Émile Proulx-Cloutier: le premier de classe

Émile Proulx-Cloutier a tous les talents. On le sait tous et, pourtant, le jeune trentenaire nous étonne par son métier et son charisme dès l'instant où il s'installe au piano sur la scène de l'Outremont.

Proulx-Cloutier est ce premier de classe dont il se moque gentiment dans une sympathique complainte inédite, au carrefour du monologue et de la chanson. Comme les surdoués, il a parfois tendance à faire l'étalage de ses dons, mais ce qui peut agacer sur son disque - qui va dans toutes les directions musicales que lui suggèrent ses personnages - est vite oublié sur scène.

Une présence imposante

L'artiste en impose tellement par sa présence que les comparaisons ne tiennent plus avec les Colocs, Loco Locass, Flynn et autres Desjardins de ce monde, auxquels on pourrait ajouter l'Irlandais Gavin Friday chantant Brel ou même le Tom Waits qui foulait les planches de l'Outremont il y a un quart de siècle.

Sur scène, lieu par excellence de la théâtralité, tout se tient. Émile Proulx-Cloutier y est drôle, brillant, fantaisiste, intense, survolté. Un premier de classe, certes, mais qui serait également le petit tannant hyperactif du groupe. Quand il quitte son piano pour se planter devant le micro, ses bras s'agitent comme s'ils peinaient à suivre le débit hallucinant des mots qui se bousculent hors de sa bouche.

Une belle équipe

Proulx-Cloutier n'a pas autour de lui la tribu de musiciens de son album, mais rien n'y paraît grâce à la polyvalence du contrebassiste Mathieu Désy, à l'archet indispensable, du batteur Pascal Racine-Venne et l'appui ponctuel de l'homme à tout faire Benoît Rocheleau. Leur apport fait oublier les occasionnelles bandes enregistrées. Tout au plus le piano qui joue tout seul pendant Madame Alice provoque-t-il un sourire pendant que le chanteur tâte de l'accordéon.

Les bonnes idées ne manquent pas, du pastiche de la yéyé franchouillarde d'une autre époque (Nana) à l'apparition des six choristes dont les voix s'envolent pendant la finale des Cités grises, LE moment musical de la soirée, à la hauteur des ambitions de cette chanson.

Mais c'est dans les chansons moins fulgurantes et plus directes comme Aimer les monstres et la toute brève Mayday qu'Émile Proulx-Cloutier parvient véritablement à toucher. Jeudi, le grand coup d'émotion, on l'a tous ressenti quand il a emprunté à Pauline Julien sa Mommy, «un mélange de science-fiction et de cri d'alarme» devenu Maman dans son adaptation inspirée sur le thème de l'assimilation de la communauté algonquine de l'Abitibi.

Longue vie

Émile Proulx-Cloutier remet ça ce soir au même Outremont. Ceux qui croient tout connaître de lui en ressortiront avec la conviction d'avoir fait une découverte. Les autres pourront sûrement se rattraper tellement ce spectacle unique est promis à une longue vie.




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