Libération fait ses boîtes et tourne la page

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Taimaz Szirniks
Agence France-Presse
Paris

Libération quitte vendredi son siège historique pour rejoindre L'Express et L'Expansion dans un immeuble de bureaux, un déménagement qui concrétise son absorption par le groupe Altice, bien loin des utopies héritées de mai 68, qui ont présidé à sa naissance.

La rédaction abandonne son immeuble du 3e arrondissement de Paris pour un simple étage au siège du groupe Altice Médias France, où sont déjà installés les autres magazines de Patrick Drahi, par ailleurs en passe de racheter le groupe de BFMTV.

L'équipe de Libération, passée de 250 salariés en 2014 à 180 aujourd'hui après une clause de cession doublée d'un plan de départs, rejoint le groupe L'Express - L'hebdomadaire du même nom, L'Étudiant, Lire et L'Expansion -, plongé lui aussi dans un plan d'économies qui pourrait voir partir 90 personnes.

Libération avait emménagé en 1986 sur neuf niveaux dans un ancien garage, près de la place de la République à Paris, des «locaux splendides» qui «incarnaient le fait que Libé était devenu un grand journal», témoigne Tonino Serafini, rédacteur en chef adjoint du service France.

C'est là que la rédaction de Charlie Hebdo a été accueillie après les attentats de janvier, là qu'un tireur solitaire a grièvement blessé un assistant photographe en novembre 2013, là que, dans la salle du hublot du dernier étage, se réunissait tous les matins un comité de rédaction ouvert à tous.

«D'une cave au sommet de Paris»

À l'époque, «on est passés d'une cave au sommet de Paris!», se souvient Michel Henry, chef adjoint du service Planète. A l'image du journal créé en 1973 et qui a connu sa période faste dans les années 1980-90, marquant l'actualité par ses Unes et ses prises de position, et employant jusqu'à 400 personnes.

«On change de locaux après une grande crise», confie Tonino Serafini. «On laisse toute une histoire derrière nous».

Les principes fondateurs du journal post-soixante-huitard - égalité de salaire quel que soit le poste, gestion décidée en AG - ont pourtant été abandonnés depuis longtemps.

Libé, cofondé notamment par Jean-Paul Sartre et Serge July, s'était résigné dès le début des années 1980 à solliciter des investisseurs pour sauver le titre.

Une série de riches mécènes se succéderont pour le renflouer - Antoine Riboud (Danone), Jérôme Seydoux (Pathé), Edouard de Rotschild, Bruno Ledoux (propriétaire de l'immeuble)..., avant le rachat par Altice en 2014.

«L'équipe est très inquiète» face à son intégration au groupe de Patrick Drahi, selon un ancien de Libération.

Après de nombreuses crises, les ventes quotidiennes de Libération ont stagné en 2015 autour de 85 000 exemplaires, malgré une nouvelle formule adoptée le 1er juin et des rebonds en janvier et en novembre liés à l'actualité des attentats. Les ventes en kiosques, elles, s'effondrent.

«C'était des locaux magnifiques mais pas forcément adaptés au journal et au site internet qu'on fait tous les jours», tranche Johan Hufnagel, le directeur adjoint chargé d'accélérer la mue numérique de «Libé».

Comme une séparation amoureuse

«Les nouveaux locaux sont des bureaux ordinaires. C'est un retour à la norme», témoigne Tonino Serafini en bouclant «30 ans de carrière dans quatre cartons».

«C'est comme une séparation amoureuse. Quand tu sais que tu divorces, tu l'acceptes. Ce déménagement n'enchante personne», témoigne un journaliste, à l'instar de nombreux autres salariés.

Au service politique, la journaliste Laure Bretton espère que «ça ne va pas changer l'esprit Libé, car ce sont quand même les gens qui le font».

Le directeur du journal, Laurent Joffrin, a promis que Libération serait «un village gaulois» au sein d'Altice.

La direction du journal met en avant les opportunités de synergie avec les autres titres du groupe de Patrick Drahi. Altice pourra par exemple proposer des publicité groupées avec L'Express, ou organiser des évènements avec L'Étudiant.

«On a des lecteurs très différents de ceux de L'Express (...) il ne faut pas fantasmer» sur un changement radical de la ligne du journal, assure Johan Hufnagel. Le but de Patrick Drahi est de «garder une différenciation entre les titres» du groupe, affirme-t-il.

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