L'interprétation à la fois énergique et tout en nuances de La mer de Debussy et de la Symphonie pastorale de Beethoven a séduit les quelque 2000 spectateurs recueillis dans la salle quasi centenaire du Usher Hall. Les critiques autour de nous ont vanté eux aussi la personnalité, le souffle et la couleur de l'orchestre montréalais et de son maestro Kent Nagano, dont la musique enveloppait littéralement musiciens et spectateurs.
«Nous adorons votre salle de concert et nous espérons que notre nouvelle salle aura une aussi belle sonorité», a d'ailleurs dit Nagano lors d'un cocktail d'après-concert auquel participait une importante délégation montréalaise.
Mais le clou de la soirée, ce dont tout le monde parlait au terme de ce concert de plus de deux heures, c'est le Water Concerto du compositeur d'origine chinoise Tan Dun, à qui l'on doit la musique du film Tigre et Dragon.
Ce concerto vraiment pas comme les autres, commandé par le New York Philharmonic il y a une dizaine d'années, met en vedette la percussionniste chinoise Wang Beibei, repérée par un collaborateur de Nagano à l'Exposition universelle de Shanghai l'an dernier. Depuis, la jeune femme, qui se consacre depuis quelques années à l'oeuvre de Tan Dun, s'est établie à Londres où elle vit avec sa mère, qui ne parle pas un mot d'anglais, mais sourit tout le temps.
Résumons. Wang Beibei s'amène de l'arrière de la salle en dansant et en caressant avec un archet un waterphone, instrument semblable à une cage à oiseaux métallique. Elle monte sur scène et s'installe devant deux grand bols d'eau transparents qui seront ses instruments de travail pendant environ une demi-heure.
Appuyée par deux percussionnistes de l'OSM, Serge Desgagnés et Andre Dunsmore, qui ont chacun un bol d'eau semblable devant eux, elle immerge des objets dans l'eau - un tube, des verres, un gong - et y plonge les mains qui remuent le liquide en faisant des gestes tantôt doux, tantôt saccadés. Quitte à asperger d'eau les spectateurs au pied de la scène.
Les musiciens de l'orchestre et le maestro l'observent attentivement, puis l'accompagnent en produisant des sons insolites avec des violoncelles, des violons, des timbales, une harpe ou un gazou. Un spectateur éclate de rire, amusé par cette démonstration qui tient tout autant du spectacle visuel que du concert. À la fin, l'orchestre s'emballe et Wang Beibei soulève un gros tamis rempli d'eau jusqu'à ce que s'en écoule la dernière goutte captée par les micros tout autour de ses bols.
Mon voisin critique n'a pas aimé; il considère Tan Dun comme un compositeur à la mode dont l'apport relève plus du concept que de la création musicale. On a bien entendu des huées çà et là, mais l'ensemble des spectateurs, qui a écouté l'oeuvre dans le silence malgré son côté longuet, a réservé des applaudissements nourris à la soliste, qui est revenue saluer deux fois.
Un public chaleureux
Après l'entracte, deux spectateurs de la première rangée ont ouvert un grand parapluie, une pratique récurrente après le Water Concerto, nous a dit plus tard en riant la percussionniste chinoise. La salle les a applaudis et les musiciens de l'OSM ont pouffé de rire. Lors du cocktail, Nagano a renchéri: «Je suis particulièrement impressionné par les spectateurs de la première rangée : les Écossais sont de bons improvisateurs!» La pratique de la musique symphonique n'interdit surtout pas d'avoir le sens de l'humour.
Le chef de l'OSM a également remercié son orchestre - «vous avez joué magnifiquement ce soir» - et il a dit combien il était flatté d'être invité au Festival d'Édimbourg, qui, malgré la prolifération des festivals au cours des dernières années, a réussi à conserver une personnalité forte et distincte. Il a aussi vanté ce public chaleureux parmi lequel il comptait des admirateurs, dont un monsieur qui nous a confié avoir applaudi le chef plusieurs fois à la barre de l'orchestre Hallé, à Manchester, dans les années 90.
Pour les remercier tous, l'OSM a donné deux rappels : un extrait de Rosamunde de Schubert et La farandole, tirée de L'Arlésienne de Bizet.
Kent Nagano en était à sa deuxième visite à Édimbourg où il a dirigé l'Orchestre des jeunes d'Oakland il y a 30 ans, dans le cadre de l'autre grand festival de la ville, le Fringe. L'OSM en était lui aussi à sa première participation au Festival d'Édimbourg, mais la contrebassiste Lindsey Meagher se souvient d'avoir joué au Usher Hall lors de la tournée de 1976 de l'orchestre alors dirigé par Rafael Frühbeck de Burgos.
Cette visite s'est poursuivie par un autre concert au Usher Hall hier soir et un concert de musique de chambre au Queen's Hall ce matin. Kent Nagano quittera Édimbourg avec sa famille cet après-midi et retrouvera l'OSM à Montréal à quelques jours du premier concert dans la nouvelle salle, le 7 septembre.