Die Antwoord, ambassadeurs du zef

Le groupe sud-africain Die Antwoord s'est fait connaître... (Photo: fournie par la production)

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Le groupe sud-africain Die Antwoord s'est fait connaître en affichant un look provocateur.

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Philippe Renaud
La Presse

En l'espace de quelques heures, le 1er février dernier, le trio rap-rave sud-africain Die Antwoord est passé de l'anonymat à la célébrité grâce à l'influent blogue BoingBoing.net, qui portait à l'attention de son lectorat deux clips déroutants du groupe. Neuf mois plus tard, Die Antwoord, recruté par l'étiquette Interscope, lance officiellement son premier album et revient à Montréal. Entrevue avec le leader Ninja, joint sur son continent.

Il s'agit de l'ascension musicale la plus fulgurante de l'ère post-MySpace. Un phénomène viral misant sur un look provocateur et des beats puissants. Un phénomène propulsé par quelques chansons assez accrocheuses (Enter the Ninja, Fish Paste, Wat Kyk Jy?) et, surtout, par des vidéoclips hallucinés. Un triomphe de l'image sur le fond, du contenant sur le contenu.

Die Antwoord rappe en afrikaans et en anglais - quoique, pour l'oreille non avisée, ça pourrait aussi bien être du sanskrit - sur des rythmiques synthétiques amphétaminées. Le seul mot que l'on distingue clairement, c'est fuck (ou fokk, comme ils l'écrivent), lexie de base du vocabulaire de Ninja, qui en abuse jusqu'en entrevue, comme dans cette lumineuse réplique: «Lorsque tous ces gens ont envahi notre page YouTube, on s'est dit: fokken wooo... Et après? Hum... On commence seulement à s'habituer à la popularité.»

Il y a de l'écho sur la ligne transatlantique qui relie Montréal à Cape Town, où l'on attrape Ninja (Watkin Jones, pour l'état civil), exténué par la fin du montage du clip qu'il a tourné pour la chanson Evil Boy, où l'on reconnaît le producteur Diplo avec sa belle coiffure style Vanilla Ice. Récemment mis en ligne, il s'agit d'une affaire plutôt provoc et perverse mais habilement réalisée, à la direction photo soignée - la signature stylistique du réalisateur Ninja.

«Étrangement, nos vies n'ont pas été si transformées que ça par le succès, ajoute le rappeur. On continue de faire ce qu'on a toujours fait.» Avant Die Antwoord, fondé fin 2008, Ninja et Yo-Landi avaient d'autres noms de scène pour des projets musico-conceptuels similaires (Max Normal, The Original Evegreen). «Le seul truc qui a changé, c'est qu'on doit voyager.»

Une culture redneck

Ces trois inconnus, le grand maigrichon mal tatoué Ninja, la nymphette trash à la voix perçante Yo-Landi Vi$$er (qui fut pressentie pour le rôle de Lisbeth Salander dans la version américaine de Millénium!) et le discret beatmaker DJ Hi-Tek (à ne pas confondre avec l'autre, américain), ont accédé à la notoriété en présentant une image dynamique mais déchue de la classe moyenne ou moyennement défavorisée des banlieues sud-africaines. «Nous ne sommes pas les premiers à revendiquer la culture zef, mais nous en sommes les plus importants représentants!» assume Ninja.

La culture zef? On en a même créé une définition sur Wikipédia, tellement détaillée qu'elle en est suspecte (ça sent l'opération marketing). Une chose est sûre: le caractère redneck de cet épithète de la culture populiste des banlieues sud-africaines ne fait pas de doute.

Tout de même, la «zefitude» semble fédérer de nouveaux rappeurs et beatmakers du coin, signe que l'Afrique du Sud recèle une scène électro et rap émergente et dangereusement excitante.

«Ça, je n'en sais rien, balance Ninja. Je ne connais personne de cette scène. Par contre, je suis un fan de Scallywag et de Jack Parow, deux bons rappeurs, des amis. En réalité, la scène musicale chez nous est désorganisée. Mais le désordre peut parfois accoucher de talent et de bonnes idées.»

Caricature peu flatteuse

Quatre mois après la grande fête du foot, Die Antwoord projette, par ses thèmes, son slang et ses vidéos, une tout autre image de la culture sud-africaine. Il s'agit sûrement d'une caricature, néanmoins peu flatteuse, d'une partie de la classe moyenne.

«Pourquoi je me soucierais de l'image qu'on projette?» dégoupille Ninja. Hum... parce que Die Antwoord est le phénomène pop musical sud-africain le plus important depuis Johnny Clegg il y a 25 ans? «Ouais, c'est cool. Die Antwoord, c'est fokken fresh, dude! On regarde vers le fokken future, on repousse les limites, on fait des trucs qui n'ont jamais été faits avant! On enregistre toujours de nouvelles chansons. Là, on vient de terminer un clip et on en tourne un autre la semaine prochaine. Puis, il y a le projet de long métrage, The Answer, que je vais tourner l'an prochain, après la fokken tournée...»

On espère qu'ils ont eu la décence d'envoyer une bonne bouteille de champagne aux bureaux de BoingBoing.net pour faveurs obtenues... «C'est vrai que le petit lien qu'ils ont mis sur leur site nous a aidés, concède Ninja. Nous n'avons pas envoyé de champagne, mais nous sommes devenus amis avec Xeni (Jardin, une des collaboratrices). La prochaine fois qu'on se verra, elle a promis de nous emmener dans un vol en apesanteur!»

Fokken cool!

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DIE ANTWOORD, ce soir au Métropolis.




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