Un musicien au camp de réfugiés palestiniens

Ayham al-Ahmad joue de l'accordéon.... (Photo: AFP)

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Ayham al-Ahmad joue de l'accordéon.

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Rana Moussaoui
Agence France-Presse
Beyrouth

Des notes s'échappant d'un piano au milieu des destructions, des voix chantant la faim et la souffrance: Ayham al-Ahmad insuffle avec sa petite troupe un peu d'humanité à Yarmouk, un camp dans le sud de Damas soumis à un siège sans merci.

Sa musique détonne avec la brutalité de la guerre qui ravage la Syrie depuis trois ans et rappelle un peu l'histoire de Wladyslaw Szpilman, pianiste polonais de la Seconde Guerre mondiale immortalisé dans le film de Roman Polanski.

«J'avais adoré ce film, que j'ai vu en 2007, mais jamais je n'ai pensé que j'allais incarner un personnage qui lui ressemble», affirme Ayham, contacté par l'AFP via internet.

Dans les photos qu'il poste sur Facebook, ce jeune homme brun de 26 ans apparait le visage émacié. Dans ce camp de réfugiés palestiniens, le plus grand de Syrie, assiégé par l'armée depuis un an, plus de 200 personnes sont mortes de privations, dont 128 de faim, selon des ONG.

«Je pesais 70 kilos avant le siège, aujourd'hui j'en fait 45», affirme Ayham, un féru de Haydn et de jazz oriental.

Des rebelles ont pris position dans le camp qui est bombardé et assiégé par les forces du régime. Quelque 150 000 Palestiniens et Syriens y vivaient, ils ne sont plus que 18 000 aujourd'hui.

Fin juin, une trêve conclue entre régime et rebelles et approuvée par les factions palestiniennes appuyant les deux bords a permis d'alléger partiellement le siège.

Sortir du désespoir

Les privations sont telles que le jeune pianiste a fait sortir il y a un mois sa femme et son fils de deux ans, atteints d'anémie sévère.

L'image d'Ayham et «la troupe des jeunes de Yarmouk» qu'il a créée en 2013 est l'un des rares rayons de soleil dans le camp. «C'était important de sortir du désespoir que nous vivions», assure-t-il. Quand il joue, il dit ressentir qu'il y a «encore du bien dans cette vie».

Pour son père, Ahmad al-Ahmad, 62 ans, un violoniste aveugle, «la musique est une langue universelle, un passeport pour parvenir à l'autre».

Cet admirateur de Bach comme des grands de la musique arabe est fier de son fils qui compose la musique pour des chansons écrites par des poètes amateurs dans le camp ou des réfugiés à l'étranger. Mais affaibli par la malnutrition, il a lui-même dû arrêter de jouer.

Dessiner un sourire

«Je veux dessiner un sourire sur le visage des enfants», assure Ayham qui a d'ailleurs créé les Bourgeons du Yarmouk, une chorale pour les tout-petits.

L'une des chansons, intitulée Frère, tu nous manques à Yarmouk et adressée aux exilés du camp, a fait un tabac sur les réseaux sociaux.

Elle résume en mots simples l'histoire de chaque déplacé et réfugié syrien, au nombre de neuf millions: «Vous vous êtes absentés pendant trop longtemps (...) toi qui est à Beyrouth, en Turquie, tu nous manques».

«Quand les enfants chantent, je sens qu'il y a encore de l'espoir», affirme Ayham, qui a fait ses études musicales à Damas.

Dans les rues aujourd'hui désertes du camp, les gens sont partagés.

«Certains me disent «les gens meurent et toi tu fais de la musique»», dit Ayham, qui rêve un jour de jouer dans un orchestre professionnel.

Mais pour d'autres, comme Abou Hamza, la troupe exprime la souffrance du camp. «En les entendant, on oublie un peu notre malheur», dit-il à l'AFP, joint également via internet.

«Je bois de la détresse le matin/ j'attends la mort le soir», affirme une chanson dédiée aux «martyrs de la faim».

Dans le conflit Ayham se veut non partisan: «Notre message, c'est «vivre sans balles»».

Son piano qu'il traîne de rue en rue avec ses amis a fait grincer les dents d'extrémistes qui étaient implantés dans le camp avant de s'en retirer récemment.

«Pour eux c'est «haram» (interdit par l'islam). Ils ont menacé de me casser les doigts», dit Ayham, affirmant qu'il «jouait tôt le matin quand ils dormaient».

Mêm si des chansons ont été composées récemment en solidarité avec Gaza, Yarmouk reste au coeur de sa musique qui mélange souvent le classique et le jazz: «Notre camp, assiégé par les canons, le monde entier t'a oublié».

Bien que séparé de sa famille, Ayham ne veut pas quitter le camp, rêvant de jours meilleurs. «De l'étranger, on m'écrit: «Quand tu joues, ça nous donne espoir de retour», s'enorgueillit-il.

Il y a quelques jours, son «statut» sur sa page Facebook résumait tout: «optimiste».

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