Monique Giroux: dans le corridor de la chanson

Le long corridor qui mène à la pièce... (Alain Roberge)

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Le long corridor qui mène à la pièce centrale de l'élégant condo de Monique Giroux doit contenir un millier de livres sur la chanson française, son histoire et ses vedettes.

Alain Roberge

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Daniel Lemay
La Presse

Monique Giroux insiste: elle ne collectionne pas les livres sur les chanteurs français et québécois mais elle en possède plus de 1000, classés par ordre alphabétique de sujet, d'Arletty à Zazie... Quelques jours avant le début des FrancoFolies de Montréal, elle nous en donne un petit aperçu.

Quand, en 2007, Marion Cotillard est venue présenter son film La Môme à Radio-Canada, l'équipe de Christiane Charette a demandé à Monique Giroux d'apporter quelques livres sur Édith Piaf: l'animatrice est arrivée en studio avec un chariot qui contenait 45 titres...

Elle en a autant sur Serge Gainsbourg, son «idole suprême», sur son ami Gilles Vigneault et sur Charles Aznavour, un autre ami dont le portrait décore un mur du séjour où elle a reçu La Presse, portrait dédicacé bien sûr: «À ma, notre Monique, incontournable sur tous les continents.» La dame en beurre grand...

En tout, le long corridor qui mène à la pièce centrale de l'élégant condo du Plateau doit contenir un millier de livres sur la chanson française, son histoire et ses vedettes. Du plancher jusqu'à portée de bras sous le haut plafond, les titres sont classés par ordre alphabétique de sujet - d'Arletty à Zazie - à la seule exception de certaines éditions de luxe dont le format exige un rayon à part. Un corridor de la chanson comme il en existe peu.

Des outils de travail

Certains exemplaires, on le voit, ont travaillé fort... «Mes livres sortent beaucoup», nous dira Monique Giroux qui annote, souligne, renvoie de façon systématique. «Je lis beaucoup de passages à l'antenne et je dois me retrouver parce que j'ai un minutage à respecter. Mes livres sont des outils de travail...» Dans la page de garde de la bio de Brel par Olivier Todd, un aphorisme du chanteur du Plat pays: «La culture est la mémoire des crétins qui n'ont rien inventé.» Faudra s'en souvenir.

Parisienne de coeur - elle arrivait de là-bas encore quand nous l'avons rencontrée - que le destin a fait naître au Canada, Monique Giroux reçoit tout ce qui sort en France sur la chanson, en exemplaire dédicacé souvent car elle connaît la plupart des auteurs, journalistes ou animateurs comme elle.

Dernier arrivage: Serge Reggiani - L'acteur de la chanson, une biographie écrite par Daniel Pantchenko, un ancien chanteur qui a aussi signé des bios d'Aznavour, de Jean Ferrat et d'Anne Sylvestre. Et Mme Giroux de citer Valérie Leroux, Laurent Balandier, l'ancien éditeur de musique de Gilbert Bécaud, Bertrand Dicale de France Inter, auteur de La chanson française pour les nuls et de trois livres sur Juliette Gréco, avec qui Monique Giroux s'est aussi liée.

«Je ne lis plus tout comme avant», admet Monique Giroux, qui ne s'intéresse pas qu'à la chanson mais aussi à la politique, aux problématiques identitaires et à la francophonie, un «espace» où son action de promotrice de la chanson française lui a valu les plus prestigieuses décorations. Ainsi s'il devait lui arriver une autre biographie de Tino Rossi, elle irait simplement trouver sa place dans les R: «Je sais tout ce que j'ai à savoir sur cet artiste.»

La fille d'Oka a commencé son impressionnante collection dans sa ville natale à 13 ans quand elle a acheté un livre de partitions et de repères biographiques de Diane Dufresne, publié aux Éditions de l'Aurore en 1976. Comment expliquer la pauvreté de l'édition québécoise en matière de chanson, pourtant le fer de lance culturel du pays?

«Les éditeurs sont frileux. À la fin des années 90, j'avais écrit un beau livre sur la chanson québécoise, un coffee table book auquel avaient collaboré Sylvain Cormier et Philippe Renaud. Il manquait 60 000$ pour aller scanner des documents chez Félix et compléter la recherche...» Mis à jour, l'ouvrage pourrait trouver une maison dans les prochains mois, selon l'auteure.

L'ancienne de CIBL hésite longuement quand on lui demande de citer les meilleurs ouvrages québécois sur la chanson. Elle commence avec Vigneault, «éditeur dans l'âme, qui aime les beaux caractères et les papiers fins», mais ce sont là, il nous semble, plus des recueils de poésie. Et les derniers calepins de Félix dont les meilleures biographies, par ailleurs, ont été écrites par des Français. L'autobiographie de «Loulou» Forestier aussi (parue aux Éditions La Presse), bien écrite, droit au but.

Un centre d'interprétation

Que manque-t-il au désir de possession de la collectionneuse? «Je ne suis pas une collectionneuse. Je me départis de beaucoup de livres et, franchement, il n'y a rien que je tienne à garder toute ma vie...» Belle collection pareil... et pour laquelle Monique Giroux cherche un lieu qui, en ajoutant les 56 boîtes de documents classés par artistes qu'elle conserve dans un entrepôt, pourrait constituer la base d'un centre d'interprétation de la chanson. Des pourparlers sont en cours avec le Musée de la civilisation de Québec.

Entre-temps, Monique Giroux part vendredi pour la Suisse où elle agira comme présentatrice au 10e Festival Pully-Lavaux à l'heure du Québec, sur le bord du lac Léman, où elle fera aussi des animations à la Radio suisse romande. À son retour, les FrancoFolies seront déjà en cours: elle y animera en direct son Chants libres à Monique du dimanche 15 - avec Renée Martel et Vincent Vallières, entre autres - avant de présenter un DJ set au 5 à 7 du Bistro SAQ.

Déjà en vacances, ses collègues radio-canadiens de l'émission À la semaine prochaine vont manquer tout ça. Tant pis pour eux autres!




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