Alexandre Taillefer: Voir loin

Marc Labrèche voulait rencontrer Alexandre Taillefer pour mieux... (Photo André Pichette, archives La Presse)

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Marc Labrèche voulait rencontrer Alexandre Taillefer pour mieux comprendre les raisons pour lesquelles celui-ci a fait l'acquisition de la publication culturelle Voir. 

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Marc Labrèche souhaitait rencontrer l'homme d'affaires Alexandre Taillefer, qui a fait une incursion dans le monde des médias en achetant Voir l'an dernier. Discussion sur l'état de la presse écrite.

Marc Labrèche: Pourquoi as-tu acheté Voir?

Alexandre Taillefer: J'ai toujours tripé sur Voir. Quand j'ai lancé ma première compagnie, une disco mobile, je l'ai annoncé dans les petites annonces de Voir. À l'époque, on l'attendait toujours avec beaucoup d'anticipation. À un moment donné, cette espèce de magie-là a un peu disparu... On a fait un pari avec l'équipe - qui est restée - de miser sur la qualité avec un nouveau format. Après un an, on peut dire qu'on a relevé le défi. On a 0 % de retour de magazines et la couverture est redevenue un élément que les gens attendent.

ML : C'est payant? C'est un bon investissement? Tout le monde dit que la presse écrite est en crise...

AT: Je ne ferai jamais une fortune avec Voir. Je le fais aujourd'hui pour des valeurs personnelles. Je pense qu'on est capables d'avoir un certain succès avec ça et on est capables d'utiliser le Voir pour faire la promotion de la culture. Ça fonctionne assez bien - entre autres grâce à la boutique Voir qui est un mode de financement - qu'on pense être capables de faire des acquisitions d'autres médias. Or, quand des magazines se lient ensemble, ils deviennent de plus en plus pertinents pour les annonceurs. Actuellement, nos annonceurs sont locaux. Les annonceurs nationaux ont disparu du paysage. Les médias sont en train de se faire manger la laine sur le dos par Facebook et Google. On est vraiment une gang de morons! Ils achètent nos espaces médias qu'ils nous revendent à 5 cents dans la piasse par rapport à ce qu'on obtiendrait si on les vendait directement. Ça, c'est une stratégie d'étranglement du média local qui n'est pas propre au Québec mais qui est drôlement dommageable pour le Québec.

ML : Peut-on faire quelque chose contre ça?

AT: À Voir, on a mis Google et Facebook dehors: il n'y a plus de contenus de Voir sur ces plateformes. Et on est en train de convaincre la majorité des joueurs dans les médias de faire la même chose. C'est important de dire à ces géants: «Vous n'allez pas nous revendre des relations qu'on a entretenues avec nos lecteurs depuis 25 ans! Vous n'allez pas tirer profit de notre réputation et de notre lectorat en nous revendant de la publicité 5 cents dans la piasse!» Si on le fait collectivement, ces géants n'auront plus la capacité de rejoindre les Québécois. C'est important, car, pour l'instant, on est un serpent qui se mord la queue.

ML: Oui, mais c'est la même chose en culture. Il faut savoir s'adapter à la situation. Le monde de l'information ne devrait-il pas s'adapter lui aussi?

AT: Le Devoir, La Presse, etc. représentent le quatrième pouvoir. Or, ce que les Google et Facebook sont en train de faire, c'est d'appauvrir les médias locaux à un point tel que si ça continue, il n'y aura plus de quatrième pouvoir. Je pense que c'est un énorme enjeu dans notre société, on est en train de s'abrutir. [...] Le déplacement des contenus vers les plateformes numériques comme le téléphone mobile a eu un impact sur le format et la profondeur. Les médias sont malheureusement en train de perdre en qualité. Il faut parier sur la qualité et l'intelligence du lectorat, mais, malheureusement, plusieurs personnes ont décidé de ne pas le faire.

ML: Tu ne crois pas qu'il va y avoir un retour du balancier?

AT: Je pense qu'il va y avoir un mouvement de recul, oui, mais ça va prendre une stratégie. L'État doit maintenir en vie les médias. Je suis pour l'intervention de l'État et quand tu regardes l'argent que ça nécessite pour y arriver, c'est moins que ce qu'on met dans la Formule 1! On parle du quatrième pouvoir d'une société, qui va nous permettre d'évoluer, de maintenir en vie notre identité culturelle et politique. Il me semble que c'est un «no brainer» d'intervenir par rapport à ça.

ML: Parle-moi de ton rôle de chroniqueur dans les pages de Voir...

AT: Je parle d'un point de vue citoyen et j'essaie d'aborder des sujets qui ne sont pas simples. C'est très compliqué d'écrire une chronique. Je ne suis pas capable d'écrire ça en 35 minutes. Ça peut me prendre jusqu'à 20 heures de réflexion sur un sujet et il se peut que je scrappe tout à la dernière minute. Écrire une chronique une fois par mois, ce n'est pas suffisant pour creuser tous les volets d'une question, mais c'est mieux qu'une clip dans le journal ou à la télé. Je pourrais rester assis dans mon fauteuil, mais je me dis que si je veux changer la société, je peux militer et écrire.

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