Netflix et consorts prennent le relais des télés

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Laurence Benhamou
Agence France-Presse
Cannes

Manne inespérée pour les producteurs audiovisuels présents au Mipcom, Netflix, Hulu, Amazon et autres services de vidéo sur internet, en pleine frénésie d'acquisition, commencent à prendre le relais des télévisions mondiales qui, elles, réduisent leurs budgets.

Signe de la montée en puissance de ces nouveaux acteurs, Ted Sarandos, patron des achats de contenus de Netflix, était cette semaine l'invité vedette du grand marché mondial de l'audiovisuel, où il a détaillé mardi ses ambitions devant un auditorium bondé.

Netflix est non seulement devenu producteur de séries et bientôt de films, mais aussi acquiert sans arrêt des contenus mondiaux, pour les proposer à ses abonnés dans les 50 pays où il s'est implanté. Le client rêvé pour les producteurs mondiaux.

«Nous devenons une destination pour tous les contenus: nous programmons pour le monde entier», a résumé le n°2 de Netflix, leader mondial de la vidéo à la demande sur abonnement (SVOD) qui vient de se lancer en France.

«Nous pouvons proposer des contenus locaux pour le public mondial, par exemple exporter des contenus français et ainsi leur donner une très large audience», a souligné M. Sarandos, citant le succès aux États-Unis de la série de Canal+ Les revenants, que Netflix propose depuis le printemps à ses abonnés.

Autre exemple, la future série Marseille, dont Netflix a lancé la production en France pour une sortie sur son réseau mondial en 2015-2016.

Netflix vient de commander ses premiers films: la suite du film Tigre et dragon, prévu pour mi-2015, qui passera en même temps sur Netflix et dans quelques salles de cinéma, et quatre films commandés à l'humoriste américain Adam Sandler. L'occasion de faire exploser la traditionnelle chronologie entre sortie en salle et vidéo à la demande.

«Nous voulons accélérer ce modèle obsolète. Nos films iront directement sur Netflix», a lancé M. Sarandos.

Client incontournable

En France, Netflix a notamment acquis auprès d'EuropaCorp Taxi Brooklyn, série inspirée du film Taxi produite par Luc Besson, déjà passée sur une télévision américaine.

Dans sa recherche boulimique de contenus, Netflix est devenu un client «incontournable», a commenté Takis Candilis, patron de Lagardère Entertainment, l'un des plus gros producteurs français.

Il y a quatre ans, Netflix a aidé Lagardère à produire Borgia, série en anglais réalisée pour Canal+, en achetant les droits pour la SVOD aux États-Unis avant même le tournage, pour des montants «très significatifs», a souligné M. Candilis.

«Les plateformes de SVOD, Netflix, Hulu, Amazon et bientôt Sony, prendront probablement à terme le relais, même si aujourd'hui 90% des budgets viennent encore des télévisions linéaires. Car les chaînes gratuites voient toutes leurs recettes publicitaires stagner ou diminuer, et leurs financements se réduisent», a-t-il dit.

Netflix n'achète pas tout: le groupe américain peut payer cher les droits américains de productions en langue anglaise, mais peu pour les droits en France de productions françaises, a souligné le patron de Lagardère Entertainment. Ce qui peut pousser les sociétés de production à tourner en anglais.

Netflix est aussi un client important pour les programmes jeunesse. «Pour acquérir les droits en SVOD, un Netflix peut payer 40% du prix payé par une télévision», a noté Tapaas Chakravarti, dirigeant de DQ, l'un des plus premiers studios d'animation 3D indien et gros fournisseur des télévisions françaises (Jungle Book, Peter Pan, Casper...). DQ vend aussi à Netflix, Hulu ou encore Vudu, le service SVOD du gant WalMart.

«Les télés subissent toutes une énorme pression. Ce sont les plateformes de vidéo sur internet qui alimentent la dynamique du marché. Toutes les télés veulent maintenant aller sur ce secteur et lancer leur service» a-t-il commenté. Orange et TF1, entre autres, réfléchissent à une offre conjointe, emboîtant le pas à CanalPlay (groupe canal+).

Les télévisions ne peuvent pas empêcher les producteurs de vendre les droits SVOD des programmes à un Netflix, mais cela risque de changer quand elles développeront leur propre service de SVOD, a prédit le patron de Lagardère Entertainment.

Mais selon lui, les prochains décrets sur les relations producteurs-diffuseurs «spécifieront que chaque type de droit est séparé l'un de l'autre», pour éviter des négociations de droits globaux.

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