Faire entendre «l'inouï»

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Walter Boudreau est l'un des 16 compositeurs québécois dont l'oeuvre est analysée dans La création musicale au Québec, lancé vendredi dernier.

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Daniel Lemay
La Presse

Le 15e OFF Jazz s'ouvre demain au Monument-National avec The Muted Note, une suite de chansons inspirées du jazz et de la poésie chantée européenne. Les pièces, écrites par Scott Thomson - le tromboniste dirige un quintette sur scène - sur des poèmes de P.K. Page, sont chantées par Susanna Wood qui a aussi chorégraphié les pièces qu'elle interprète avec trois autres danseurs.

Rencontre très moderne, à première vue, entre le jazz, la poésie et la danse. Mais qu'est-ce que la modernité? Déjà en 1961, dans cette Semaine internationale de la musique actuelle (SIMA) qu'il avait mise sur pied, le compositeur Pierre Mercure avait rassemblé des peintres, des sculpteurs et des danseurs pour ajouter chorégraphies et projections aux interprétations des oeuvres de John Cage, de Karlheinz Stockhausen et d'Edgar Varèse, notamment. Des créateurs qui, selon l'expression du philosophe Bernard Stiegler, voulaient «faire entendre l'inouï», lit-on dans La création musicale au Québec, lancé vendredi dernier.

Pierre Mercure - il a donné son nom à la salle du Centre Pierre-Péladeau où se produit la Société de musique contemporaine du Québec - est l'un des 16 compositeurs québécois dont une oeuvre est analysée dans ce livre publié aux Presses de l'Université de Montréal.

Les articles sont tirés de Circuit - Musiques contemporaines, «la seule revue francophone consacrée à la musique de création», fondée en 1990 par le musicologue Jean-Jacques Nattiez, qui signe l'article sur l'oeuvre (pour alto) Petite brève d'Isabelle Panneton, une compositrice très active dans son milieu.

Circuit est aujourd'hui dirigée par Jonathan Goldman qui a aussi assuré la direction de ce livre rassemblant 16 articles de «Cahier d'analyse», une rubrique de Circuit supervisée par le compositeur Jean Lesage, auteur ici du chapitre consacré à l'analyse de Siddharta de Claude Vivier. Walter Boudreau, un autre des 16 compositeurs du corpus, a dirigé l'Orchestre métropolitain du Grand Montréal dans la première interprétation de Siddharta, en 1987.

Dans son contenu analytique, «peu entravé par les contraintes du journalisme généraliste», La création musicale au Québec s'adresse bien sûr aux musiciens de formation et autres savants de la musique, mais nul besoin de connaître les principes de la dodécaphonie ou de lire la musique pour aller sur le site du Centre de musique canadienne pour écouter en ligne Géométrie sentimentale d'Ana Sokolovic, compositrice montréalaise d'origine serbe maintes fois primée, et qui veut que le public «croie à [ses] histoires».

Par ailleurs, le lecteur ouvert à l'histoire culturelle appréciera l'introduction où Jonathan Goldman explique la difficulté de la «périodisation» de la modernité musicale; en d'autres mots, où se situent les débuts de cette modernité: peu avant la Première Guerre avec Arnold Schoenberg ou juste après avec Stockhausen et Boulez? Et voici le modernisme «tardif» et la «deuxième modernité».

Qu'en est-il par ailleurs de la modernité musicale au Québec? Y avait-il «quelque chose» avant la Révolution tranquille, mère supposée de toutes les modernités d'ici?

En 1954, lit-on encore dans cet intéressant ouvrage, les jeunes compositeurs Gilles Tremblay, Serge Garant et François Morel, qui «voulaient changer les pratiques musicales figées de leur époque», ont organisé le premier concert de musique contemporaine de l'histoire du Québec. Au programme, des oeuvres de Boulez, Webern, Messiaen.

Cinq ans avant la mort de Duplessis, huit ans avant l'ouverture de la «Grande Salle» de la Place des Arts...

Le bas de laine

Une centaine de spectateurs ont assisté mercredi au concert un peu décevant de la chanteuse d'origine indienne Kiran Ahluwalia, beaucoup plus convaincante sur disque. Sono de voix lointaine, mouvements scéniques maladroits pour une artiste de son expérience, accordéon qui ne peut remplacer l'harmonium du CD. Ce premier spectacle de la tournée Sanata: Stillness a l'avantage de la perfectibilité...

En première partie, non annoncée par le producteur, nous avons entendu la jeune chanteuse et pianiste montréalaise Thanya Iyer qui fait dans le «folk jazz». Piano, violoncelle, contrebasse, batterie: du potentiel, mais il faut abandonner les inside jokes que les membres du quatuor sont les seuls à comprendre.

À un moment de la prestation, agréable au demeurant, le batteur, qui trouvait son son trop cru, a enlevé un de ses bas de laine - il en portait deux paires, les gris avec la bande rouge à la cheville - et l'a placé sur la mailloche de sa grosse caisse.

Drums d'automne.

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