Misteur Valaire: modèle d'affaires

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Le gérant de Misteur Valaire Guillaume Déziel est... (Photo: David Boily, La Presse)

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Le gérant de Misteur Valaire Guillaume Déziel est un pionnier québécois au chapitre de la musique indépendante évoluant dans un environnement numérique.

Photo: David Boily, La Presse

Alain Brunet
La Presse

À l'instar d'In Rainbows, fameux album de Radiohead paru en 2007, l'album Golden Bombay, troisième de Misteur Valaire, est offert en téléchargement légal à prix aléatoire. À une échelle beaucoup plus modeste, il va sans dire, les fans du groupe local peuvent débourser ce que bon leur semble afin de se le procurer en ligne.

Quelques mois après le lancement de cette opération (le 18 mai dernier), quels sont les premiers résultats?

Si Radiohead n'a jamais voulu dévoiler ses bénéfices, Misteur Valaire accepte de le faire, question de nous faire une tête sur ce type d'opération au sein d'un petit marché comme le nôtre. Ainsi, le 15 septembre dernier, 68,70% des 6293 fans ayant répondu à l'offre depuis la mise en ligne de Golden Bombay (au printemps) n'avaient pas déboursé un seul cent alors que 31,30% avaient consenti à payer pour une moyenne de 7,15$ par album téléchargé. Ce qui donne néanmoins une moyenne de 2,24$ par fan-téléchargeur.

Parallèlement à cette opération, Mister Valaire a vendu 4849 exemplaires physiques de Golden Bombay dans les magasins de disques alors que les sites légaux de téléchargement en ligne ont vendu 1124 exemplaires de l'album, ce qui totalise 5973 exemplaires.

En somme, 5973 fans se sont procuré l'album par la formule «payez ce que vous désirez», pendant que 6293 fans l'ont acheté par les voies officielles - magasins de disques et sites de téléchargement légal, à commencer par iTunes.

«Pour chaque téléchargement pay what you want de Golden Bombay, il se produit presque une vente chez les détaillants», conclut Guillaume Déziel, l'imprésario de Misteur Valaire et stratège de cette mise en marché.

Guillaume est le frère de France (François-Simon Déziel), bassiste de Misteur Valaire. Originaire de Sherbrooke comme son frangin et tous les musiciens de ce groupe montréalais désormais connu à l'échelle nationale, Guillaume doit être considéré comme un pionnier québécois au chapitre de la musique indépendante évoluant dans un environnement numérique.

Pour 2010, indique en outre l'agent, les revenus prévisionnels de Misteur Valaire seront les suivants: 29% proviendront des ventes de musique enregistrée, 7% des droits de synchro (publicité, films, jeux), alors que les revenus de diffusion (SOCAN), qui représenteront à peine 1% en 2010, augmenteront considérablement en 2011 grâce à la chanson Ave Mucho qui tourne régulièrement à la radio. Par ailleurs, l'argent public (subventions) comptera pour 24% des revenus de Misteur Valaire cette année, alors que 13% de la tarte sera générée par la commandite privée, sans compter 7% provenant des éditions et 19% des revenus des spectacles.

Chose certaine, le laboratoire dans lequel Misteur Valaire évolue n'a pas encore généré de solution permanente. Loin de là.

Guillaume Déziel en convient: «Nous vivons une époque qui exige des jeunes entrepreneurs qu'ils prennent les moyens du bord. Si tu trouves important de lancer un artiste que tu trouves talentueux, tu dois te débrouiller.»

Au chapitre de la débrouillardise, il faut dire que le jeune homme avait acquis une expertise dans le domaine de la musique en ligne avant de prendre Misteur Valaire sous son aile. Musicien de formation comme son frère, il fut de l'aventure eworldmusic.com (pionnier des sites québécois de vente en ligne, désormais fermé), puis parmi les gestionnaires du site Poste d'écoute, une démarche qui l'a mené à suivre quelques formations d'appoint en marketing et en droit des affaires. «J'ai fait mon petit bonhomme de chemin, j'ai navigué à travers les icebergs et j'en suis là», résume-t-il humblement.

«Le modèle d'affaires de Misteur Valaire, prévient en outre l'imprésario, convient à ce groupe et pourrait être différent pour d'autres. En proposant à nos fans de payer ce qu'ils veulent bien payer, on rejoint tout ce marché qui accepte de nous fournir leur courriel (hormis leur adresse IP) en échange de la musique plutôt que de la pirater sur LimeWire. Cette information, c'est de l'or pour nous.

«Cette information nous sert à maintenir une conversation avec nos fans. En fait, j'estime que cette banque de données (près de 25 000 adresses récoltées jusqu'à ce jour) a plus de valeur pour nous que l'argent récolté avec nos ventes en ligne. Pour le moment, donc, notre musique enregistrée demeure un produit d'appel. Une expérience préliminaire. L'expérience ultime? C'est le spectacle.»

La prochaine expérience ultime à vivre avec Misteur Valaire, d'ailleurs, est prévue le 20 octobre au Métropolis. Le groupe reviendra alors d'une tournée en France.

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