Haïti: Michel Martelly, président chantant?

Selon Michel Martelly, la dévastation d'Haïti ne date... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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Selon Michel Martelly, la dévastation d'Haïti ne date pas de janvier 2010 «Haïti n'a pas été détruit par le tremblement de terre, mais par les politiciens qui n'ont rien fait pendant toutes ces années.»

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Même avant que le chanteur Michel Martelly ne soit candidat à la présidence d'Haïti, les Haïtiens l'appelaient «président». Son nom de scène avait beau être Sweet Micky, c'est «président» qui venait aux lèvres de ses fans. Avec la campagne électorale haïtienne qui débute officiellement demain et des sondages qui le placent en troisième position dans la faveur populaire, Michel Martelly sera peut-être le premier président chantant d'Haïti.

Sur scène pendant plus de 20 ans, Michel Martelly a été le roi du kompas, musique dansante et joyeuse, dérivée du merengue. Il portait des camisoles et des chemises fleuries qu'il envoyait valser parfois en même temps que son pantalon. Mais à Montréal, où il était de passage la semaine dernière pour promouvoir sa candidature auprès de la diaspora haïtienne, c'est une tout autre image qu'il a présentée. Complet marine à la coupe impeccable, chemise d'un blanc aveuglant et si puissamment amidonnée qu'on pourrait l'entendre craquer, Michel Martelly, 49 ans, est désormais en mode présidentiel. Il se lève pour m'accueillir au milieu de la cafétéria de Radio-Canada. Grande figure mince de plus de six pieds, montre en or, main aussi douce que la patte d'un chat, crâne lisse, voix onctueuse, plus une trace de Sweet Micky ne subsiste.

Michel Martelly a peut-être déjà été un chanteur iconoclaste et provocant, mais le politicien, lui, est plutôt conservateur tendance néolibérale, proche des militaires et très law and order.

Il avoue qu'à 15 ans, il avait sa carte de tonton macoute pour ne pas être arrêté, ce qui ne l'a pas empêché d'être arrêté malgré tout. Fils d'un employé des pétrolières, il a frôlé la délinquance, avant de trouver sa voie en musique et de devenir riche et adulé. Aujourd'hui, il se déclare proche des petites gens même s'il vit dans les beaux quartiers, possède un pied-à-terre en Floride et n'a aucun souci d'argent.

À la table où nous prenons place, Michel Martelly affirme qu'avant de se lancer en politique il y a à peine deux mois, il était impliqué depuis 17 ans dans des oeuvres sociales, et plus récemment avec Sophia, sa femme et imprésario, par le biais de la Fondation rose et blanc créée en 2008 pour venir en aide aux plus démunis d'Haïti. Au départ, il devait se présenter en tandem avec le chanteur Wyclef Jean. «Des gens de la diaspora haïtienne à New York m'ont approché en juillet. Il était question que Wyclef et moi fassions équipe. Mais quand j'ai vu que Wyclef se lançait seul, je me suis présenté de mon côté sous la bannière de Repons Peyizan.» On connaît la suite: la candidature de Wyclef a été rejetée, celle de Sweet Mickey, acceptée. «Le problème de Wyclef, c'est qu'il n'a pas grandi à Haïti et qu'il ne parle pas la langue. Pour le reste, il aime autant son pays que moi. Et c'est faux de prétendre, comme l'a fait Sean Penn, que Wyclef n'a rien fait pour son pays. Les photos de Wyclef qui ramasse des morts après le tremblement, je les ai vues. Je n'aurais jamais eu ce courage-là.»

Michel Martelly était à Miami le jour du séisme. Il achetait des objets pour le char allégorique de Sweet Micky, un des incontournables du carnaval haïtien. Il s'est dépêché de rentrer au pays rejoindre sa femme et leurs quatre enfants. Mais selon lui, la dévastation du pays ne date pas de janvier 2010 «Haïti n'a pas été détruit par le tremblement de terre, mais par les politiciens qui n'ont rien fait pendant toutes ces années. S'il y avait tant de morts sous les décombres, c'est d'abord parce qu'il n'y a jamais eu de normes dans la construction. Port-au-Prince a toujours été une ville construite sur le sable. Reste qu'avant de parler de reconstruction, on devrait parler de décentralisation. On devrait aussi parler d'emplois, de réforme de la police et de la relève des ONG. Ce n'est pas normal que la Minustah soit installée à vie chez nous. Qu'ils nous aident à préparer une relève et qu'ils viennent chez nous comme investisseurs ou comme touristes. Pas comme gestionnaires de notre misère!»

Inertie

À mesure qu'il parle, Martelly s'enflamme, charge à fond de train contre l'inertie de l'État haïtien, contre la mentalité autodestructrice de son peuple et accuse l'ex-président Aristide de tous les maux de la terre.

«On m'a dit que j'avais eu tort de m'opposer au retour d'Aristide, mais quand il a été foutu à la porte par les Américains, qui avait tort? Ce monsieur a semé la confusion et a divisé les familles. À cause de lui, mon cousin Richard Morse et moi sommes devenus des ennemis. Pendant 20 ans, on a travaillé dans des mouvements opposés et ça n'a rien donné de positif ni de son côté ni du mien. On a réalisé qu'on avait tous les deux fait un mauvais calcul et qu'il était temps de s'unir.»

Il y a deux mois, en annonçant sa candidature, Martelly aimait dire que c'est le changement qui l'intéressait plus que le poste de président. Deux mois plus tard, le candidat de Repons Peyizan, qui parle parfois de lui-même à la troisième personne, se voit comme un guide qui va inspirer le peuple haïtien et le remettre sur le droit chemin. «J'ai réuni mon peuple autour de la musique. Maintenant, je veux le réunir autour du drapeau d'Haïti», dit Martelly avec une ferveur messianique qui n'est pas sans rappeler celle... d'Aristide.

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