs salles.

Indépendamment de l'achalandage, les musiciens et les techniciens sont rémunérés au taux négocié par leur syndicat; guichetiers et placiers - ils ne sont pas syndiqués partout - sont payés correctement, on l'espère; et les barmen arrondissent leurs fins de soirée avec les pourboires... en souhaitant toujours qu'il y ait un entracte.

Quand Marie-Mai - quadruple lauréate du Félix de l'interprète féminine de l'année - lance un nouveau CD, sa maison de disques et son distributeur peuvent suivre l'évolution des ventes à la minute près. Tant pour les CD «physiques» en magasins que pour les téléchargements sur internet. Marché contrôlé: tout le monde est payé.

Par les soins d'un organisme comme la SOCAN, le parolier Nelson Minville et le compositeur Marc Dupré touchent des droits d'auteur chaque fois que leur chanson Comme on attend le printemps tourne à la radio. Et ce hit de Jérôme Couture - l'interprète est toujours en avant - a assez tourné pour se retrouver dans la liste des cinq chansons les plus populaires de la dernière année, la semaine dernière au gala de la Société des auteurs et compositeurs du Canada.

Robert Charlebois et Luc Plamondon sont allés y chercher leur trophée pour la chanson Moi, Tarzan, toi, Jane, arrivée au statut de «Classique de la SOCAN» pour avoir tourné 25 000 fois à la radio depuis que le duo l'a composée pour la pièce de théâtre de Janette Bertrand en 1981.

«Moi, j'ai toujours gagné ma vie avec les shows», a lancé Robert Charlebois l'interprète, avant de laisser entendre que, dans le nouvel univers numérique, les affaires n'allaient pas si bien pour Robert Charlebois le compositeur. Ni pour Luc Plamondon le parolier, qui avait «quelques chiffres» à communiquer à l'assemblée.

Les plus vieux ont tout de suite pensé au gala de l'ADISQ de 1983 où le même Plamondon, flanqué du même Charlebois, avait vilipendé les producteurs qui s'opposaient à la refonte de la loi sur le droit d'auteur qui datait de 1924, sauf erreur. Les auteurs touchaient toujours 2 cents par album vendu et Plamondon et ses collègues trouvaient que ce n'était pas beaucoup... Disons que la charge a fait époque.

Qu'allait donc sortir Plamondon devant ses pairs de la SOCAN, dans ce gala «familial» non télévisé? Quelques chiffres. Les petits chiffres inscrits sur ses chèques de redevances annuelles tirées, a-t-on compris, de l'écoute de ses hits sur l'internet: 19$, 32$, 91$, cent et quelques pour des chansons comme Belle, Le monde est stone ou Ce soir on danse à Naziland.

Comme lui-même l'avait fait il y a 30 ans, les jeunes paroliers doivent se lancer à la défense de leurs droits, a dit en substance Luc Plamondon, toujours prêt au combat, même à 72 ans. L'environnement, toutefois, a changé. Dans les années 80, la bataille était circonscrite au territoire national: il s'agissait de faire entendre raison aux élus et aux fonctionnaires du gouvernement canadien. Aujourd'hui, la problématique concerne l'ensemble de la planète et le cadre juridique supranational court loin derrière les avancées technologiques.

«Dans un monde globalisant et numérisant, nous ne pouvons qu'inciter les sites de musique en ligne, desquels nous ne collectons pas de redevances, à mettre en vitrine les musiques locales, dira Geneviève Côté, chef des affaires du Québec à la SOCAN. Ainsi, nous apprécions grandement quand un service d'écoute en continu streaming] comme Spotify présente des listes de suggestions comme «De Québec à Montréal», ou «Café Montréal».»

Comme d'autres organismes, la SOCAN essaie de contribuer à l'élaboration du cadre juridique de la circulation de la musique dans un monde global. Au bénéfice de ses membres, bien sûr, et, par extension, de tous les créateurs: «Comme on pouvait le lire récemment dans votre journal, un producteur de télévision de Montréal peut décider d'acheter sa musique à Prague...»

Les créateurs ont beaucoup de chemin à faire pour faire reconnaître leurs droits dans ce marché éclaté, mais la campagne s'organise. Réuni en congrès à Nashville en octobre, le Conseil international des auteurs de musique, que préside le patron de la SOCAN, Éric Baptiste, a entériné l'Étude sur une rémunération équitable pour les créateurs de musique à l'ère du numérique. On y apprend entre autres que la répartition des droits aux titulaires souffre d'un déséquilibre certain: les maisons de disques touchent 96% des redevances, ce qui ne laisse que 4% aux auteurs et compositeurs et à leurs éditeurs. En valeur absolue, on parle ici de millièmes de dollar par écoute! Comme dirait l'autre, «ça en prend pas mal pour faire une piastre»...

Luc Plamondon - auteur de 30 Classiques de la SOCAN - a repris son bâton de pèlerin. Qui le suivra pour convaincre gouvernements, entreprises et utilisateurs de services de musique en ligne des bienfaits à terme de la «musique équitable».

Équitable comme le café que vous êtes peut-être en train de boire...

Une première

Pour son projet sur le métro de Montréal, la cinéaste Nadine Gomez a été choisie comme lauréate de la résidence Regard sur Montréal, première collaboration entre des institutions des trois ordres de gouvernement: le Conseil des arts de Montréal, la Société de développement des entreprises culturelles du Québec et l'Office national du film du Canada.

Doté de 75 000$, ce programme vise à «assurer une plus grande présence des professionnels en émergence issus de la diversité culturelle dans le domaine du cinéma et de la production télévisuelle».

Préféré à 26 autres propositions, le projet de Nadine Gomez, une ancienne de l'UQAM à qui l'on doit le docu Le Horse Palace, veut «revisiter les gestes, la mécanique et les dessous du métro», «révéler l'ampleur de son architecture, son acoustique singulière et sa vie grouillante».

Et ses trains bondés au milieu de la matinée... «2134, communiquez...»

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