Le pouvoir d'un mot-clic

Le mot-clic #AgressionNonDenoncee (et #BeenRapedNeverReported en anglais) a contribué... (Photo: archives AP)

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Le mot-clic #AgressionNonDenoncee (et #BeenRapedNeverReported en anglais) a contribué à briser le mur du silence entourant les agressions et le harcèlement sexuels.

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Un mot-clic peut-il changer le monde? On l'a vu cette semaine, #AgressionNonDenoncee (et #BeenRapedNeverReported en anglais) a brisé le mur du silence entourant les agressions et le harcèlement sexuels. Véritable déferlante sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, ce mouvement lancé par les journalistes Sue Montgomery de The Montreal Gazette et Antonia Zerbisias, anciennement du Toronto Star, a ouvert les vannes. Avant elles, il y avait eu le témoignage de la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première.

Aujourd'hui, il suffit de consulter le mot-clic #AgressionNonDenoncee pour lire des milliers de témoignages poignants.Ce n'est pas la première fois qu'on utilise un mot-clic pour porter une cause ou témoigner d'une réalité. Les groupes féministes, en particulier, ont bien compris la force du hashtag pour sensibiliser la population à leur cause.

En anglais, on a d'ailleurs baptisé ce phénomène hashtag activism, qu'on pourrait traduire par militantisme du mot-clic.

Parmi les exemples récents, on pense à #EverydaySexism, un mot-clic né du site du même nom, lancé par l'Anglaise Laura Bates pour dénoncer le sexisme ordinaire dont les femmes sont témoins au quotidien.

On pense aussi à #YesAllWomen apparu en mai dernier après une fusillade à Isla Vista, en Californie. Des hommes avaient lancé le mot-clic #NotAllMen pour affirmer qu'ils n'étaient pas tous misogynes comme l'auteur de la fusillade. Les femmes avaient répliqué par #YesAllWomen pour répliquer que, oui, toutes les femmes étaient touchées par le sexisme et la misogynie dans notre société.

Enfin, le mot-clic #BringBackOurGirls est né après l'enlèvement d'élèves nigérianes par le groupe terroriste Boko Haram. Même si l'initiative n'émanait pas d'un groupe féministe, il s'agissait tout de même d'un mouvement qu'on pourrait qualifier de «pro-femmes».

Impacts sur la couverture médiatique

Plusieurs se demandent: est-ce que toutes ces campagnes de mots-clics donnent quelque chose? Est-ce que le mot-clic #AgressionNonDenoncee va déboucher sur des gestes concrets - une nouvelle loi, une nouvelle politique, des arrestations? Nombreux sont les critiques qui croient que les mots-clics donnent l'impression à ceux qui l'utilisent de «faire quelque chose» alors que dans les faits, ils ne font rien du tout. Le mot-clic leur donnerait bonne conscience, sans plus.

D'autres, comme Zeynep Tufekci, du Berkman Center for Internet and Society de l'Université Harvard, estiment que les mots-clics attirent l'attention et que cette attention est une forme de pouvoir. Reste à voir comment ce pouvoir se transforme dans la vie de tous les jours.

L'un des effets concrets du mot-clic #AgressionNonDenoncee a pu être observé dans les médias cette semaine. Plusieurs émissions y ont consacré du temps d'antenne et ont abondamment parlé de la violence sexuelle sous toutes ses formes.

Des exemples: jeudi matin, au 98,5 FM, l'animatrice Isabelle Maréchal a ouvert ses lignes aux auditeurs - hommes et femmes - afin qu'ils racontent l'agression dont ils avaient été victimes. Jeudi soir, Anne-Marie Dussault a animé une émission spéciale de deux heures sur les ondes d'ICI RDI, donnant la parole à des femmes qui avaient subi une agression ou du harcèlement, à des psychologues, à une avocate... Vendredi matin, Catherine Perrin, animatrice de l'émission Médium large sur ICI Radio-Canada Première, a donné la parole à des hommes qui ont discuté de leur réaction à la campagne #AgressionNonDenoncee. Enfin, hier soir, Tout le monde en parle, une émission d'ICI Radio-Canada qui attire plus d'un million de téléspectateurs chaque semaine, recevait Sue Montgomery, l'instigatrice du fameux mot-clic.

Ajoutons à cela la réflexion sur la violence faite aux femmes promise cette semaine par le Conseil du statut de la femme. Et c'est sans compter toutes ces femmes - et ces hommes - qui, depuis quelques jours, se libèrent d'un lourd secret tout en reprenant le pouvoir sur leur vie.

Non, un mot-clic ne change pas le monde, mais on dirait bien qu'il peut faire bouger les choses.

Le retour de la baladodiffusion

Si vous n'avez pas encore écouté Serial, la baladodiffusion réalisée par la même équipe que l'excellente émission radiophonique This American Life, précipitez-vous. Véritable succès, Serial a généré un million d'écoutes uniques pour chacun des sept épisodes offerts jusqu'ici (un nouvel épisode est proposé chaque jeudi). Chaque saison, Serial racontera une histoire vraie et suivra son déroulement pratiquement en temps réel. La première saison s'intéresse à une histoire de meurtre et à l'enquête qui a mené à la condamnation du petit ami de la victime. Fascinant. Attention, Serial peut provoquer une dépendance...

Les essais Twitter

Ceux qui utilisent Twitter le savent, il peut parfois être frustrant de résumer sa pensée ou d'essayer d'avoir un peu de profondeur en 140 caractères. Le journaliste culturel Jeet Heer a trouvé une façon de repousser les limites du réseau social. Heer attire l'attention ces jours-ci avec ses «essais» Twitter, une série de tweets numérotés qui lui permettent d'aller plus loin lorsqu'il expose une opinion ou une idée. À sa manière, il explique sa démarche dans le Globe and Mail. À lire, un tweet à la fois.

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