Youtubeurs: offensive québécoise

Gabrielle Madé et Micho Marquis-Rose du studio Le... (Photo André Pichette, La Presse)

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Gabrielle Madé et Micho Marquis-Rose du studio Le Slingshot, une division d'Attraction Images, travaillent quotidiennement avec 15 youtubeurs qui rejoignent ensemble 2,7 millions de personnes.

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Ils produisent du contenu vidéo sur le web, s'associent avec les marques les plus lucratives, génèrent des millions de clics et divertissent des communautés en forte croissance. Si vous êtes attiré par leur style narcissiquement authentique, vous appartenez probablement aux générations Y ou Z. Bienvenue chez les youtubeurs.

Alors que les diffuseurs se creusent la tête pour rajeunir leur public, de jeunes youtubeurs rassemblent des milliers de fidèles grâce à leur personnalité et à leur authenticité. Une popularité qui ne passe pas inaperçue.

Dans les bureaux du studio Le Slingshot, avenue De Gaspé, Micho Marquis-Rose et Gabrielle Madé travaillent quotidiennement avec 15 youtubeurs qui rejoignent ensemble 2,7 millions de personnes. À titre d'agent et de producteur, cette division d'Attraction Images (un important producteur télévisuel au Québec) s'est donné pour mission d'aider le Québec à rattraper son retard sur ce terrain numérique.

«On voit que les plus jeunes, ceux de la génération Y et Z, s'assoient moins devant la télévision. Il y a un désintérêt envers ce médium ou plutôt une transformation des habitudes d'écoute», note M. Marquis-Rose, directeur stratégie, développement et production numérique chez Attraction Images.

«Avec les youtubeurs, ce sont de vraies personnes qui vivent leur vraie vie et qui racontent ça à leurs abonnés, qui se reconnaissent énormément là-dedans», poursuit Gabrielle Madé, directrice du studio Le Slingshot.

Quelques kilomètres plus au sud, rue Sherbrooke, le directeur du studio Goji, Élie Prudhomme, abonde dans le même sens. À la tête d'une organisation similaire appartenant à Québecor Groupe Média, il travaille avec 16 créateurs dont les contenus vidéo sont diffusés sur YouTube principalement, mais aussi sur d'autres réseaux sociaux.

«Ces youtubeurs sont les idoles des plus jeunes. Ils ont une influence importante qui passe surtout par l'authenticité de leur produit et de leur message. Ils n'ont pas de masque, c'est-à-dire qu'ils se livrent en étant eux-mêmes», explique-t-il.

Un public captif

Avec une simple caméra, un décor qui se résume bien souvent à une chambre à coucher, un salon ou une cuisine, les youtubeurs enchaînent les capsules en racontant leur quotidien, en faisant quelques blagues, en donnant leurs trucs beauté ou en expliquant certaines ruses d'un jeu vidéo.

YouTube, qui existe depuis à peine 11 ans, verse des redevances publicitaires à certains. Mais ce qui fait le pain et le beurre de ces stars du web est davantage le marketing de contenu, ce qui se produit lorsqu'une entreprise s'associe à une personnalité pour commanditer le contenu de ses capsules, plutôt que de simplement afficher sa marque en ouverture des vidéos.

«Ces créateurs [intéressent les marques] parce qu'ils arrivent avec un auditoire. Leur public est captif: quand une vidéo est publiée, il la reçoit assurément», précise Micho Marquis-Rose.

«Les meilleurs contenus sur YouTube sont ceux qui s'échelonnent dans le temps. Cette plateforme n'est pas bonne pour faire de la promotion à court terme, mais sert plutôt à faire rayonner une marque pendant longtemps», poursuit Gabrielle Madé.

Au-delà de YouTube

Les studios Le Slingshot et Goji financent leurs activités en prenant une part des revenus générés par les youtubeurs, puisqu'ils font pour eux le travail de contacter les entreprises et stimulent leurs revenus publicitaires.

Mais YouTube n'est pas nécessairement une finalité pour tous ces créateurs nouveau genre. En ce moment, les deux studios montréalais travaillent sur des projets hors-web afin de propulser leurs recrues sur d'autres plateformes, comme le monde de l'édition ou de la télévision.

«Notre objectif est de créer et de développer des marques sur YouTube, mais aussi de profiter de leur succès pour les sortir des frontières du web», note Élie Prudhomme, directeur du studio Goji.

«En appartenant à Québecor, nous travaillons aussi dans les magazines, les livres, la télévision. On a des projets dans l'ensemble de ces médias», souligne le directeur du studio Goji.

Quand l'équipe numérique d'Attraction Images a réuni quelques youtubeurs en amont de la création du studio Le Slingshot, la plupart d'entre eux connaissaient mal les grands succès de la boîte de production. Pour eux, la télévision n'est pas une finalité.

«Il y a une réflexion d'affaires [dans ce que nous faisons], mais aussi une réflexion sur l'avenir du divertissement et des médias», explique Gabrielle Madé, ajoutant qu'il ne faut pas comparer les chiffres des youtubeurs aux cotes d'écoute traditionnelles, puisqu'il ne s'agit tout simplement pas de la même offre.

«Est-ce que dans 10 ans, ce sera autre chose que YouTube? C'est difficile à prédire. Mais il y a un changement dans les attentes du public face aux gens qui les divertissent. Les créateurs numériques sont en conversation avec leur communauté, qui influence leurs prochaines créations», poursuit la jeune directrice.

Chose certaine, complète Micho Marquis-Rose, «il n'y aura pas de retour à l'époque où tout le monde s'assoit devant sa télé, à 19 h ou à 20 h, dans un mode d'écoute traditionnel».

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